Dans l oeil de la pandemieUn livre-dialogue, c’est par ces mots que Jacinthe Mazzocchetti et Pierre-Joseph Laurent décrivent leur nouvel ouvrage « Dans l’œil de la pandémie : face à face anthropologique ». Au fil des pages, ils reviennent sur cette année particulière où l’humanité tout entière a été confrontée à un virus, le Sars-Cov-2, et sur toutes les conséquences inédites de cette « rencontre » entre le virus et nous : le confinement, le port du masque, les quarantaines, le couvre-feu, la distanciation sociale, les dépistages… Via des analyses, mais également des témoignages, les auteurs mettent en avant les enjeux sociaux relatifs à la crise sanitaire et à la gestion de celle-ci, en parallèle avec d’autres enjeux, afin qu’une approche globale de sortie de crise puisse être imaginée.

L’ouvrage se compose de six chapitres différents et aborde des thèmes variés tels que la saga des masques, la montée du conspirationnisme, la communication ambiguë des gouvernements vers leurs citoyennes et citoyens, la politique du chiffre, le vague à l’âme du confinement ou encore la stratégie de riposte à la pandémie de certains pays européens. Les chapitres sont entrecoupés de poèmes de Jacinthe Mazzocchetti et de photographies des deux auteurs. Au final, ce livre nous aide à garder la tête hors de l’eau dans ces temps troublés ainsi qu’à nous prémunir des explications simplistes. À découvrir sans plus tarder. 

J. MAZZOCCHETTI, P.-J. LAURENT, Dans l’oeil de la pandémie : face à face anthropologique, Louvain-la-neuve, Academia - L’Harmattan, 2021.

photo recensionDans son Cahier n° 29 « Inégalités programmées : capitalisme, algorithmes et démocratie », le Centre d’Information et d’Éducation Populaire (CIEP) aborde la question des algorithmes et de leur impact sur la démocratie et la justice sociale. Les algorithmes sont partout (réseaux sociaux, smart cities etc.) Ils génèrent bon nombre d’inégalités et leur utilisation dans notre vie de tous les jours soulève des questionnements à propos de la justice sociale, de l’écologie, en passant par les modes d’information, de délibération et d’aide à la décision publique ou privée. Les données sont présentes partout et deviennent une matière première qui génère potentiellement beaucoup de profit.

Dans un futur proche, elles seront susceptibles de transformer notre monde. Le MOC, en tant que mouvement social, et le CIEP, en tant qu’organisation d’éducation populaire, se doivent donc de se pencher sur ces différents usages de nos données. Le Cahier, rédigé sous la coordination de France Huart, se divise en neuf chapitres et aborde différentes thématiques telles que l’Intelligence artificielle, les asymétries numériques, les plateformes numériques et l’écologie de l’attention, un potentiel droit social de l’algorithme, les enjeux Nord-Sud de l’économie numérique, le journalisme numérique ou encore l’exemple de la coopérative Nubo. Un cahier complet et riche, qui fait le tour de la question. À découvrir sans plus tarder ! 


« Inégalités programmées : capitalisme, algorithmes et démocratie », Cahier du CIEP n° 29, dir. F. HUART, avril 2021.

Recension 05En mars dernier, nous faisions le point sur le projet Territoires zéro chômeur longue durée (TZCLD). Cette expérimentation a pour but de résorber le chômage longue durée. Ce sujet est, entre autres, abordé dans le nouveau livre « L’inclusion des personnes d’origine étrangère sur le marché de l’emploi : Bilan des politiques en Wallonie ». Il ne s’agit toutefois que d’une des nombreuses dimensions analysées dans cet ouvrage dont le constat de base est qu’en Belgique, l’accès des personnes étrangères au marché de l’emploi reste un parcours du combattant, particulièrement en Wallonie. Ces travailleur·ses issu·es de l’immigration rencontrent de nombreux obstacles liés notamment à la langue française, à la difficulté de faire reconnaître leurs compétences ou encore aux discriminations.

Divisé en trois chapitres, l’ouvrage fait tout d’abord le point sur les différents dispositifs présents sur le territoire wallon, comme l’enseignement de promotion sociale et l’insertion professionnelle des populations issues des migrations ou encore les contrats « article 60 » pour les travailleur·ses étranger·ères. Ensuite, le deuxième chapitre met l’accent sur les perspectives wallonnes en matière d’insertion, comme l’inclusion des travailleurs·se immigré·es à l’épreuve des contrats atypiques, ou le projet TZCLD. Enfin, le dernier chapitre est consacré à la coopération avec les entreprises. Un ouvrage complet à découvrir ! 

