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Photo Dossier bis p5 copyright Jonas BoniAprès avoir multiplié mesures et annonces avant toute concertation sociale, le gouvernement fédéral s’apprête à adopter de nouvelles réformes des pensions. Pourtant, sans véritable concertation sociale et sans large débat public, toute réforme ne peut que manquer de légitimité. Or, il s’agit là d’une protection sociale essentielle qui doit apporter aujourd’hui une sécurité à chacun pour sa retraite future. Comprendre est nécessaire pour défendre ce patrimoine commun des travailleurs. Cet article explique les enjeux majeurs, dénonce certaines mesures et intentions gouvernementales et avance des solutions alternatives 1.


Les réformes projetées par le gouvernement actuel s’inscrivent dans une succession de réformes qui ont débuté en 1996. La première d’entre elles fit notamment passer l’âge légal de la pension pour les femmes à 65 ans 2 afin de l’aligner sur celui des hommes. La carrière complète des femmes fut également relevée de 40 à 45 années, mais avec la possibilité (pour les femmes comme pour les hommes, d’ailleurs) de prendre une pension anticipée entre 60 et 65 ans. Avec une conséquence pour les femmes : les rémunérations de chaque année de leur carrière devaient être divisées par 45 au lieu de 40. Cette mesure pénalisa toutes les femmes qui avaient arrêté leur activité professionnelle et qui n’étaient plus en mesure de la reprendre pour compenser la réforme. Cette « égalisation vers le haut » était déjà motivée par la croissance future du coût des pensions largement 3 liée au vieillissement de la population prévu entre 2015 et 2040 essentiellement. Un vieillissement principalement dû au baby-boom observé entre 1955 à 1965.
L’allongement de la durée de vie est généralement invoqué par les gouvernements pour faire passer leurs réformes comme une logique inéluctable. Et, d’après eux, les réformes ne doivent être supportées que par les seuls travailleurs à travers des mesures circonscrites au système de pensions. Cet allongement de la durée de vie est pourtant un phénomène continu, au rythme quasi stable (jusqu’à présent), et qui n’a rien à voir avec le « choc démographique » qui tient, lui, du baby-boom. Ce dernier est en quelque sorte un phénomène externe au système social et un défi à assumer collectivement. Selon nous, il justifierait donc des mesures externes au système de pensions, principalement des réformes radicales pour une plus grande justice fiscale visant à augmenter les recettes fiscales et une politique de développement socioéconomique et d’emploi plus dynamique.


Assurer une viabilité financière


Il faut le dire (et l’écrire) haut et fort : notre système de pensions est parfaitement finançable. C’est pourquoi nous proposons trois « virages » qualitatifs.
Premièrement, il faudrait œuvrer à tous les niveaux, de la Région à l’Union européenne, à un développement économique assumant les défis écologiques et climatiques, créateur de bien-être, mais aussi de richesse économique. C’est de cette manière que nous pourrions faire croître la taille du gâteau de revenus à affecter partiellement à la sécurité sociale (et donc aux pensions) via les cotisations sociales et la fiscalité. Mais cette croissance du gâteau n’exclut pas la réflexion sur un modèle économique alternatif. En effet, la décroissance des quantités physiques produites pourrait être partiellement compensée par des biens à plus haute valeur ajoutée (du fait de prix de marché reflétant l’innovation qu’ils contiennent). Ce faisant, la croissance du PIB à long terme n’en serait pas trop affectée.
Deuxièmement, il s’agit surtout de faire davantage en sorte que chacun contribue selon ses moyens, par exemple, via la restauration d’une meilleure progressivité de l’impôt, la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales et la réduction des possibilités pour les sociétés d’éluder l’impôt. Toucher à la répartition des revenus, par des contributions plus justes et mieux perçues, est dans notre optique une condition nécessaire pour la viabilité des pensions. Cela permettrait en effet d’affecter à la protection sociale une plus grande part de la croissance du revenu national que la part du gâteau du PIB qui la finance actuellement.
Troisièmement, il faudrait aussi oser enfin remettre en cause le véritable gaspillage d’argent de la sécurité sociale que constituent les réductions générales de cotisations patronales, encore grossies par le soi-disant « tax shift » 4, et d’en remplacer progressivement une partie 5 par des réductions ciblées sur les bas salaires et sur des mesures conditionnées à de la création d’emplois. Comme ce glissement donnera plus d’effet sur l’emploi par rapport aux réductions de cotisations octroyées, il sera aussi possible d’en retirer une économie budgétaire (diminution des dépenses d’allocations de chômage et de réductions de cotisations patronales).


