La question des différences de dépenses en soins de santé entre le Nord et le Sud du pays est de celles qui empoisonnent les relations entre Flamands et francophones depuis de nombreuses années. Une étude de la Mutualité chrétienne remet les pendules à l’heure.


Au Nord du pays, la question des transferts financiers de l’assurance maladie est sans cesse invoquée par des parlementaires flamands pour défendre l’idée d’une régionalisation de l’assurance maladie. Ceux-ci disent constater que les coûts en soins de santé engendrés en Wallonie sont systématiquement plus élevés qu’en Flandre. Principalement en biologie clinique, en imagerie médicale et dans le secteur hospitalier. Autrement dit, les Wallons seraient des surconsommateurs, aux dépens d’une Flandre qui serait beaucoup plus raisonnable.
Le service Recherche et Développement de la Mutualité chrétienne a récemment infirmer cette réputation injuste faite aux Wallons en se basant sur le profil socio-économique des populations étudiées. Autrement dit, les coûts sont plus élevés dans une population socialement plus fragile. Les personnes fragilisées par leur statut social comme les veuves, les pensionné(e)s, les invalides, les minimexé(e)s ou les chômeurs(euses) de longue durée dépensent plus pour leurs soins de santé que les personnes jeunes, actives ou en bonne santé. De plus, il convient de tenir compte, dans chaque Région, du nombre de personnes qui ont droit, comme la loi le prévoit, à des remboursements préférentiels fixés en fonction de leurs revenus, ceux qu’on appelle les bénéficiaires d’intervention majorée (les BIM). Il y a donc un effet coût, en termes de remboursements, lié aux facteurs de morbidité et aux remboursements préférentiels. Dès lors, si les données brutes (auxquelles ont recours les parlementaires flamands) sont pondérées en tenant compte de l’âge des gens, de leur sexe ou de leur statut social, on constate que les écarts de dépenses annoncés entre les différentes Régions de pays se réduisent à très peu de choses.


Surconsommation ?
Le service Recherche et Développement de la Mutualité chrétienne a donc comparé les dépenses individuelles avec les dépenses moyennes de la catégorie sociale à laquelle appartient chaque personne, alors que les données brutes auxquelles on a le plus souvent recours comparent les moyennes de dépenses régionales avec la moyenne nationale sans tenir compte des différences objectives de population. L’exercice n’a pu évidemment se faire que pour les affiliés des Mutualités chrétiennes. Mais, avec 4,5 millions de membres, on peut dire que cet « échantillon » est très représentatif des populations régionales et nationales.

Ainsi, si l’on compare le montant total, en chiffres bruts, des dépenses de santé en Wallonie à la moyenne nationale, les Wallons dépasseraient celle-ci de 50,2 millions d’euros. Ce chiffre tombe à 3,12 millions d’euros si l’on tient compte du profil particulier des populations régionales. C’est en Wallonie, en effet, que l’on rencontre le plus de personnes bénéficiant d’un remboursement préférentiel. À Bruxelles, après standardisation des données, on obtient un résultat semblable. D’une soi-disant surconsommation de 18,7 millions d’euros en chiffres bruts, le dépassement n’est plus que de 1,9 million d’euros. En Flandre, on obtient un résultat inverse. La sous-consommation médicale observée au Nord du pays, par rapport à la moyenne nationale, passe de 69 millions d’euros (chiffres bruts) à 5 millions d’euros après correction des données. Le tableau ci-contre synthétise les résultats de la standardisation des données.
Cette appréciation globale atténue donc très fortement les surconsommations tant décriées. Mais elle ne signifie pas qu’il n’existe pas des différences par secteurs de soins qui, indiscutablement, ne s’expliquent pas par la standardisation effectuée ici. Il faut donc leur trouver d’autres explications qui ne sont pas nécessairement injustifiées.
C’est ainsi que pour la Flandre, les dépenses sont particulièrement élevées pour les soins à domicile (+ 10,4 %), les MSP et les habitations protégées (+ 17,2 %), la dentisterie (+ 14,9 %), le matériel médical (+ 8,4 %). Pour la Wallonie, les dépenses qui dépassent fortement les dépenses attendues sont relatives à la biologie clinique (+ 11,9 %), à l’imagerie médicale (+ 17,6 %), aux honoraires de surveillance (+ 44,4 %), aux honoraires d’urgence (+ 42,2 %), aux accouchements (+ 16,9 %), à la médecine interne (+ 17,3 %) et aux médicaments (+ 11,0 %).
Enfin, Bruxelles se caractérise par un niveau élevé de dépenses à l’hôpital pour le prix de journée (+ 12,8 %), la biologie clinique (+ 10,3 %), la kiné (+ 27,1 %), les consultations (+ 84,1 %), les prestations spéciales (+ 10,5 %). Et dans le secteur ambulatoire, pour l’imagerie médicale (+ 11,0 %), la dialyse (+ 21,4 %), les honoraires d’urgence (+ 38,8 %), la médecine interne (+ 17,4 %) et la dentisterie (+ 11,4 %).

Sus aux clichés
Ces différences demandent d’aller plus loin dans l’analyse, mais on peut dès à présent affirmer que les chiffres « corrigés », après que l’on ait tenu compte des différences régionales, montrent également que les transferts ne se font pas uniquement à l’avantage de la Wallonie et aux dépens de la Flandre. Globalement, ces différences se compensent mais elles doivent être l’objet d’une analyse plus fine.

Les transferts financiers qui suscitent tant de reproches au Nord du pays à l’égard des Wallons ne sont donc pas anormalement élevés. Ils s’expliquent et se justifient par les différences de profil de population entre le Nord, le Sud et le Centre du pays. Une population vieillissante, un plus grand nombre de chômeurs et de personnes bénéficiant d’un statut protégé doivent, c’est évident, faire face à des dépenses plus importantes en soins de santé. Il faut espérer que cette étude contribue – enfin – à mettre un terme à quelques solides clichés.

Christian Van Rompaey
(d’après une recherche de Koen Cornélis et Christian Léonard)

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