Bien que désargenté, c'est la lune que nous promet le gouvernement de la Communauté française en matière culturelle. Le nouvel accord PS-cdH semble se refuser à faire des choix et considère dès lors que tout est prioritaire : de l'expression artistique des jeunes au développement de la production cinématographique en passant par les TV locales, les musiciens émergents (!), la lecture publique, etc.

 

Ce qui surprend à la lecture de l'accord PS-cdH de la Communauté française dans ses « chapitres culturels » (IV : Culture, V : audiovisuel, VI : secteur associatif et Éducation permanente), c'est l'alignement des priorités qui se succèdent les unes aux autres : le gouvernement « fera de l'accès et de la participation à la culture une priorité politique... Il favorisera des projets qui incitent les jeunes à exprimer par de nouvelles pratiques artistiques leur vision de vie... Il soutiendra des projets inédits qui... visent à réduire la fracture sociale et générationnelle... des projets qui visent à réduire la fracture numérique... des initiatives qui visent à mettre en place des tarifs préférentiels et plus particulièrement l'asbl "Article 27"... il favorisera les liens entre les lieux de formation artistique et les établissements scolaires... Il favorisera les politiques permettant un soutien accru aux créateurs... avec une attention particulière au développement de la production cinématographique et des musiques actuelles... Il poursuivra et amplifiera le soutien aux créateurs et compagnies de théâtre et de danse via les contacts-programmes... Les initiatives de nouvelles formes et approches du public au travers du théâtre de rue, du nouveau cirque ou encore du théâtre forain seront encouragées... Il intensifiera son soutien aux artistes (musiciens) émergents ... Il renforcera les moyens accordés aux ensembles et orchestres non conventionnés... Un soutien financier particulier sera en outre accordé au secteur de la lecture publique... Il développera le soutien à la création, en particulier la jeune création, et la diffusion des arts plastiques... Le gouvernement élaborera un audit et un plan de financement pour le développement des télévisions locales... Il renforcera en moyens humains et matériels le Conseil supérieur de l'Audiovisuel... Il donnera au Conseil de l'Éducation aux Médias une base décrétale solide et les moyens nécessaires à son développement... Il accordera progressivement les moyens nécessaires à la Commission de sélection du film... »

Et, c'est le dernier chapitre mais non le moins important : ...la pérennité des associations (dans le cadre du « Pacte associatif », voir plus loin) doit être garantie par un budget de fonctionnement pluriannuel, sans exclure le cas échéant un financement plus ponctuel... Enfin, le gouvernement fera du renforcement de la démocratie participative et du développement de l'esprit critique une priorité politique... (dont) la mise en œuvre passera par un soutien aux associations... en garantissant les moyens nécessaires à l'application du décret du 17 juillet 2003 (le nouveau décret « Éducation permanente »).

Retour à la réalité

Ce long préambule d'alignement des priorités fait rêver. On se croirait dans une période d'expansion, où l'on peut se permettre de tout offrir, sans être obligé de faire des choix. Pourtant, la réalité concrète est autre : malgré les accords du Lambermont et de la « Saint-Polycarpe » de 2001 (qui améliorent le financement des Communautés surtout à partir de 2007) et les accords de Val-Duchesse et de la Saint Boniface, toujours en 2001, qui ont planifié la répartition des dépenses entre acteurs de la Communauté française, en assurant notamment un pourcentage fixe des dépenses pour les politiques autres que l'enseignement, la situation n'est pas particulièrement favorable. Une récente analyse des FUNDP (1) conclut que « l'ensemble des dépenses n'est pas compatible, d'ici 2010, avec les recommandations du Conseil supérieur des Finances et le programme de désendettement de la Communauté française, et cela même en l'absence de toute autre décision à impact budgétaire. Un arbitrage sera donc nécessaire... ». Dans le texte de la Déclaration de politique communautaire, on ne trouve nulle trace de ces arbitrages et pourtant les « priorités » devront bien se traduire par des choix... au détriment de quoi ?