 Le choc démographique est un phénomène externe au système social. Il s’agit d’un défi à assumer collectivement. 


Même s’il est temps d’agir, le « challenge » n’est pas démesuré (hormis les résistances politiques de la coalition fédérale actuelle). Ainsi, dans le rapport 2014 du Comité d’étude sur le vieillissement (CEV), la hausse des dépenses sociales d’ici 2060 6 était évaluée à 4,2 % du PIB. Compte tenu des mesures du gouvernement, le coût est ramené à 2,3 % du PIB dans son rapport 2016, dans le contexte d’une croissance économique modérée de 1,5 % en moyenne par an. Or, sur cette base, le cumul des croissances annuelles équivaut à une hausse de 45 % du PIB d’ici 2040 et de 95 % d’ici 2060 7. Autrement dit, avec l’augmentation du gâteau liée à la croissance cumulée, financer les pensions n’a donc rien d’irréaliste.

Un durcissement des mesures

Pourtant, le gouvernement actuel ainsi que le précédent ont privilégié des options différentes et ont choisi de ralentir fortement l’évolution du coût des pensions en mettant l’accent sur l’allongement effectif des carrières. Plusieurs mesures ont été prises : les conditions d’âge et de carrière des prépensions et des pensions anticipées 8 ont été relevées, l’âge d’accès aux crédits-temps de fin de carrière a été retardé et l’indemnisation et l’assimilation des crédits-temps sans motif ont été supprimées. Ces durcissements vont se traduire par davantage de chômeurs et de personnes en incapacité de travail et en invalidité, d’autant que la discrimination à l’encontre des travailleurs âgés ne faiblira pas. Et les assouplissements prévus en faveur du travail pénible seront à coup sûr très insuffisants, faute de prendre en compte suffisamment de critères.
Le gouvernement Michel a aussi décidé que l’âge légal de la retraite sera relevé jusqu’à 67 ans afin de signifier clairement que chacun devra travailler plus longtemps. Un pari risqué, car les travailleurs, outrés par cette violence sociale et craignant d’y perdre leur santé vu leurs conditions de travail et le manque d’aménagements de fin de carrière, pourraient choisir de prendre leur retraite anticipée dès qu’ils en remplissent les conditions ou de quitter tout simplement leur emploi et le marché du travail, quitte à restreindre quelque peu leur pension future.
Ces mesures, sans contrepartie pour le monde du travail, ont escamoté ou sont passées outre la concertation sociale, alors que celle-ci aurait permis de négocier davantage de possibilités d’aménagement des fins de carrière afin de permettre le maintien des travailleurs âgés dans leur emploi et de préserver leur santé future, tout en développant la transmission intergénérationnelle des savoirs.
L’allongement des carrières réduit également les opportunités d’emploi pour les jeunes, au détriment de leur pension future. Or, la hausse du taux d’emploi des jeunes, la réduction des inégalités d’accès à l’emploi et la possibilité pour les temps partiels contraints d’augmenter leur durée du travail devraient conditionner et déterminer l’ampleur des mesures d’allongement des carrières qui actuellement vont beaucoup trop loin. D’autant que celles-ci vont générer des dépenses accrues en chômage, invalidité et soins de santé, alors que le financement de la sécurité sociale des salariés est globalisé.
En somme, le gouvernement tente de faire croire que nos pensions sont impayables et qu’il faut en réduire les coûts par des réformes imposées aux travailleurs, sans toucher aux déterminants du financement que sont la création de richesses, les cotisations sociales et la fiscalité.


 L’allongement des carrières réduit les opportunités d’emploi pour les jeunes, au détriment de leur pension future.  



Le gouvernement échoue également à rassurer chaque travailleur quant à sa pension future espérée. Le système de pensions à points proposé par le rapport du groupe d’experts qu’il a institué crée de l’opacité et plus d’incertitude. Il ne permet pas de calculer le montant de sa pension future, car ce sera seulement au moment de la retraite que la valeur du point sera arrêtée, sur base du salaire moyen parmi les travailleurs du régime cette année-là. Quant à l’évolution de sa pension, elle serait ajustée par les gouvernements pour compenser les évolutions démographiques, économiques et budgétaires. Cette forme de déresponsabilisation gouvernementale par rapport aux solutions à trouver est cependant peu en phase avec notre fonctionnement démocratique, d’autant que l’électorat âgé deviendra de plus en plus nombreux.

