Généralement assez discrètes, les institutions publiques de protection de la jeunesse ont défrayé récemment la chronique .Motif: le manque de places disponibles. Première conséquence. deieune délinquants sont renvoyés à leur famille sans autre forme de procès. Au-delà de ce problème récurrent, qui connaît le fonctionnement de ces institutions? Démocratie s'est penchée sur l'IPPJ de Wauthier-Braine.


L'lnstitution publique de protection de la jeunesse de Wauthier-Braine est une des cinq IPPJ(l) (pour faire bref) que compte la Communauté française. Située en pleine campagne brabançonne, elle compte 42 lits. En 98, elle a accueilli 414 garçons de 12 à .18 ans, c'est dire s'il y a du passage... Ils ont été placés là par le magistrat de la jeunesse pour des délits graves ,ou des troubles du comportement. Le régime y est ouvert, c'est-à-dire que le jeune n'est pas enfermé et peut selon les cas retourner en famille le week-end et durant les vacances scolaires.

LA GESTION DES CRISES
Ce qui frappe lorsqu'on entre pour fa première fois dans une telle institution c'est le calme, du moins apparent, qui, y règne. Difficile d'imaginer que séjournent ici de jeunes délinquants turbulents ... . Une impression vite détrompée par la directrice, Anne-Marie Saey: “Des crises violentes, nous en avons régulièrement, ce n'est pas facile à gérer tous les jours pour les éducateurs. Nous avons d'ailleurs créé à cet effet une section spéciale, baptisée service de relance. Les jeunes en crise y séjournent de un à sept jours. Le temps nécessaire pour décompresser, faire le point avec l'équipe éducative, analyser avec le jeune les raisons de son comportement. Une fois calmé, il réintègre alors le groupe.), Le même processus est mis 'en place lors du retour de fugues et elles sont nombreuses: plus de 200 en 98 avec la moitié des retours .se faisant entre deux gendarmes. “Il faut vous dire que dans le réseau public, nous accueillons souvent les cas les plus lourds que le résidentiel privé refuse, poursuit Anne-Marie Saey. Il est vrai que nous avons d'autres moyens en infrastructure et en personnel qu'eux mais il faudrait peut-être songer à une meilleure répartition entre public et privé..

Même si le système est protectionnel et non sanctionnel, les jeunes qui arrivent à Wauthier-Braine vivent leur séjour comme une punition. Ils sont en pleine crise d'adolescence avec des difficultés de structuration, des problèmes familiaux souvent importants et traînent derrière eux un passé scolaire guère valorisant. Le niveau moyen est équivalent à celui de 4e primaire... “Certains sont même analphabètes, explique Anne-Marie Saey. On doit donc procéder à une remise à niveau en vue d'une future réinsertion dans le milieu scolaire. Au niveau social, il faut les aider à se restructurer, leur redonner le sens des., règles et de ce que signifie la transgression de celles-ci.,"

DIFFÉRENTES ORIENTATIONS
L'IPPJ de Wauthier-Braine offre différents services: accueil, orientation, éducation, et accompagnement extra-institutionnel. Chacun a sa spécificité et la durée de séjour y diffère. En accueil, service qu'on peut qualifier d'hébergement d'urgence pour des jeunes qui ont commis des faits qualifiés d'infraction, le séjour est de maximum 15 jours. Après évaluation, le jeune est aiguillé vers le résidentiel privé, sa famille ou vers le service d'orientation de l'IPPJ. Là, la durée est de 40 jours au maximum. Un service qui permet d'éviter les placements inadéquats et successifs. Il permet aussi de clarifier la situation et de mettre en place, si possible, une collaboration avec les différentes personnes qui prendront le jeune en charge à sa sortie.. Il retournera soit en famille ou sera admis dans une nouvelle institution ou encore rescolarisé, toujours après évaluation et rapport remis au magistrat.


Le troisième service est baptisé service d'éducation. L'hébergement y est de plus longue durée (minimum trois mois) et se fait en pavillons de 11 personnes au maximum. “Nous y avons développé une pédagogie du projet qui permet de resocialiser le jeune, explique Anne-Marie Saey. Au niveau scolaire, ils reçoivent un enseignement général et professionnel individualisé. Certains, moyennant autorisation spéciale, peuvent suivre des cours à l'extérieur ” Des ateliers ont également été mis en place (ferronnerie, menuiserie, sport, etc.) et une asbl, “l'Atout”, créée par l'institution et axée notamment sur la production maraîchère et horticole, offre la possibilité d'une activité professionnelle. Culture, philanthropie et sport sont également au programme. Quant à la sortie, elle est toujours envisagée après évaluation (tous les trois mois) et précédée d'un entretien chez le magistrat en présence des parents, de l'avocat et du délégué du service de protection judiciaire. Une fois à l'extérieur, le jeune est pris en charge par une équipe éducative déléguée pour l'accompagner dans son milieu familial, ou, en dehors s'il a déjà pris son autonomie. “Nous avons très peu de feed-back de ce que deviennent les jeunes qui ont été placés chez nous, observe Anne-Marie Saey, De temps en temps, un ancien vient nous faire un' petit coucou mais en général, il ne faut pas s'attendre à de grandes effusions, ni à un merci lors du départ...

Catherine Morenville

(1) Deux sont en régime fermé : Fraipont et Braine le Château pour les cas les plus graves et trois en régime ouvert : Wauthier Braine, St-Servais et Jumet.

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