Une amie française expatriée à Bruxelles avait décidé de découvrir la Wallonie. C’était, pour elle, presqu’une infidélité à la mer du Nord, qu’elle adore par tous temps; à Ostende dont elle a si souvent goûté le charme désuet; à l’accent west-flandrien si rude, même lorsque les commerçants du coin répondent en français à la majorité des clients. Une infidélité motivée par un automne radieux et le «retour des couleurs», comme disent les Canadiens. Ces rouges, jaunes et roux qui pendant quelques journées d’automne illuminent arbres et forêts. Elle avait réservé dans une auberge de charme, aux confins du Condroz et de l’Ardenne. Six chambres proprettes, une cuisine savoureuse et un accueil parfait. Elle fut à la fois comblée et juste déroutée: tous les clients, le soir au repas, parlaient flamand... Ici, dans le cœur de la Wallonie? Elle comprit bientôt que le parton lui-même et son épouse, étaient originaires de l’autre côté de la frontière linguistique. Pourquoi pas? La matinée du lendemain fut radieuse. Après un bon bol d’air et de nature, une belle palette de couleurs et d’odeurs, elle aboutit en ville pour le déjeuner. Une de ces petites villes charmantes et touristiques, dont les terrasses débordent le week-end. Sa première vision fut celle d’une boulangerie pâtisserie appelée fièrement «bakkerij». Sa deuxième impression fut définitive, assise à la terrasse blindée d’un restaurant où tout le monde parlait flamand, même le serveur: la «Wallonie profonde» est franchement plus exotique que prévu et les transferts Nord-Sud, nettement plus humains qu’annoncés. Drôle de pays, se dit-elle, qui se déchire tout en s’arrachant ses coins de charme.

Le Gavroche

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