Dans le premier dossier consacré à l'Aide à la jeunesse et publié dans le précédent numéro de Démocratie, nous avons analysé les réformes successives du secteur, Cette fois, nous sommes allés voir sur le terrain comment fonctionnent le résidentiel privé, le résidentiel public et les services de prestation éducative. Nous avons également donné la parole à un délégué syndical du résidentiel privé. Seconde radioscopie d'un secteur en pleine réforme.


Voici quarante ans, c'était encore un “asile pour jeunes”. Aujourd'hui, la résidence Rolland, située à Mons, applique dès méthodes d'éducation originales: un petit tour du côté des “triades pédagogiques résidentielles”...

Plus que centenaire, la résidence Rolland fait quasiment partie du patrimoine social de la cité du Doudou et a connu toutes les évolutions du secteur de l'Aide à la jeunesse. Son origine? Un patronage destiné à venir en aide aux prisonniers et qui, en 1892, s'est intéressé aux enfants abandonnés. Émile Rolland, un industriel de la région, lui léguera sa maison en plein centre-ville et... son nom. Baptisé d'abord "asile Rolland”, ensuite “home Rolland” et enfin “résidence Rolland”, l'institution fonctionnera longtemps avec de nombreux enfants et un encadrement essentiellement bénévole. Le home entamera en 1955 un premier éclatement, avec la répartition en trois groupes d'âge sur un modèle essentiellement familial avec un couple directeur et deux moniteurs. En1973, lorsque Jean Huet, l'actuel directeur,, arrive, les trois groupes deviennent davantage autonomes avec trois unités de vie et l'encadrement se spécialise, on met en place l'unité extra-muros.

En 1980, le secteur de l'Aide à la jeunesse entreprend une réforme importante et se communautarise, le ,home se voit désormais agréé pour 24 jeunes au lieu d'une quarantaine. Dans le nouveau décret, on Peut notamment lire ceci “.. Une démarche plus objective devient nécessaire. Elle doit assurer une meilleure performance de l'ensemble des réseaux d'aide sociale par rapport aux objectifs Poursuivis... Des types d'intervention nouveaux doivent être mis en œuvre. Les projets éducatifs et sociaux doivent sortir des s'entiers traditionnels. ” Sortir du traditionnel, c'est exactement ce que va faire le directeur, Jean Huet, éducateur et assistant social de formation. En 1986, il entame une licence en psycho-pédagogie et réalise une recherche-action dans laquelle il impliquera toute l'équipe du home Rolland. L'objectif de ce projet éducatif? Reconsidérer la vie de groupe au sein même de l'institution. Cette idée est symbolisée par l'expression: (Aider le “jeune a passer du 'ils au je'”.

QUI SONT-“ILS”?
Il s'agit de garçons de 6 (parfois 3 ans) à 18 ans ayant connu des problèmes relationnels ou d'éducation. Leurs familles sont généralement brisées ou fortement déstructurées et ils se réfugient dans des comportements qui portent atteinte aux autres et/ou à eux-mêmes. Dépression, faible estime de soi et mécanismes de défense sont les traits marquants de la personnalité. Ils sont arrivés là parce que le service d'aide à la jeunesse les a confiés à l'institution par mandat. La durée du séjour peut varier de six mois à plusieurs années. Certains garçons fréquentent parfois leur famille d'origine le week-end ou durant les congés.“D'emblée, nous envisageons le retour en famille, parce que c'est là l'objectif, explique Jean Huet. Tous les six mois, une. évaluation complète est faite avec le jeune et sa famille.

La politique de prise en charge se base sur un projet de personnalisation: la réponse traditionnelle qu'était le “groupe ” n'est plus adéquate. La famille sera impliquée au maximum et le jeune est invité à s'exprimer sur “ce qu'il pense a priori ”. Pour l'équipe éducative, l'autonomie est plus un objectif qu'un moyen. Les solutions personnalisées s'articulent autour des grands axes suivants: réalisation de soi, libération du passé, construction plutôt que destruction.

