À l’occasion de cette rentrée scolaire 2010, quelques désillusions sont au rendez-vous pour les acteurs du système scolaire qui pensaient que la lutte contre les inégalités sortirait renforcée du nouveau décret sur l’encadrement différencié (lire à ce sujet l’article de Frédéric Ligot paru dans Démocratie n° 18 du 15 septembre 2009). Hélas, la crise économique et budgétaire est passée par là. Résultat : l’un des systèmes de péréquation imaginé dans le projet de décret appelé « Robin des Bois » a été sinon enterré, du moins reporté. Dans les lignes qui suivent, nous donnons la parole à l’un des acteurs du système scolaire qui, de longue date, réfléchit (et agit !) sur les questions d’inégalités à l’école.


C’est la décision d’enterrer « Robin des bois » (voir encadré page suivante) qui m’a indigné, comme de nombreux amis ou camarades. Pourquoi nous a-t-elle fait si mal ? Et pourquoi a-t-elle fait si peu de bruit ? J’ai trouvé quelques éléments de réponse dans un parcours de plus de 30 ans qui s’apparente à une croisière intercontinentale au plat pays de l’enseignement en Communauté française. Embarquement immédiat. À la recherche des inégalités, de leur prise en compte et du « traitement » qui leur est réservé. Et pour commencer : des cabines VIP aux soutes. En 1963, quand je fais mes premiers pas de prof, on ne parle pas encore de communautarisation de l’enseignement. Les partis politiques sont unitaires : PSC/CVP, PSB/BSP, PL/LP. On parle d’humanités anciennes et modernes, la mixité est loin d’être généralisée, on fréquente encore l’école le samedi matin, la scolarité n’est obligatoire que jusque 14 ans. La préhistoire, quoi ! Je vais passer un peu plus de quinze années à Braine-l’Alleud. Dont sept comme directeur d’un fameux collège qui attire les foules d’Uccle, Rhode-Saint-Genèse, Waterloo, Rixensart, Ohain, Lasne… Un public privilégié, même si Laurette (Onkelinx, ancienne ministre de l’Enseignement, ndlr) et (son mari) Marc n’avaient pas encore découvert ce coin de Wallifornie… Le public est assez homogène. On ne s’inquiétait guère de mixité sociale. Je donne des cours de latin, de grec et de français en phase avec les cultures familiales de mes élèves. Bon, il y a bien des « modernes » et même des techniques commerciales : les réorientations par l’échec, ça existe déjà ! Beaucoup de belles aventures et de bons souvenirs, dopés par l’effervescence de la fin des années 1960 : des sorties culturelles (ah ! l’homme de la Mancha avec Jacques Brel), des chantiers, des WE au vert (déjà !), peu ou pas d’échecs. On a même le loisir de monter des spectacles avec les filles de l’école voisine. Donc, je deviens directeur en 1970.
C’est l’époque où le « rénové », ce pelé, ce galeux, fait ses premiers pas. L’expérience me tente, mais pas de consensus. On va donc rénover le traditionnel ! C’est une période d’effervescence culturelle : les ados sont pleins de projets et souhaitent les réaliser, en partie, dans le cadre de l’école. Concerts et encore concerts, « cabarets », débats et encore débats, nombre d’invités jugés parfois sulfureux, spectacles prestigieux dont Mistero Buffo… C’est encore une période où les profs veulent un pouvoir partagé et secouent le cocotier. Réunions, participation, cogestion, innovations, formations continuées s’enchaînent. On ne s’ennuie pas. Mais ce bouillonnement ne laisse pas indifférent. Il inquiète même en haut lieu. Le ministre PSC-Cepic Antoine Humblet enquête et le Cardinal Suenens « s’informe » ! Le directeur, de son côté, s’interroge sur les « bénéficiaires » de tant d’énergies dépensées.
En août 1977, je démissionne et mets le cap sur un autre continent. Au cœur des Marolles, je rejoins une jeune école professionnelle du bâtiment. Et une équipe de matelots volontaires qui se réunit tous les lundis matin dès 7h30 pour faire le point, préparer les chantiers de la semaine, des chantiers « pour de vrai », organiser des sorties culturelles et des voyages scolaires (ah ! la Zélande en train-vélo et surtout vélo-école). Dans le même temps, je fais mes premières armes dans une « école normale » : un régendat où la directrice me propose 2 puis 4 heures pour initier à l’univers de l’enseignement professionnel. Analyse sociologique et approche interculturelle au menu. C’est là que je terminerai ma croisière avec de futurs instits, en 2001.

