En 2009, le chômage a, selon les statistiques de l’ONEm, augmenté d’environ 30 000 unités. Au mois de février 2010 — dernière donnée disponible au moment de la rédaction de cette note —, l’augmentation à un an d’écart est d’environ 25 000 unités. Au vu de l’ampleur de la crise (en 2009, le PIB a reculé de 3,1 % en 2009 par rapport à 2008, ce qui constitue un « record » depuis 1950), on a l’impression d’avoir échappé au pire en matière de chômage.

 

Surtout si on s’en réfère aux prévisions publiées par le Bureau fédéral du Plan en février 2009 et en septembre 2009. Certes, depuis lors, le Bureau du Plan a revu à la baisse l’évolution prévue du chômage. A fortiori, s’impose la conviction qu’on a réussi à limiter les dégâts. Premier élément d’analyse : la définition du chômage de l’ONEm — qui soutient les communiqués mensuels — n’englobe qu’une partie des demandeurs d’emploi. « De manière simplifiée, la statistique des demandeurs d’emploi (DE) inoccupés 1 comprend :
1. Les DE demandeurs d’allocations. Ce sont des demandeurs d’emploi non liés par un contrat de travail et bénéficiant d’allocations de chômage ou d’attente, et qui sont inscrits comme demandeurs d’un emploi à temps plein ou partiel. Dans cette catégorie, on trouve :
– les travailleurs dont le contrat de travail a pris fin ; ils perçoivent des allocations de chômage sur la base de leurs prestations de travail ;
– les jeunes travailleurs et les jeunes à l’issue des études qui peuvent, après avoir accompli une période de stage, bénéficier d’allocations sur la base des études faites ; ils perçoivent des allocations d’attente ;
– les travailleurs ayant occupé un emploi à temps partiel volontaire, devenus chômeurs complets.
2. Les DE en attente. Ce sont les jeunes en période de stage d’attente après leurs études, inoccupés. Ils doivent être inscrits durant une période variable précédant leur admission au bénéfice des allocations d’attente ou de chômage.
3. Les inscrits obligatoirement. Cette catégorie comprend :
– certains chômeurs complets exclus temporairement du bénéfice des allocations de chômage, durant la durée de leur exclusion ;
– les personnes présentées par les Centres publics d’action sociale.
4. Les inscrits librement. Il s’agit de DE non indemnisés parce qu’ils n’ont pas droit aux allocations, et qui ne sont pas occupés à un emploi ou une formation ; ils ne doivent pas obligatoirement être inscrits comme DE, mais peuvent s’inscrire librement ; cette inscription devra alors être régulièrement confirmée par l’intéressé pour pouvoir être maintenue » 2.
Les statistiques de l’ONEm qui se réfèrent aux chômeurs complets indemnisés demandeurs d’emploi ne prennent en compte que :
– « les chômeurs complets indemnisés sur la base de leurs prestations de travail à temps plein et demandeurs d’emploi ;
– les chômeurs complets indemnisés sur la base de leurs études (directement après leur stage d’attente ou parce qu’ils n’ont pas travaillé suffisamment longtemps pendant une période déterminée) et demandeurs d’emploi » 3.
Retenir la statistique des demandeurs d’emploi inoccupés conduit à une augmentation supplémentaire du chômage de l’ordre de 20 000 unités.

Comparaison historique

Heureusement, il y a eu peu de récessions — mesurées sur une base annuelle — au cours de 60 dernières années. Il n’y a donc pas beaucoup de comparaisons possibles. La précédente récession remonte à 1993, avec une baisse de 1 % du PIB. Le tableau suivant compare quelques éléments-clés du marché du travail pour la période 1992-1994 et 2008-2010. Les évolutions structurelles étant très nombreuses depuis le début des années 1990, la récession de 1993 étant moins sévère et le profil conjoncturel différent (par rapport à 2009), il est évident qu’il faut être prudent dans l’interprétation comparée des évolutions sur le marché du travail entre ces deux dernières récessions. On peut néanmoins retenir les évolutions suivantes :
– une évolution nettement moins favorable de l’emploi national en 2008-2010 qu’en 1992-1994, ce qui est normal au vu du différentiel de croissance ; cependant, la perte d’emplois enregistrée entre 2008 et 2010 apparaît comparativement faible ;
– des augmentations cumulées du nombre de demandeurs d’emploi inoccupés fort semblables, de l’ordre de 100 000 unités ;
– une croissance nettement moindre de la population active en 2008-2010 qu’en 1992-1994.
Ce tableau met aussi en évidence le plus grand rôle d’amortisseur joué en 2008-2010 par le chômage partiel. On peut estimer qu’en équivalents « chômeurs complets indemnisés », le chômage partiel a représenté environ 68 000 unités en 2009, soit une augmentation d’environ 31 000 par rapport à 2008.