A. Manço, L. Scheurette, L’inclusion des personnes d’origine étrangère sur le marché de l’emploi : bilan des politiques en Wallonie, Paris, L’Harmattan, 2021.

photo recensionLe Crisp consacre un double numéro des Courriers hebdomadaires à la conflictualité sociale en 2019. Il faut dire que l’actualité belge a été traversée par de nombreuses mobilisations cette année-là : manifestations, grèves, actions... On se rappelle les grèves du climat portées par la jeunesse, la grève nationale du 13 février dans le cadre des négociations autour de l’accord interprofessionnel (AIP), la première grève des femmes le 8 mars, les grèves du personnel hospitalier en réaction à la diminution des moyens alloués à la santé, la naissance de Santé en lutte, les mobilisations autour des pensions, les mouvements de revendication dans le secteur de la justice... On compte ainsi plus de 345.000 jours de grève au cours des trois premiers mois de l’année 2019. Depuis les années 2000, seules deux années ont dépassé le seuil des 200.000 jours de grève. Ce premier trimestre comptabilise quatre fois et demie plus de jours de grève que durant la moyenne des premiers trimestres des années 1991 à 2018. C’est dire. Pourquoi de telles mobilisations ?

Ces deux Courriers hebdomadaires analysent en profondeur le contexte sociopolitique dans lequel ont émergé ces grèves et conflits, mais aussi les types de conflits que cette année a vus éclore. Le premier numéro se centre ainsi sur l’analyse de la conflictualité sociale interprofessionnelle liée aux négociations autour de l’AIP et sur les mouvements sociaux dans trois branches des services publics : la justice, les prisons et la santé. L’autre se focalise sur trois types de conflits : ceux liés aux importantes restructurations qui ont marqué 2019 (ex. les Éditions de l’Avenir, Ryanair...), ceux qui mettent en avant la condition précaire des coursiers et travailleur·ses du secteur des titres-services et enfin la grève du 8 mars. Bref, grèves, conflictualité et luttes sociales sont passées au peigne fin par le GRACOS examinant ainsi l’évolution des relations collectives de travail et la concertation sociale. À lire ! 

Image RecensionLa carrière idéale pour avoir une pension complète, c’est 45 ans de travail à temps plein. Mais la vie n’est pas aussi linéaire, surtout aujourd’hui. On perd son emploi, on est malade, on désire prendre du temps pour des travaux dans sa maison, pour suivre une formation, pour s’occuper de ses proches. Que faire ? En Belgique, même si cela reste un combat syndical constant, nous avons la possibilité de bénéficier de périodes assimilées (périodes de non-travail qui comptent comme si la personne avait travaillé). Ces différentes assimilations sont abordées dans l’outil « Carrièropoly ». Sous la forme d’un jeu de l’oie, ce jeu aligne une succession de situations vécues. Pour chaque case des pistes de solutions sont proposées pour conserver ses droits à la pension, au chômage et à la mutuelle.

Cet outil a été réalisé en collaboration avec les Femmes CSC. Pourquoi ? Parce que, aujourd’hui encore, les pensions féminines sont moins élevées que celles des hommes. Les femmes travaillent plus souvent à temps partiel, prennent plus souvent un crédit-temps et interrompent leur carrière pour s’occuper de leur famille. La combinaison de tous ces facteurs réduit les possibilités des femmes en matière de pension, de carrière et de constitution de droits propres. Grâce au « Carrièropoly », nous souhaitons donc que les travailleurs et surtout les travailleuses soient au courant des possibilités de conserver leurs droits tout au long de leur carrière pour éviter de se dire trop tard : « si j’avais su… ». #

« Carrièropoly », un outil des Femmes CSC et de Formation Éducation Culture asbl (FEC). Plus d’informations : www.fecasbl.be

REPORTAGE AUDIO

e710872c92105eb5fae69ebd17dd43bcd78f5234Les belles fraises d’origine espagnole que vous trouverez au rayon « fruits » de votre supermarché cet hiver ont une chance sur trois d’avoir été récoltées par un travailleur ou une travailleuse sans-papiers aux conditions de travail déplorables. De quoi laisser un goût plus qu’amer à ces fruits.

Un reportage audio de Radio France internationale réalisé par la journaliste Noémie Lehouelleur s’est penché sur cette problématique. Il met en lumière la réalité de plus de 100.000 ouvriers et ouvrières agricoles travaillant dans les serres espagnoles pour fournir au reste de l’Europe fraises, tomates, poivrons ou melons tout au long de l’année. Et sur la totalité de ces travailleur·ses, au moins 1/3 seraient sans-papiers. Sans contrat, ces travailleur·ses invisibles sont sous-payé·es et exploité·es par certain·es maraîcher·ères. Après le travail, ces femmes et ces hommes s’entassent dans des « chabolas », des bidonvilles dans lesquels vivent plus de 15.000 migrant·es, rien que pour l’Andalousie.