Années « découvertes »

Ce premier parcours m’a amené à quelques découvertes fondamentales. À commencer par la plus fondamentale qui va me mobiliser jusqu’à aujourd’hui : la profondeur abyssale du précipice qui sépare les écoles riches des écoles pauvres. Les quartiers, les bâtiments, les publics (parents et élèves), les contenus, les cultures professionnelles, les codes de conduite, les repères, tout ! Une autre planète à explorer. Une aventure passionnante. Mais qui est préparé à pareil choc social et culturel ? Et où ? Certainement pas dans les universités ou les écoles normales. Sans doute un peu dans les Maisons de jeunes, les Écoles de devoirs et les mouvements et clubs des quartiers populaires.
Quant aux ados qui étaient « réorientés » à 15-16 ans vers des sections dévalorisées, ils percevaient bien qu’ils étaient marginalisés et ils nous demandaient d’ailleurs quelle mouche nous avait piqués d’aller travailler avec eux ! Ils ne pouvaient imaginer que j’apprenais beaucoup avec eux et que le projet de les outiller intellectuellement et socialement était très motivant. Autre curiosité : les parents avaient une confiance absolue dans l’école, alors que les jeunes avaient perdu confiance dans leurs moyens. J’ai encore découvert la totale impréparation des écoles à accueillir des familles et des élèves porteurs d’autres cultures. Cela avait déjà été difficile avec les vagues d’immigration précédentes (italienne et espagnole). Avec les jeunes venus du Rif ou des plateaux d’Anatolie, majoritairement musulmans, c’était le désarroi, l’incompréhension, voire la peur. L’école, comme d’ailleurs le reste de la société, ne savait que faire de ces jeunes qui se retrouvaient (presque) tous dans des écoles-ghettos.
Petit retour en Brabant wallon. À côté du plaisir de partager le dynamisme d’adolescents privilégiés (tantôt le freiner, tantôt le questionner), j’ai expérimenté les résistances d’un milieu qui considère l’école comme une de ses propriétés. J’ai vu se déployer le lobbying de certains parents qui refusaient le rénové ou l’ouverture de leurs enfants à des lectures sociopolitiques, pluralistes et critiques du (dés)ordre établi. J’ai ferraillé avec une poignée de gens qui n’hésitaient pas à user (voire abuser) de leurs relations en « haut lieu » : le ministre Cepic et le cardinal, président du Pouvoir organisateur. Des pressions de moins en moins discrètes, de plus en plus ciblées !
C’était l’image de leur « bonne » école qu’ils défendaient bec et ongles. Une école qui, au passage, devait déjà refuser, faute de places, des dizaines d’élèves à l’entrée en secondaire. Un établissement qui était choisi pour le dynamisme de l’équipe enseignante… et pour son homogénéité sociale et culturelle. Bien moins pour son caractère confessionnel. Tout cela n’est pas sans rapport avec les avatars des décrets « inscriptions » et les résistances actuelles à la mixité sociale.

Années libérales

Les années 1980 commencent avec un vent d’espoir venu du Sud : François Mitterand est élu président de la République française et son ministre de l’éducation, Alain Savary, prend immédiatement une mesure hautement symbolique : la création de zones d’éducation prioritaire (les ZEP) pour « donner plus à ceux qui ont moins ». Enfin une prise en compte des profondes inégalités dans la course d’obstacles scolaires. Même si les moyens octroyés étaient et resteront insuffisants. On a commencé à rêver…
Chez nous, ce sont des associations de la société civile qui vont s’emparer de l’idée et essayer de la faire adopter par le politique. Ce ne sera pas facile car ces années 1980 sont marquées par des coupes sombres dans les budgets de l’éducation. Le trio libéral Tromont-Bertouille-Damseaux frappe fort. Avec déjà des propos très durs sur les enseignants et peu de soucis pour les écoles en milieux précaires. Fin des années 1980, beaucoup d’énergies politiques sont consacrées à la préparation de la communautarisation de l’enseignement. Avec à la clé un partage des enveloppes budgétaires entre le Nord et le Sud très mal négocié par le tandem Spitaels-Deprez. Résultat : la misère de l’école francophone et la source de la révolte des profs en 1990. Assez curieusement, c’est un ministre libéral, Antoine Duquesne, qui fera adopter un zeste de ZEP à la belge (discriminations positives), avec encore beaucoup moins de moyens qu’en France. Mais le bilan des années 1980 sera catastrophique : suppression des moyens qui auraient dû permettre au rénové d’être un outil de démocratisation, prolongation de la scolarité obligatoire de 14 à 18 ans sans transition, sans moyens et sans une réforme profonde de l’enseignement professionnel qui devait accueillir des milliers de jeunes qui « n’en avaient rien à f… de l’école ». Bonjour les dégâts. Un désastre pour tous, mais plus encore pour les familles pauvres. Pour ma part, engagé syndicalement dans l’éducation permanente et dans des fronts communs associatifs qui doivent bien constater que leurs mises en garde, leurs cris de colère, leurs propositions constructives… ont très peu d’échos, je me laisse tenter par les sirènes vertes. Avec l’espoir que la sphère politique me permettra d’être plus efficace dans la lutte contre les inégalités.