Offrir une bonne assurance sociale

En réalité, le défi des pensions n’est pas seulement celui du vieillissement. C’est aussi celui de son efficacité sociale. Le rapport entre le niveau moyen des pensions de sécurité sociale des salariés et celui des rémunérations (le « taux de remplacement », en termes macroéconomiques) pour la Belgique, figure parmi les plus bas de l’Union européenne 9. Autrement dit, chez nous, la couverture sociale est insuffisante pour assurer une sécurité d’existence après la pension.
Les pensions des salariés sont basées sur les salaires de l’ensemble de la carrière (sans plus d’autres revalorisations que celle liée à l’inflation) 10. Chaque année de salaire est valorisée pour 1/45e dans le calcul de la pension (car la carrière complète est de 45 années) 11. Dès lors que peu de gens atteignent une telle durée (et de moins en moins dans l’avenir vu la sortie plus tardive des études 12), relever le taux de remplacement des pensions passe par une réduction de la carrière complète (par exemple, une réduction à 42 années permettrait de comptabiliser chaque année de carrière en 42e plutôt qu’en 45e). L’harmonisation des pensions entre régimes devrait ainsi se faire par le haut, c’est-à-dire vers le niveau de la fonction publique. Mais le gouvernement veut au contraire réduire celui-ci via des principes qui seraient communs à tous les régimes 13.
Par ailleurs, dans le calcul de la pension, les salaires de chaque année sont rabotés lorsqu’ils dépassent un plafond 14. Or, celui-ci est peu élevé en régime salarié (parce qu’il n’a pas été revalorisé durant plusieurs années jusqu’à la fin des années 90). Pour y remédier, il faudrait plafonner la somme des salaires de la carrière plutôt que les salaires de chaque année. Cela éviterait que les bonnes années (au-delà du plafond annuel actuel) ne puissent compenser les mauvaises années (à faible salaire annuel), alors que les carrières sont devenues plus souvent erratiques ou avec des emplois moins rémunérés en fin de carrière.
Enfin, durant la retraite, les pensions ne sont que partiellement adaptées à l’évolution des salaires des actifs, puisque cette adaptation est limitée par l’enveloppe « bien-être » décidée par le gouvernement et par sa répartition proposée par les partenaires sociaux. Une véritable liaison annuelle et automatique au « bien-être » (à l’évolution générale des salaires) éviterait que se creuse au fil de la retraite un écart par rapport au niveau de vie des actifs.

Préserver la solidarité

Notre système de sécurité sociale et en particulier les pensions légales combinent le principe d’assurance (qui suppose notamment un taux de remplacement limitant la perte de revenu) et le principe de solidarité. Celui-ci se traduit notamment par les minima sociaux, les plafonds et la prise en compte des périodes dites assimilées (à une période de travail) dans le calcul de la pension (périodes de chômage, d’incapacité de travail, crédits-temps, etc.). Les minima de pension sont la pension minimale, le droit minimum par année de carrière (basé sur le salaire minimum 15) et la GRAPA (garantie de revenus aux personnes âgées) qui est un filet d’assistance après déduction d’autres ressources du bénéficiaire. Depuis la fin des années 90, l’argument budgétaire a été invoqué par les gouvernements pour privilégier leur relèvement par rapport à celui de l’ensemble des pensions. Ainsi, la GRAPA fut portée au niveau du seuil de risque de pauvreté parallèlement à la revalorisation de la pension minimale. Au 1er juin 2016, celle-ci se monte à 1.169 euros pour une carrière complète. Bien qu’il soit bien en dessous du salaire minimum, ce montant peut paraître décent. Cependant, les bénéficiaires d’une pension minimale touchent généralement moins que ce montant et beaucoup n’y ont même pas accès 16.
Le ministre des Pensions a annoncé vouloir abaisser la condition de carrière de 30 à 20 ans équivalent temps plein, mais en ne tenant plus compte des périodes assimilées. Ne pas accorder la pension minimale à quelqu’un qui a effectivement travaillé 29 ans alors qu’elle est accessible à celui qui a une carrière de 30 ans avec plusieurs années de chômage ne lui paraît pas justifiable, car le travail effectif doit « mieux payer » que le chômage. Il cherche ainsi à diviser les travailleurs en alimentant le soupçon selon lequel les chômeurs le sont volontairement.



