Dans un secteur musical dominé par la concurrence, la dépendance aux labels et la captation de valeur par les plateformes de streaming, Grégoire Maus et Nicolas Michaux défendent une autre voie. Depuis 2024, ils tentent, avec Capitane Coop, de faire de leur coopérative bruxelloise un outil de réappropriation des moyens de production culturels. Grégoire Maus revient sur la genèse du projet, les impasses de l’industrie musicale, le pari coopératif et les défis concrets qu’il implique.
En Europe comme en Amérique latine, les gouvernements progressistes ont multiplié les politiques publiques en faveur de l’économie sociale et solidaire (ESS). Coopératives, associations de producteurs, mutuelles et organisations communautaires y sont présentées comme des alternatives crédibles au tout-au-marché : des formes d’organisation économique capables de combiner création d’emplois, justice sociale et démocratie économique. Mais que se passe-t-il lorsque l’État tente d’institutionnaliser ces modèles alternatifs ? Comment les soutient-il1 ?
MARÍA JOSÉ RUIZ-RIVERA Chercheuse au CIRTES de l’UCLouvain et ANDREIA LEMAÎTRE Professeure à l'UCLouvain et membre du CIRTES
1 Cet article s’inscrit dans le cadre des résultats de la thèse doctorale de María José Ruiz-Rivera, dirigée par Andreia Lemaître au sein de la Chaire d’économie sociale et solidaire du Sud (CESSS), en collaboration avec l’ONG universitaire Louvain Coopération.
L’économie sociale n’est pas un phénomène récent, elle s’est installée dès le 19e siècle. Toutefois, dans les dernières décennies du 20e siècle, des initiatives solidaires ont dynamisé l’économie sociale à tel point que l’expression d’économie sociale et solidaire (ESS) s’est largement diffusée au niveau international. Même si, dans certains contextes, comme la Belgique ou le Québec, l’expression économie sociale reste la plus usitée, l’objet de cette contribution est de montrer que l’ESS n’est pas un aménagement à la marge de l’économie sociale, car elle peut fournir l’opportunité d’une reconfiguration d’ensemble à partir de la prise en compte des émergences récentes.
Dans son ouvrage Les nouveaux contremaîtres. Enquête sur la surveillance au travail à l’heure de l’IA, Clément Pouré retrace l’histoire et le déploiement de la surveillance technologique au travail (et jusqu’au domicile) – caméras, géolocalisation, analyse vocale, etc. – en articulant les évolutions récentes du travail avec des phénomènes constitutifs du capitalisme industriel. Il montre les conséquences violentes de ces nouvelles formes de contrôle sur les salarié·es, en particulier les travailleur·ses dits « peu qualifié·es » qui en sont les premières victimes.