Années « rose »

Les longues grèves qui ont marqué l’année 1990-1991 ont témoigné d’un réveil citoyen : face aux rodomontades du duo Grafé-Ylieff, les parents et les enseignants ont réclamé une école mieux financée, des acteurs respectés et mieux considérés. Las, faute d’avoir construit un vrai front commun avec les autres « métiers du cœur » — eux aussi mal traités — les enseignants sortiront de cette bataille, vaincus, amers et découragés. Il faut dire aussi que le slogan « une école de qualité », s’il était fédérateur, ne pointait pas les défis prioritaires de justice et d’efficacité. Et puis, voilà que fin 1991 Elio (Di Rupo, ndlr) débarque au ministère de l’Enseignement obligatoire. Et l’auteur de ces lignes se retrouve, contre toute attente, sur les bancs de l’opposition parlementaire. Je découvre un jeune et sémillant ministre qui maîtrise très vite les mécanismes complexes du système et qui apprécie les débats d’idées. Malheureusement, les réformes mises en chantier avec force effets d’annonce ne touchent les problèmes qu’à la périphérie. Ainsi, il est beaucoup question (déjà !) du premier degré du secondaire. Mais rien qui ressemble à un vrai tronc commun. Elio est happé par le fédéral et les « consolidations stratégiques ». Son successeur fera voter « l’école de la réussite » dans le fondamental : les cycles, pas de redoublements… et surtout pas de moyens supplémentaires ! On est entré dans l’ère de la « com » : on ne parle plus d’échecs et il devient malséant de parler de discriminations positives ! Po-si-ti-vez, svp.
Avant l’arrivée de Laurette aux affaires des écoles, il y a l’éclaircie des Assises de l’enseignement portées essentiellement par des acteurs de la société civile. Les travaux des Agoras et ceux du Conseil de l’éducation et de la formation (CEF) étaient animés d’un souffle nouveau et présentaient des propositions stimulantes. Mais les syndicats des enseignants n’aimaient pas ça (ils n’étaient pas à la manœuvre) et les mesures prises par la majorité PS-PSC à l’été 1995 allaient mettre les acteurs de l’école KO. Cette fois, Laurette tient le gouvernail d’une main de fer : nouvelles restrictions, nouvelles manifs, 3 000 postes supprimés dans les écoles secondaires ! Les enseignants sont traités de « carotteurs », elle lance des slogans à l’emporte-pièce du type « Tous bilingues en l’an 2000 ». La lutte contre les inégalités, encore baptisée D+, reçoit toujours des moyens dérisoires. Elle a de plus en plus de détracteurs et, comble, elle est amalgamée à la lutte contre la violence à l’école. Le discrédit du monde politique atteint des sommets dans les écoles. C’est dans ce climat délétère qu’est adopté, en juillet 1997, le décret « Missions ». Inspiré des travaux des Assises et du CEF, ses objectifs généraux font (presque) l’unanimité : développer la confiance en soi de TOUS les élèves, citoyenneté, solidarité, ouverture à toutes les cultures, émancipation sociale de TOUS les élèves… Un texte qui postulait une véritable révolution et qui fut un flop monumental : on ne transformera pas le système scolaire par décret et sans l’adhésion de ses principaux acteurs, les enseignants mal traités depuis plus de 10 ans. Ajoutons que, une fois de plus, les moyens manquaient cruellement. Faute du refinancement de la Communauté française réclamé depuis 1989.
Pour ma part, en 1995, j’avais décidé de retourner à mon travail en formation des futurs maîtres. J’avais choisi le fondamental parce que c’est là que (presque) tout se décide. Cela me donne l’occasion de suivre les étudiant(e)s en stages et de passer d’une école de Saint Josse à une école de Chaumont-Gistoux et, le lendemain, d’une école du bas Molenbeek à Ohain, d’écoles très pauvres à des quartiers et des écoles privilégiés. Cruelles inégalités !