La ministre espagnole du Travail a même parlé « d’esclavage moderne ». Une sortie fort contestée par différents lobbies agricoles du pays. Pourtant, cette main-d’œuvre agricole est essentielle et fait tourner à elle seule les serres de cette région du sud de l’Espagne. Depuis quelque temps, ces travailleurs et travailleuses se réunissent pour réclamer plus de droits. Il·elles peuvent, entre autres, compter sur l’appui des syndicats locaux qui les aident à se fédérer et à s’organiser. Ces syndicats leur apportent également une aide juridique quand l’un·e ou l’autre souhaite se retourner contre un patron qui ne paye pas assez ou qui ne paye pas du tout.

Ce reportage audio permet une prise de conscience des consommateurs et des consommatrices sur une réalité de travail méconnue et qui pourtant les concernent.  À écouter. 

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/grand-reportage/20201223-andalousie-les-esclaves-du-mara%C3%AEcher-de-l-europe

Noémie LEHOUELLEUR, Andalousie: les esclaves du maraîcher de l’Europe, reportage audio, Radio France internationale (RFI), 2020

 

Nous assistons ces dernières années à de vifs débats autour du colonialisme. Entre celles et ceux (de moins en moins nombreux·ses) qui défendent la puissance civilisatrice de la colonisation et celles et ceux qui en dénoncent les conséquences dévastatrices pour les populations africaines, la vérité des faits est parfois difficile à cerner. Que sait-on en effet de l’histoire coloniale du Congo ? L’école ne nous a pas appris grand-chose et a plutôt entretenu le mythe civilisateur de la colonisation. Un mythe aujourd’hui fendillé de toute part par les apports de plus en plus étayés de la recherche historique. Mais peut-on pour autant qualifier le massacre humain qui a été perpétré par le premier régime colonial de génocide ? Le roi Léopold II était-il un mégalomane avide de pouvoir ? À qui étaient versés les profits réalisés au Congo ? Combien de victimes l’exploitation du caoutchouc a-t-elle faites ? Dans Le Congo colonial, une histoire en questions un collectif d’une trentaine d’historien·nes font état de la recherche sur ces questions. Sans pour autant se limiter aux périodes historiques qui focalisent le plus l’attention, à savoir celle du premier régime colonial et la crise de la décolonisation. Entre les deux, d’autres questionnements sont explorés : quel rôle le Congo a-t-il joué pendant la Première et Seconde Guerre mondiale ? De quelle manière les conflits mondiaux ont-ils été déterminants dans l’histoire du Congo colonial ? Grâce à une démarche historienne qui place les événements étudiés dans leur contexte, ce livre apporte des réponses aux questions que l’on se pose et comble ainsi une bonne partie de nos lacunes sur cette partie de notre passé. Il permet donc d’avoir les éléments pour une prise de parole éclairée et argumentée dans les débats passionnés au sujet de la colonisation. #

I. GOODEERIS, A. LAURO, G. VANTHEMSCHE , Le Congo colonial, une histoire en questions, Renaissance du Livre, Waterloo, 2020.

image recensionRecenser un livre qui a plus de 100 ans, pour comprendre le présent... pourquoi pas ? Bien qu’écrits en 1919, les deux textes de Max Weber publiés dans Le savant et le politique donnent en effet un éclairage particulier sur l’actualité.Dans le premier texte, « Le métier et la vocation de savant », Weber questionne la formation des scientifiques, mais surtout montre que la science ne peut répondre à la question fondamentale du « Que devons-nous faire ? Comment devons-nous vivre ? » Il considère que dans les sciences « non seulement notre destin, mais encore notre but à tous est de nous voir un jour dépassés. Nous ne pouvons accomplir notre travail sans espérer en même temps que d’autres iront plus loin que nous. En principe, le progrès se prolonge à l’infini ». La critique de celles·ceux qui se présentent en sauveur·ses ou en prophètes peut donner à réfléchir et à appréhender différemment les débats et désaccords s’exprimant dans le monde scientifique.
Le second texte « Le métier et la vocation d’homme politique » donne un éclairage encore très actuel sur notre démocratie et sur la façon de faire de la politique. Pour lui, « tout homme qui fait de la politique aspire au pouvoir, soit parce qu’il le considère comme un moyen de servir d’autres fins, idéales ou égoïstes, soit qu’il le désire pour lui-même, en vue de jouir du sentiment de prestige qu’il éprouve ». On peut vivre pour la politique ou en vivre, les deux pouvant se conjuguer. Sa critique du rôle des chefs de parti est acerbe : « les parlementaires anglais [...] sont généralement réduits à la condition de bêtes à voter, parfaitement disciplinés ». Il poursuit en affirmant que « le parlementaire n’a rien d’autre à faire que de voter et ne pas trahir son parti, il doit faire acte de présence lorsque que le whip (le fouet) l’appelle et exécuter... »

