image recensionRecenser un livre qui a plus de 100 ans, pour comprendre le présent... pourquoi pas ? Bien qu’écrits en 1919, les deux textes de Max Weber publiés dans Le savant et le politique donnent en effet un éclairage particulier sur l’actualité.Dans le premier texte, « Le métier et la vocation de savant », Weber questionne la formation des scientifiques, mais surtout montre que la science ne peut répondre à la question fondamentale du « Que devons-nous faire ? Comment devons-nous vivre ? » Il considère que dans les sciences « non seulement notre destin, mais encore notre but à tous est de nous voir un jour dépassés. Nous ne pouvons accomplir notre travail sans espérer en même temps que d’autres iront plus loin que nous. En principe, le progrès se prolonge à l’infini ». La critique de celles·ceux qui se présentent en sauveur·ses ou en prophètes peut donner à réfléchir et à appréhender différemment les débats et désaccords s’exprimant dans le monde scientifique.
Le second texte « Le métier et la vocation d’homme politique » donne un éclairage encore très actuel sur notre démocratie et sur la façon de faire de la politique. Pour lui, « tout homme qui fait de la politique aspire au pouvoir, soit parce qu’il le considère comme un moyen de servir d’autres fins, idéales ou égoïstes, soit qu’il le désire pour lui-même, en vue de jouir du sentiment de prestige qu’il éprouve ». On peut vivre pour la politique ou en vivre, les deux pouvant se conjuguer. Sa critique du rôle des chefs de parti est acerbe : « les parlementaires anglais [...] sont généralement réduits à la condition de bêtes à voter, parfaitement disciplinés ». Il poursuit en affirmant que « le parlementaire n’a rien d’autre à faire que de voter et ne pas trahir son parti, il doit faire acte de présence lorsque que le whip (le fouet) l’appelle et exécuter... »

Son analyse porte sur une autre époque, aujourd’hui encore, au Parlement européen, les groupes politiques, distribuent aux député·es avant les votes ce que l’on appelle une « whip list » leur indiquant comment il·elles doivent voter. Tou·tes sont loin de s’exécuter, car le Parlement européen est certainement un lieu où les parlementaires peuvent, à condition d’avoir un minimum de courage, s’offrir la liberté de voter en conscience. Cette pratique démontre néanmoins une certaine conception du parlementarisme encore présente dans nos parlements nationaux ou régionaux où celle ou celui qui ne respecte pas les consignes du parti peut voir son avenir politique compromis.
Dans ce texte, Weber aborde également les concepts d’éthique de conviction et d’éthique de responsabilité. Une question centrale pour comprendre les tensions qui sont inhérentes à l’action politique. Isoler l’une de l’autre conduit soit à vider de son sens l’engagement politique, soit à se réfugier dans un verbe aussi généreux qu’inutile.
Le savant et le politique, un livre qui mérite donc d’être lu ou relu. 

Claude ROLIN

Max Weber, Le savant et le politique, La Découverte, Paris, 2003.

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