Le XXIe siècle

L’arc en ciel (1999-2004) allait-il réchauffer les cœurs dans les écoles et, enfin, prendre à bras le corps le défi des inégalités ? Pas vraiment. Mais il a quand même, et ce n’est pas mince, permis de procéder à un refinancement très attendu. On notera aussi que l’idée d’un « financement différencié » a fait du chemin. Au fil des années 2000-2010, un constat majeur est devenu incontestable : l’écart énorme, unique au monde, inadmissible, entre les résultats des « meilleurs » de nos élèves et ceux des plus fragiles. Les conclusions des enquêtes PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves, mené par l’OCDE, ndlr) l’ont confirmé et précisé à plusieurs reprises : la Communauté française produit un « peloton de tête » comparable à celui de nos voisins, mais elle sécrète un bataillon de disqualifiés d’une ampleur hallucinante. En tête : des élèves issus des écoles et milieux privilégiés. En rade : essentiellement des jeunes issus des milieux précarisés. Ce ne sont plus des « gauchistes » qui l’affirment, c’est l’OCDE, le club des pays riches, qui le reproche à nos gouvernants !
Rien de neuf ? C’est vrai pour ceux qui, comme moi, dénonçaient depuis plus de 20 ans un système profondément inégal et son résultat : une véritable hécatombe scolaire dans les milieux défavorisés. Mais pour ceux qui répétaient mollement qu’il y avait « risque de dualisation », on se disait que, cette fois, une étape décisive était franchie. Eh bien, pas du tout ! Les médias ont titré : « notre école, fabrique de cancres ». La FEB a dénoncé la « baisse du niveau » de qualification. Résultat : confusion dans l’opinion publique et souci des parents informés de ne pas mêler leurs enfants avec les « cancres ». Dans le même temps, le quasi-marché scolaire se développait allègrement. La rumeur établissait une sorte de palmarès des « bonnes » écoles : celles qui offraient l’immersion linguistique et se vantaient des brillants résultats de leurs ancien(ne)s à l’université. Mais toujours rien de significatif pour les écoles en D+.
2004. Marie Arena et son « contrat pour l’école » occupent le devant de la scène. Avec de très bonnes intentions, mais des décisions peu lisibles et peu efficaces. Exemple : envoyer des centaines d’instits supplémentaires dans les écoles fondamentales, c’est une bonne idée que de prendre le mal à sa racine. Mais pourquoi avoir saupoudré et ne pas avoir tout misé sur les écoles en D+ ? Et pourquoi ne pas avoir accompagné cette mesure de formations, de supervisions, d’évaluations du dispositif ? Autre exemple : favoriser la mixité sociale. Évidemment ! Mais n’y avait-il pas d’autres pistes que la triste saga des décrets « inscriptions » ? D’autant que la même ministre favorisait l’immersion linguistique qui amène à des regroupements des élèves « forts » dans les mêmes classes et les mêmes écoles. Où est la cohérence ?
Au fil du temps, le clivage s’est renforcé entre celles et ceux qui veulent vraiment réaliser les conditions d’un système scolaire démocratique, porteur d’émancipation sociale de tous… et ceux qui s’accommodent très bien d’un système sélectif et ségrégatif au service du marché. Chaque épisode du feuilleton « inscriptions » le confirme.

