Le 17 octobre, la ville de New York connaîtra le plus grand rassemblement mondial de femmes qu’elle ait jamais connu. Ce sera pour des milliers de femmes le point culminant d’une mobilisation internationale qui a débuté il y a plus de deux années, à l’initiative de la Fédération des femmes du Québec.


Du pain et des roses", le slogan emprunté aux ouvrières américaines en grève en 1906, est le leitmotiv de cette manifestation. "Du pain", pour avoir de quoi vivre, atteindre un niveau de vie décent. "Des roses", pour avoir des raisons de vivre, un bien-être quotidien, une meilleure qualité de vie pour toutes et tous. Ce slogan avait rallié de nombreuses femmes québécoises et canadiennes lors de la première Marche des femmes contre la pauvreté en 1995, au Québec. Cette fois, deux thèmes synthétisent les revendications: la pauvreté et les violences faites aux femmes (1). Une plate-forme internationale d’une vingtaine de revendications a été adoptée à Montréal en octobre 1998 lors de la mise en place d’un Comité de liaison international. Dans chaque pays participant, des actions locales et régionales se sont développées essentiellement depuis le 8 mars 2000, portées principalement par des mouvements de femmes. Ce niveau d’action a permis de concrétiser les revendications par les réalités de terrain, parfois à l’échelle d’une ville, comme Liège, par exemple. Au niveau des continents, des rassemblements ont eu lieu tout au long de cette année. Enfin, l’aboutissement de ce mouvement se réalisera le 17 octobre 2000 à New York, devant le siège de l’ONU, où seront remises les cartes d’appui récoltées depuis un an. Cette date a été choisie par la Fédération des femmes du Québec, car c’est également la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.

Partager les richesses
Selon les organisateurs, les femmes sont les premières victimes du capitalisme néolibéral et de la mondialisation de l’économie, et il leur faut dès lors revoir les "règles du jeu" imposées par les plus puissants. Parmi leurs revendications: la mise en place pour tous les États d’une loi-cadre et de stratégies concrètes visant l’élimination de la pauvreté, l’application de mesures comme la taxe Tobin et l’investissement de 0,7% du PNB des pays riches dans l’aide aux pays en voie de développement, la création d’une organisation politique mondiale, non monolithique, ayant autorité sur l’économie, avec une représentativité égalitaire et démocratique de tous les pays et une représentativité paritaire des hommes et des femmes. On notera que la Marche se veut également un déclencheur de solidarités entre le Sud et le Nord de la planète (les femmes des pays du tiers-monde ont d’ailleurs pris une place à part entière au sein du Comité de liaison international, mais aussi, et surtout, sur le terrain, dans leur propre pays). Les revendications européennes pour un meilleur partage des richesses et l’élimination de la pauvreté des femmes visent quant à elles la construction d’une Europe sociale et citoyenne qui assure l’autonomie de toutes les femmes vivant sur le continent. Cette autonomie passe par l’accès aux emplois de qualité, par le développement d’équipements sociaux collectifs, par l’accès à une protection sociale individuelle, par l’autonomie juridique des femmes immigrées, qu’il s’agisse de droits sociaux ou civils. Plus directement au niveau belge, les mouvements de femmes revendiquent la réduction du temps de travail (obligatoire et généralisée avec embauche compensatoire et maintien du salaire), le crédit-temps, la suppression du temps partiel non volontaire, l’égalité dans l’accès à l’emploi et dans la rémunération, la création d’un fonds pour les créances alimentaires, le développement de services d’accueil des enfants, d’aide familiale et ménagère, d’accueil des personnes âgées et des personnes handicapées, accessibles à tou(te)s.

Combattre la violence
Par ce mouvement mondial, les femmes veulent affirmer leur volonté de rompre avec le patriarcat et avec toutes les formes de violence faite aux femmes. Elles dénoncent d’abord l’inaction, l’inefficacité et le silence complice des États, à tous les niveaux de pouvoir, alors qu’ils sont dans l’obligation de fournir les moyens nécessaires pour combattre les violences à l’égard des femmes. Au niveau mondial, ces dernières attirent plus particulièrement l’attention sur la nécessité de reconnaître dans les lois et actions de tous les États que les violences à l’égard des femmes sont également des violations des droits humains fondamentaux. Ces violences ne peuvent être justifiées par aucune coutume, religion, pratique culturelle ou pouvoir politique. Elles dénoncent plus spécifiquement les mutilations génitales et les viols sytématiques comme arme de guerre. La rapporteure spéciale de la Commission des droits de l’homme sur la violence à l’égard des femmes établit comme manifestation supplémentaire de violation des libertés et des droits fondamentaux: "La traite des femmes et des fillettes, la prostitution forcée, le viol, les sévices et le tourisme sexuel, lesquels sont souvent le fait de réseaux internationaux de crime organisé". De plus, "des mesures additionnelles doivent être prises pour mettre fin à toute forme de travail forcé, de commercialisation du sexe et de mariages forcés. En outre, les femmes et les fillettes sont exposées à des risques supplémentaires concernant les grossesses non désirées et les maladies transmises sexuellement dont le sida". Les femmes demandent également aux États la reconnaissance de leur droit de disposer de leur vie et de leur corps, notamment par la maîtrise de leur fécondité.
Les Européennes soutiennent plus particulièrement l’accès au droit d’asile pour les femmes victimes de persécutions sexistes et de violences sexuelles. Également la prise en compte des notions de menace, contrainte, surprise, abus d’autorité et de pouvoir dans la définition légale du viol, au même titre que l’usage de la force physique. Elles souhaitent aussi la reconnaissance effective dans les textes de loi du viol conjugal et des violences domestiques, en intégrant les violences morales et économiques. En Belgique, ces revendications devraient se concrétiser par une meilleure prévention par des changements de mentalités significatifs, une plus grande répression des violences faites aux femmes, une meilleure protection aux femmes victimes ou menacées de l’être, un accès réel à la justice, l’accélération et la simplification des procédures judiciaires, mais également la reconnaissance et le soutien financier aux mouvements de femmes qui œuvrent dans ce domaine.

Geneviève Mairesse

(1) Voir Démocratie n°5, 1er mars 2000.

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