 Les systèmes privés de pension représentent un énorme manque à gagner fiscal et en cotisations. 

 


Le signal est ainsi donné de la remise en cause des périodes assimilées (qui représentent en moyenne un tiers de la carrière des salariés 17) et de leur mode de calcul que le ministre veut aussi réformer. Les droits à la pension associés au crédit-temps de fin de carrière, à la 3e période 18 de chômage et à la prépension avant 60 ans, ont déjà été ramenés au niveau du salaire minimum plutôt que d’être basés sur le salaire que touchait la personne. Comme si un chômeur de longue durée ou un jeune prépensionné avait choisi de ne pas travailler. Les premières périodes de chômage, les « prépensions » 19 après soixante ans, et d’autres formes d’interruption de la carrière risquent maintenant le même sort. Cette stratégie de division des travailleurs et de sape de la solidarité doit dès lors être dénoncée en même temps qu’il faut revendiquer de restaurer les modes de calcul antérieurs. Un chômeur ne peut être doublement victime du manque d’emplois et être précipité dans la pauvreté à la pension.
Enfin, dès lors que l’adaptation des pensions au bien-être n’a pas été opérée (ou que partiellement) dans le passé, les plus anciennes pensions sont en moyenne devenues très basses. C’est pourquoi les gouvernements ont attribué des hausses de rattrapage à certaines cohortes de pensionnés. N’ayant qu’en partie comblé l’écart par rapport à l’évolution des salaires, ces corrections devraient être renouvelées.

Droits dérivés et individualisation des droits

La question de la solidarité concerne aussi le sujet des droits dérivés ou de l’insuffisance des droits propres pour la femme dans les familles de type « traditionnel » où l’homme est l’unique (ou, de loin, le principal) gagne-pain. Dans les familles de type « moderne » où les deux conjoints exercent souvent une activité professionnelle substantielle, chacun des conjoints perçoit une pension propre « au taux isolé de 60 % » 20. Pour les familles « traditionnelles », le retraité peut percevoir une pension « au taux ménage de 75 % » au lieu du « taux isolé de 60 % » (la pension est donc majorée d’un quart, qui constitue un droit « dérivé ») du fait qu’il est marié avec quelqu’un qui n’a pas accumulé des droits propres à une pension 21 de niveau au moins équivalent à cette majoration. Dans cette situation, d’aucuns considèrent qu’il faudrait qu’il cotise pour permettre à sa femme d’avoir une pension de droit propre décente. D’autres proposent d’instaurer une pension de base pour tous, à laquelle s’ajouterait une fraction de l’actuelle pension liée à la carrière professionnelle (périodes travaillées et assimilées) 22. Ainsi, chaque année de carrière serait « payante » pour la pension, mais chacun pourrait disposer d’un minimum décent ne relevant pas de l’assistance. Cette question ne devrait pas être confondue avec la proposition d’une allocation universelle 23 dont les enjeux et les conséquences possibles sont plus importants 24.
Dans le cadre de la politique d’activation, le droit à la pension de survie 25 (un autre droit dérivé) qui était accessible à partir de 45 ans est progressivement supprimé pour les moins de 50 ans d’ici 2025 (et pour les moins de 55 ans, à partir de 2030). Elle est remplacée par une allocation de transition versée pendant un an au-delà duquel la personne veuve sera indemnisée par l’assurance-chômage aux mêmes conditions que n’importe quel chômeur. Un délai irréaliste qui devrait être augmenté suivant différents critères et être assorti d’un véritable soutien à l’insertion socioprofessionnelle. Ce fut une mesure d’économie faussement présentée comme une étape vers l’individualisation des droits. Car la suppression de la pension de survie sans la constitution de droits propres suffisants va appauvrir les conjoints survivants.