Ce ne sont probablement pas les États généraux de la culture annoncés qui permettront de fixer ces fameuses priorités : tant il est vrai qu'en période de relative pénurie financière, il est bien difficile de se concerter entre acteurs. Qui va gagner ? Qui va perdre ? Telles sont les questions qui handicapent la réflexion, fut-ce dans le cadre prestigieux d'États généraux. C'est probablement la principale critique à émettre à un programme qui, quant à son contenu, est remarquable en bien des points.

La volonté de synergie

Il faut répéter ici ce qui est également voulu concernant l'enseignement : dans les politiques culturelles aussi, la volonté est exprimée de collaborer avec les autres pouvoirs : les Régions, pour favoriser par exemple les transports scolaires vers les lieux de culture, pour prévoir un pourcentage d'investissement en œuvre d'art dans les investissements publics ou privés, pour supprimer l'aspect facultatif des dépenses culturelles dans les communes, pour évaluer avec les Régions les politiques de développement culturel territorial, pour financer avec les Régions et les pouvoirs locaux les infrastructures culturelles ; le pouvoir fédéral, pour mener une politique d'abaissement de la TVA sur des productions culturelles, pour finaliser le statut social des artistes, pour solliciter une législation fédérale sur le prix du livre, afin de garantir l'édition d'ouvrages à petits tirages, pour envisager un fonds de soutien alimenté par la Loterie nationale pour le soutien aux initiatives émergentes, pour promouvoir la connaissance des cultures internes aux frontières de la Belgique, etc.

Démocratisation

La démocratisation de la culture, au sens de l'élargissement de l'accès aux produits culturels, est une perspective à encourager, même si la priorité donnée à l'égard des jeunes élèves nous paraît insuffisante, et même si le soutien à l'association « article 27 » ne peut se limiter à des ristournes financières et nécessite le soutien des associations d'éducation permanente, qui peuvent contribuer à enrichir le contact avec les productions culturelles. Verrons-nous vraiment, comme veut l'impulser l'accord PS-cdH, un rôle renouvelé de la RTBF dans sa mission éducative, la production d'émissions scolaires, une programmation culturelle proposant des critiques littéraires et cinématographiques y compris dans les créneaux horaires les plus regardés ou écoutés, l'ouverture gratuite des musées un jour par mois ? Verrons-nous, via les bibliothèques publiques, l'accès de tous au réseau et aux nouvelles technologies ? À vrai dire, l'accord comporte beaucoup de bonnes intentions. Il vaut assurément mieux qu'elles soient bonnes plutôt que mauvaises !

Éducation permanente

L'accord PS-CDH donne une bonne place à l'éducation permanente, même si le concept politiquement correct est devenu « le soutien à la vie associative ». Il faut apprécier positivement le fait que l'associatif n'est pas cantonné dans un décret mais fait l'objet de volonté de transversalité : « les centres culturels veilleront à développer leur vocation d'accueil et de soutien des opérateurs associatifs...

Le gouvernement envisagera les modalités pour valoriser les synergies entre les pouvoirs locaux et le tissu associatif en matière d'infrastructures culturelles... Le décret sur les infrastructures culturelles prévoira notamment l'obligation pour les bénéficiaires de subventions d'ouvrir leurs infrastructures aux associations... ».

Il faut souligner qu'un chapitre est consacré « au secteur associatif et à l'éducation permanente ». Ce chapitre annonce un « Pacte associatif transversal » dont les principes généraux sont tout à fait intéressants : autonomie des associations, complémentarités services publics-associations, partenariat contractuel, dialogue systématique, non discrimination entre les associations... et déclinaison du pacte associatif au niveau local. Cette revendication du Congrès du MOC en 1996 serait donc – enfin – en bonne voie, même si le chemin est probablement parsemé d'embûches. Parmi celles-ci, et il faut bien y revenir, les questions de sous et le test de la bonne application du nouveau décret sur l'Éducation permanente, dont on nous garantit les moyens nécessaires, alors que pointent déjà à l'horizon des inquiétudes pour 2005 et surtout 2006 !

Christian Piret – CIEP

(1) M. Van den Kerkhove, S. Bastaits, V. Dermien et R. Deschamps, « Les perspectives budgétaires de la Communauté française de 2004 à 2014 », juin 2004, Working Papers. FUNDP - Facultés des sciences économiques, sociales et de gestion, p. 61.

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