Encadrement différencié

Qui connaît ce dispositif adopté en avril 2009 ? Pour faire simple, il renouvelait le dispositif D+ et attribuait 40 millions supplémentaires aux écoles qui scolarisent des enfants de familles pauvres. Une avancée significative. Mais faute d’avoir un discours très fort et très clair sur ce projet ambitieux, le politique a perdu une belle occasion de faire entendre à l’opinion que l’enjeu majeur en matière d’enseignement se situait là : dans les écoles qui accueillent ces élèves et leurs familles. Et pas dans la question du choix des écoles secondaires !
Mais y croyaient-ils vraiment à ce dispositif ? Avaient-ils vérifié qu’ils disposaient des millions en question ? Petit rappel : avril 2009, c’est la veille d’élections régionales. C’est aussi la veille de la découverte (?) de la gestion calamiteuse du ministre du Budget de l’époque, Michel Daerden-le-très-compétent… Dès le mois de juillet 2009, la nouvelle majorité « olivier » a bien dû constater que les caisses étaient vides. Elle a alors imaginé un dispositif de « vases communicants », curieusement et maladroitement baptisé « Robin des bois », ce héros, ce brigand qui vole aux riches pour donner aux pauvres. À noter qu’on appelle enfin « un chat un chat ». Oui, il y a des écoles (de) riches ! Oui, il y a des écoles (de) pauvres. Jusque-là, on avait choisi des qualifications peu lisibles ou discutables. Voir tous les débats autour de « discriminations positives », sources de stigmatisations. On n’aime pas ça. Et « encadrement différencié », ça demande pas mal d’explications et, en terme de « com », ce n’est pas très accrocheur.
Et voilà que le financement de cet encadrement différencié refait surface en ce printemps 2010. Avec des modalités telles que le tollé général était prévisible (programmé ?) : 60 % des écoles étaient considérées « riches » et devaient céder entre 1 et 2 % de leur encadrement et de leurs subventions de fonctionnement aux écoles pauvres. L’affaire est très vite réglée : opposition syndicale, suspension des cours, abandon du gouvernement fin avril, un an après l’adoption du décret ! On était à nouveau en campagne électorale, pas le moment de faire des vagues… À se demander si certains ne souhaitaient pas ce scénario. En attendant, les écoles qui scolarisent les élèves « fragiles » tirent toujours le diable par la queue. De bout de ficelles en bouts de chandelles, depuis plus de 30 ans, on se moque des enfants et des travailleurs de ces écoles.

Consternant !

Quand je refais ce voyage au long cours : plus de 30 ans de prises de conscience, de luttes, d’appels, d’interventions en tous genres, je suis consterné… mais pas totalement découragé. À preuve ce long papier. Merci, lecteur, de m’accompagner jusqu’au bout 1. Faire entendre la voix des petits : les familles et les enfants du quart-monde, les familles qui vivent sous le seuil de pauvreté, les puéricultrices et les institutrices qui ont la charge d’accrocher ces enfants et leurs familles à l’école, de leur donner confiance en eux, de les outiller pour la vie… ça a très peu d’échos aujourd’hui. Exiger que des mesures justes et efficaces soient prises pour arrêter l’hécatombe scolaire, réclamer des budgets importants à la hauteur des défis à relever… ça énerve celles et ceux qui ont promis qu’ils allaient le faire, qui « voudraient bien » le faire, mais n’ont pas le courage des choix douloureux et difficiles certes, mais incontournables pour qui se réclame des principes de justice et d’équité.
La décision finale revient aux politiques. Mais il est nécessaire que tous les secteurs de la société soient conscients de l’enjeu et soutiennent ces mesures difficiles. On peut se demander si, dans le secteur de l’enseignement, les Pouvoirs organisateurs et les syndicats font vraiment de ce défi la priorité de leurs priorités. On doit aussi constater que les formations initiales et continuées des futurs profs ne sont pas axées en priorité sur la prise de conscience des inégalités et la lutte contre les échecs et relégations.
Mais quels sont les thèmes prioritaires des faiseurs d’opinions quand ils parlent « écoles » ? Dans la société du spectacle et du fric, on répercute les voix de ceux qui exigent de l’école des travailleurs plus qualifiés, une élite de gagneurs et de compétiteurs. Les voix de ceux qui dénoncent une prétendue « baisse de niveau », la méconnaissance des langues vivantes et de l’orthographe ! Les médias en rajoutent une couche en traitant les questions d’enseignement à travers quelques épisodes spectaculaires (violence) et par un emballement inconsidéré pour les feuilletons qui distraient de l’essentiel. Comparez la place considérable réservée ces trois dernières années au feuilleton inscriptions au traitement presque confidentiel des mesures envisagées pour réduire les inégalités. Comparez les tribunes accordées aux familles « victimes » des files et autres « lotto » au silence garanti aux familles dont les enfants sont victimes d’un système impitoyable pour les pauvres. Consternant ! Pour que cela change, il n’y a qu’une voie : que toutes les forces de « gauche », politiques, syndicales, associatives, en reviennent à des analyses, à des pratiques et à des luttes dignes de la gauche. Et qu’elles fassent entendre un discours qui ose la différence et propose des alternatives crédibles et lisibles.



1. Pour en savoir plus sur cette histoire récente et les propositions plus larges qu’elle m’inspire pour demain, on peut lire mon petit livre « Écoles : notre affaire à tous - Éduquer pour demain », Couleur livres, 2008.

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