Pour une politique d’égalité

L’écart du niveau moyen de pension entre hommes et femmes est fort important 26. Outre l’écart salarial, le premier facteur explicatif (mais en régression depuis longtemps) est le retrait précoce du marché du travail d’une partie des femmes, soit à la naissance des enfants soit en fin de carrière. Or, la durée moyenne de carrière s’est fort rapprochée de celle des hommes 27. Deuxièmement, la proportion d’emplois à temps partiel a fortement augmenté parmi les femmes 28. Ce n’est généralement pas une situation choisie, particulièrement dans certains secteurs (grande distribution, etc.) qui offrent majoritairement des temps partiels et lorsque la pénibilité des tâches ne permet pas de travailler à plein temps. Un troisième facteur qui influence la pension moyenne relative est la combinaison entre une durée moyenne de vie plus longue pour les femmes que pour les hommes et l’absence de liaison au bien-être jusqu’à la fin des années 90 ou, comme c’est le cas actuellement, une adaptation seulement partielle.
L’interruption de carrière, les crédits-temps et les congés thématiques (parentaux, pour soins à un proche, soins palliatifs...) donnant lieu à indemnisation et à assimilation (à une période de travail) pour la pension peuvent éviter le décrochage du marché du travail. Pour cette raison notamment, il importe de redévelopper ces possibilités de retrait temporaire à temps partiel ou complet tout en maintenant ou en restaurant leur prise en compte pour la pension. Il faudrait aussi inciter tant les hommes que les femmes à les utiliser dans une optique d’égalité entre eux.
Par ailleurs, ne pourrait-on pas envisager d’assimiler rétroactivement des interruptions de carrière (le dispositif ne fut en effet instauré qu’à partir de 1974) suivant les mêmes critères d’assimilations 29 ? Serait-ce trop compliqué à l’heure de l’informatique où tant de données sont encodées et reliées ?

S’opposer à la privatisation

Un agenda caché des réformes serait d’inciter à recourir davantage aux pensions complémentaires apparaissant à tort comme un palliatif à la sécurité sociale dont on aura réduit la crédibilité. Or, les couvertures privées, par exemple sous forme d’assurance groupe (dans ce qu’on appelle le 2e pilier des pensions), ne constituent un réel complément que pour une petite minorité des bénéficiaires jouissant déjà des meilleures pensions de sécurité sociale. L’épargne pension (3e pilier) n’est, quant à elle, qu’une faculté de déduction fiscale dont les banques sont les réelles bénéficiaires 30. Il est nécessaire de rappeler que ces systèmes privés représentent un énorme manque à gagner fiscal et en cotisations. C’est pourquoi une cotisation 31 devrait être instaurée sur le 2e pilier. Elle permettrait, d’une part, de limiter cette privatisation et l’extension des inégalités entre futurs pensionnés, et, d’autre part, de contribuer à financer les pensions légales. Enfin, la transparence la plus totale devrait être exigée de la part du secteur des assurances sur les inégalités de couverture entre les travailleurs dans les entreprises et entre les secteurs, sur les rendements effectifs et les frais de gestion, ainsi que sur la nature des investissements.
En guise de conclusion, on peut donc rappeler que le gouvernement se targue d’agir pour préserver les pensions alors qu’il prend et annonce des mesures qui augmentent l’incertitude et délégitimisent la sécurité sociale, ouvrant ainsi davantage la porte à la privatisation. Il cherche surtout à éviter de réformer la fiscalité et les réductions des cotisations patronales pour plus de justice sociale et d’efficacité pour l’emploi. Des alternatives existent donc non seulement pour assurer la viabilité de la sécurité sociale, mais aussi pour améliorer les pensions des retraités et celles des générations qui les suivent. #