Population active

La population active — par comparaison avec ce qui est observé depuis une vingtaine d’années — a peu augmenté sur la période 2008-2010. L’augmentation entre 2009 et 2010 (+ 7 000 unités) devrait être la plus faible depuis 1983. Cette évolution peut être partiellement expliquée par :
– une augmentation entre 2008 et 2009 des personnes qui profitent des congés dits thématiques, à savoir des congés accordés pour raisons familiales et sociales ; attention : il ne faut prendre en considération que ceux et celles qui se retirent complètement du marché du travail (il y a en effet aussi des congés thématiques « à temps partiel », mais les données sur le site de l’ONEm ne font pas la différence) ;
– une augmentation d’environ 1 400 unités du nombre de prépensionnés à temps plein avec dispense de l’inscription comme demandeur d’emploi,
ces deux catégories étant retirées de la population active. Cependant, ces diminutions de la population active sont contrebalancées par une réduction du nombre de chômeurs âgés considérés officiellement comme non-demandeurs d’emploi.
Par ailleurs, il semble que la rentrée dans l’enseignement supérieur a été particulièrement bonne en 2009-2010, en termes absolus comme en termes relatifs (par rapport à l’évolution de la population totale concernée et par rapport aux années récentes). Il semble aussi qu’il s’agisse principalement d’étudiants qui sont restés dans l’enseignement supérieur plus que de premières inscriptions. On peut estimer qu’entre 2008 et 2010 l’enseignement supérieur a en Belgique absorbé environ 25 000 étudiants supplémentaires, soit environ 10 000 de plus que ce qu’aurait donné la tendance 2000-2001 à 2007-2008. Comme les années académiques commencent tard dans l’année civile, le principal effet de ces évolutions sur la population active devrait se manifester en 2010 par rapport à 2009.

Mieux que prévu…

Il est incontestable que l’emploi résiste mieux que prévu. Par comparaison avec la période 1992-1994, les pertes d’emplois sont certes plus importantes, mais paraissent limitées (69 000 entre 2008 et 2010 contre 40 000 entre 1992 et 1994). Trois explications à cette (relativement) bonne tenue de l’emploi : l’importance du recours au chômage partiel ; la progression des emplois liés aux titres-services, surtout en 2009 ; et l’évolution rapide (en termes absolus et en termes relatifs) des emplois à temps partiel, expliquée principalement par la progression des emplois titres-services et le succès croissant de diverses formules de réduction du temps de travail. Le tableau ci-contre synthétise quelques évolutions données ci-dessus et les complète.
Premier constat : le chômage total en équivalents « chômeurs complets » évolue plus que ce qu’indiquent les données « officielles » de l’ONEm. Même si on ne tient pas compte du chômage partiel, l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi inoccupés (= définition du Bureau fédéral du Plan) est d’environ 20 000 unités supérieures à celle donnée par l’ONEm. L’évolution du chômage à un an d’écart tourne autour de 50 000 unités et non 30 000 comme l’annonce l’ONEm. Il semble aussi que l’évolution du chômage serait encore un peu gonflée si on devait ajouter les demandeurs d’emploi issus des CPAS 4.
Deuxième constat : les retraits supplémentaires à un an d’écart de la population active répertoriés par l’ONEm sont très modestes (inférieurs à 7 000 unités). C’est donc surtout l’augmentation de la population estudiantine dans l’enseignement supérieur qui expliquerait (en bonne partie) la faible croissance de la population active entre 2008 et 2010.
Troisième constat : la (relative) bonne tenue de l’emploi, combinée à une faible croissance de la population active, explique que le chômage, même dans sa définition large, a relativement peu augmenté au vu de l’ampleur de la crise.
Il n’en demeure pas moins que la Belgique enregistrera en 2010 un chômage global de l’ordre de 700 000 unités, sans tenir compte du chômage partiel et des demandeurs d’emploi issus des CPAS, mais non répertoriés comme tels.



1 Qui est l’indicateur clé utilisé par le Bureau fédéral du Plan pour mesurer le chômage et son évolution.
2 Source : Forem.
3 Source : Forem. On signalera également que la méthodologie de comptage n’est pas strictement identique.
4 Philippe Defeyt, « Une prise en compte incomplète des demandeurs d’emploi issus des CPAS conduit à sous-estimer l’ampleur du chômage en Wallonie », Institut pour un développement durable, avril 2010.

Le Gavroche

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