Le moyen, c'est la “triade pédagogique résidentielle”, le fameux projet mûri en équipe pendant plusieurs années et qui se concrétisera en 1991. Le principe est simple: lorsqu'un jeune est accueilli au home, il s'intègre dans une “triade”, sorte de petite unité de vie (elles sont sept au total), où trois ou quatre garçons d'âge varié vivent dans des duplex entièrement autonomes, sous la responsabilité d'un éducateur. On retrouve là le profil de la cellule familiale, où les plus grands peuvent prendre en charge les plus petits. “Chaque triade vit avec un éducateur qui encadre les trois garçons le matin, veille à leur déplacement vers l'école, organise la vie quotidienne, explique Jean Huet. Au retour de la journée de classe, chacun peut occuper à son aise le temps de battement, et puis il y a une heure d'étude pour tous entre 17 h et 18 h, Les repas sont préparés dans une cuisine centrale' mais pris dans la triade. Après le souper, on passe la soirée ensemble. ” Diverses activités communes sont cependant proposées Pour les temps libres, le sport par exemple, mais on peut également regarder la TV chez soi, après avoir discuté du choix des programmes. La nuit, chaque triade dort de façon autonome, sans la présence de l'éducateur. Mais un encadrement "central” est évidemment assuré dans la maison. Si chaque triade a son éducateur de référence, les sept éducateurs “tournent” en fonction des horaires.

VERS L'AUTONOMIE...
Chaque jeudi, l'équipe fait le point, puis elle se réunit avec le directeur et les deux responsables du service postrésidentiel (l'extra-muros). Car il existe un “sas” de sortie pour les jeunes qui approchent de leurs 18 ans et peuvent ainsi vivre dans un studio à l'extérieur avant de voler de leurs propres ailes. Ils peuvent toujours bénéficier d'un suivi social et pédagogique, tout en étant devenus entièrement indépendants. Les jeunes “réintégrés” à la famille (ils sont plus de 80%) bénéficient également d'un suivi.

Après maintenant plus de huit ans d'expérimentation de ces triades, Jean Huet semble satisfait: “Nous avons constaté une réduction considérable des moments de tension avec le jeune, nous n'avons connu cette année qu'une seule fugue et nous n'avons plus de dégradation de matériel. Je pense que la responsabilisation et la prise d'autonomie y sont pour. beaucoup. ” Cette réussite, Jean Huet la doit aussi à une équipe stable, la plupart sont là depuis 20 ans, ils ont participé à l'élaboration du projet. Un avantage qui peut aussi causer quelques soucis: “Nous recevons . en principe les subsides correspondant à la hauteur des traitements des éducateurs. Si l'équipe change, je dois remettre une nouvelle demande de subsides qui seront réadaptés en fonction. Le hic, c'est que mes éducateurs ont pris de l'ancienneté, se sont formés et sont passés dans des catégories supérieures mais l'argent des pouvoirs publics, lui, n'a pas suivi. C'est tout le problème de l'adaptation des masses salariales que connaît le résidentiel privé; la résidence Rolland n'est pas la seule dans le cas. On a réadapté par-ci par-là quand on avait de l'argent en caisse e puis quand la Communauté française était à sec, on a arrêté. Tant pis pour les autres...Mme Onkelinx, avant son départ, a permis une réadaptation pour 99 mais qu'en sera-t-il pour le futur? rien n'est garanti... ” Pas découragé pour un sou, Jean Huet persiste et envisage même un projet complé mentaire qu'il a déjà envoyé à la nouvelle ministre, Nicole Maréchal. Baptisé“Alter Ego”, ce projet concerne l'accueil en triade, moyennant un encadrement spécial, de jeunes souffrant de troubles du comportement. Une solution qui aurait déjà fait ses preuves et éviterait l'enfermement en hôpital psychiatrique. Actuellement, la résidence Rolland est agréée pour recevoir 33 jeunes mais en accueille 29 dont 21 en intra-muros et a dû refuser depuis janvier 99 plus de 60 jeunes...

Catherine Morenville

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