Credit Photo : Jonas Boni


1. Pour y avoir contribué, l’auteur s’appuie sur la position adoptée par le MOC le 24 mai dernier (www.moc.be), qui peut servir de lecture complémentaire.
2. Jusque-là, l’âge légal de la pension pour les femmes était fixé à 60 ans.
3. D’autres facteurs expliquent la croissance des dépenses de pension, comme le fait que les femmes ont été de moins en moins nombreuses à arrêter précocement leur carrière et de plus en plus nombreuses à s’être constituées une pension de droit propre, ce qui a augmenté le nombre de pensions à payer (hausse du nombre de pensions au « taux isolé » et réduction du nombre de pensions au « taux ménage »).
4. Qui fera passer le taux des cotisations patronales de 34 % à... 25 %.
5. Tenant compte notamment du fait que les réductions de cotisations ne visaient pas que l’emploi, mais aussi la compétitivité.
6. Sans autre amélioration que les adaptations partielles habituelles au bien-être, c’est-à-dire à l’évolution des salaires des actifs.
7. En maintenant l’hypothèse d’une croissance de 1,5 % alors que le CEV table sur 1,7 % par an pour 2040-60. Si une future coalition décidait de supprimer plusieurs mesures de ce gouvernement en matière de pensions, de les améliorer, tout en veillant à maintenir une croissance du PIB à 1,5 %, la hausse du coût du vieillissement pourrait atteindre 6 % du PIB d’ici 2040. Celle-ci représenterait quelque 19 % de l’accroissement du revenu national d’ici 2040. Capter ce montant pour le financement des pensions n’a donc rien d’infaisable, à condition de réformer la fiscalité et les cotisations patronales.
8. 63 ans et 42 ans de carrière à partir de 2018 pour l’accès à la pension anticipée.
9. Le rapport entre la pension et les derniers salaires était, en 2013, de 47 % en Belgique contre 55 % dans l’UE et 64 % en France (« Analyse de l’évolution de la situation sociale et de la protection sociale en Belgique », SPF Sécurité sociale, octobre 2015). Après une carrière de salarié, un retraité touchait en moyenne, au 1er janvier 2015, une pension de 1.072 euros bruts par mois (taux isolé) (« Statistique annuelle 2015 », Office national des pensions, calculs propres).
10. La pension de fonctionnaire statutaire est, par contre, liée à celle des rémunérations en cours par ce qu’on appelle la « péréquation ».
11. La totalité des 45e est à multiplier par 60 % (taux isolé) ou 75 % (taux ménage).
12. Tandis qu’une partie des jeunes vivent un début de trajectoire socioprofessionnelle avec des périodes de non-droit.
13. Le gouvernement précédent avait déjà décidé de baser le calcul de la pension des services publics sur les 10 dernières années de rémunération plutôt que sur les 5 dernières.
14. Le plafond était de 53.528,57 euros bruts en 2015, ce qui plafonne la pension de salarié à 2.238,71 euros bruts par mois (au taux isolé) pour celui qui aurait gagné chaque année au-delà du plafond.
15. À condition d’avoir une carrière d’au moins 15 années à 1/3 temps.
16. Il faut savoir qu’elle n’est versée qu’au prorata du nombre d’années de carrière (d’au moins 52 jours équivalent temps plein (ETP)). Par ailleurs, elle est conditionnée à une carrière d’au moins 30 ans à 2/3 temps (208 jours ETP par an). Les années à mi-temps (de 156 jours ETP) peuvent tout de même être prises en compte, mais la pension minimale sera calculée au prorata de la durée moyenne du travail par rapport à un temps plein (312 jours). Les heures de travail sont « comprimées », c’est-à-dire qu’elles sont totalisées en journées ETP.
17. 30 % pour les hommes et 37 % pour les femmes (chômage et prépension représentent, par exemple, 14 % de la carrière des hommes et 18 % de celle des femmes). Données issues du Bureau fédéral du plan (BFP), mai 2016.
18. Les allocations étant dégressives par palier suivant la durée d’indemnisation.
19. Rebaptisées : « Régime de chômage avec complément d’entreprise » (RCC).
20. En régime salarié, pour chaque année de carrière, les salaires sont pris en compte dans le calcul de la pension à un certain pourcentage (ici à 60 %). Le montant obtenu est indexé et divisé par 45 (vu que la carrière complète est de 45 ans).
21. Dite aussi de « droit direct » par opposition à « droit dérivé ».
22. Les deux propositions visent l’individualisation des droits que revendique le mouvement féministe qui souhaite qu’elle puisse s’accompagner d’une égalité dans l’emploi entre hommes et femmes.
23. Qui bénéficierait à chacun, qu’il soit retraité, en âge d’activité professionnelle, voire à un enfant.
24. Voir : Patrick Feltesse, « La seconde jeunesse de l’allocation universelle », Démocratie, novembre 2013, pp.5-9.
25. Pension versée à la veuve ou au veuf, sur base de la pension du conjoint décédé.
26. En régime salarié, celle des femmes est de 31 % inférieure à celle des hommes. Et 58 % des femmes perçoivent une pension inférieure à 1.000 euros contre 32 % des hommes.
27. 36,6 ans contre 42,2 ans pour les hommes (BFP, 2015).
28. 46 % des femmes et 10 % des hommes travaillent à temps partiel.
29. Jusqu’à 3 ans en cas d’enfants en bas âge.
30. Car cette épargne est conservée par les banques jusqu’à 65 ans, tandis que la déduction permet de peu la rémunérer.
31. Qui serait progressive suivant le rapport entre les primes versées et le salaire.
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