Son analyse porte sur une autre époque, aujourd’hui encore, au Parlement européen, les groupes politiques, distribuent aux député·es avant les votes ce que l’on appelle une « whip list » leur indiquant comment il·elles doivent voter. Tou·tes sont loin de s’exécuter, car le Parlement européen est certainement un lieu où les parlementaires peuvent, à condition d’avoir un minimum de courage, s’offrir la liberté de voter en conscience. Cette pratique démontre néanmoins une certaine conception du parlementarisme encore présente dans nos parlements nationaux ou régionaux où celle ou celui qui ne respecte pas les consignes du parti peut voir son avenir politique compromis.
Dans ce texte, Weber aborde également les concepts d’éthique de conviction et d’éthique de responsabilité. Une question centrale pour comprendre les tensions qui sont inhérentes à l’action politique. Isoler l’une de l’autre conduit soit à vider de son sens l’engagement politique, soit à se réfugier dans un verbe aussi généreux qu’inutile.
Le savant et le politique, un livre qui mérite donc d’être lu ou relu. 

Claude ROLIN

Max Weber, Le savant et le politique, La Découverte, Paris, 2003.

Livre Histoire du sucre histoire du mondeEn retraçant l’histoire du sucre, c’est bien l’histoire du monde que nous raconte James Walvin. L’histoire du monde, mais également celle de l’esclavage et du colonialisme, du productivisme et du capitalisme. Dans cet ouvrage passionnant, Walvin retrace l’histoire d’une addiction mondiale, depuis les premières cultures de canne à sucre en Afrique du Nord et dans le pourtour méditerranéen à la colonisation qui a généralisé le modèle des plantations et a diffusé la culture de canne dans toutes les régions dominées par les Occidentaux. Voyage dans le temps comme dans l’espace, nous comprenons au travers de ces pages comment le sucre est passé d’un produit de luxe rare à un produit de grande consommation, et comment sa culture (qu’elle soit par la canne ou la betterave) a transformé paysages, relations commerciales, mode de culture et régimes alimentaires. Walvin montre comme nous sommes passés d’une alimentation où seul le miel (ou presque) adoucissait mets et plats à une alimentation hyper sucrée, que ce soit dans les sodas ou dans les plats préparés et où, dans certains pays, la consommation de sucre par habitant dépasse les 35 kilos par an. À la lecture de cet ouvrage nous comprenons mieux comment, alors que cette consommation est (largement) responsable de l’obésité, des caries et de nombreuses autres maladies contemporaines, la folle course en avant des industriels du sucre a pu se poursuivre, grâce à des alliances judicieuses, un lobby efficace auprès gouvernements, étatsuniens comme européens et une publicité sans faille.

 

James WALVIN, Histoire du sucre, histoire du monde, La Découverte, Paris, 2020 (traduction Philippe Pignarre)

Photo Livre RecensionLes mouvements écologiques sont-ils l’apanage des Blancs ? Combien de penseurs noirs s’illustrent aujourd’hui sur la scène de la production des discours environnementaux ? La réponse à la deuxième interrogation répond à la première... C’est sur un tel constat que s’ouvre le propos de Penser l’écologie décoloniale du philosophe Malcom Ferdinand : l’histoire coloniale et l’histoire environnementale du monde sont séparées. La critique de la modernité faite au XXe siècle par les mouvements environnementaux et écologiques d’une part et les mouvements postcoloniaux et antiracistes d’autre part s’opère sans que ces courants de pensée et de militance ne se rencontrent vraiment. Ainsi, les écologistes n’intègrent pas dans leurs analyses l’histoire de la colonisation et de l’esclavage. Or, dit l’auteur, les colonisations historiques tout comme le racisme structurel, sont au centre des manières destructrices d’habiter la Terre.

Cette double fracture est explorée dans l’ouvrage à partir d’exemples concrets, de références historiques et cadres culturels. Et c’est depuis la Caraïbe que l’auteur cherche à déplacer le point de vue, à montrer l’intrication entre les violences environnementales et coloniales qui ont jalonné l’histoire et à se diriger vers un monde défait de ses esclaves, de ses violences sociales et de ses injustices politiques. Ce livre est une traversée à bord de navires, métaphore politique de la Terre et du monde : l’arche de Noé illustrant la fracture coloniale et environnementale, le navire négrier qui enferme dans ses cales les Nègres condamnés à un « hors monde », et le navire-monde de la rencontre des deux univers vers lequel le cap est mis. À lire.

Malcolm FERDINAND, Une écologie Décoloniale. Penser le monde depuis le monde caribéen, Seuil, Paris, 2019

Le Gavroche

Je me sens fatigué

Et bien, en cette fin d’année, je me sens fatigué. Avec le télétravail, je dors pourtant… Lire la suite
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