Pour beaucoup de citoyens. la santé n'est pas un enjeu électoral essentiel. Pour beaucoup de mandataires politiques non plus, d'ailleurs. Et pourtant, nous considérons tous que l'accessibilité à des soins de santé de qualité est fondamentale...

 

Les programmes politiques se rejoignent également pour promouvoir la liberté de choix du patient, l'évaluation des pratiques médicales, le financement au forfait. Mais derrière cette apparente unanimité se cachent des tendances qui relèvent de conceptions fort différentes du rapport patient-médecin, de la responsabilité médicale, de la sélectivité, etc. Ces différences sont d'autant plus voilées qu'une négociation sur la répartition des compétences (communautarisation) est à l'ordre du jour..

QUATRE DÉFIS POUR LA SANTÉ

Aujourd'hui, la paix sociale en assurance maladie repose sur un compromis qui garantit la liberté thérapeutique pour le médecin et le libre choix du médecin par le patient. Il assure en outre une bonne couverture financière des soins de santé pour la quasi-totalité de la population et offre aux patients une grande qualité des équipements médicaux et du personnel soignant.
Mais voilà, le doute s'est installé. Des charges de plus en plus lourdes sont réclamées aux patients. D'aucuns estiment que la croissance des dépenses est encore trop rapide (alors qu'elle demeure inférieure à celle du produit intérieur brut). Et ils confieraient bien l'avenir de la santé à ses marchands zélés: compagnies d'assurances, industrie pharmaceutique, hôpitaux à but lucratif, etc.
Certes, tous les programmes politiques rappellent leur attachement à des valeurs universelles comme la solidarité, la responsabilité et le respect de la personne humaine. Mais lorsqu'il s'agit de traduire concrètement ces valeurs, de profondes divergences apparaissent, notamment sur le rôle des mutualités - que d'aucuns, dans un but politique évident, accusent outrancièrement de pratiquer “une exploitation politique de la souffrance humaine ” -, sur l'extension du secteur marchand, sur sa fonction, etc.
Progresser dans les réformes serait donc un objectif important pour un prochain gouvernement. Outre les révisions des structures et procédures, quatre défis que nous abordons tour à tour méritent une attention particulière.

FINANGEMENT EQUITABLE
Le financement du système de santé ne laisse pas indifférents les consommateurs de soins, pour autant que l'on ne réduise pas ce problème à des questions de technique budgétaire. Le financement se pose aujourd'hui en termes de justice. Chacun participe-t-il équitablement à l'effort collectif? La base de la contribution au financement de la sécurité sociale ne doit-elle pas être élargie à d'autres revenus que ceux du travail? Le financement alternatif de la sécurité sociale (par une contribution sociale généralisée - CSG) apparaît comme une mesure de plus juste répartition des efforts.

Les patients participent également au financement du système de soins de santé en payant la part qui reste à leur charge. Or, celle-ci ne cesse d'augmenter d'année en année. On l'évalue à quelque 150 milliards, soit 30% des remboursements, dont environ 65 milliards pour les médicaments non remboursés (1). Cette situation rend évidemment plus attractif le marché des assurances commerciales...

VIEILLISSENIENT DE LA POPULATION
Parmi les questions les plus urgentes à résoudre parce que vécues durement par un très grand nombre de personnes, on retrouve évidemment un faisceau de problèmes liés au vieillissement de la population, La mise en place d'une assurance autonomie au niveau fédéral est sans doute l'une des revendications les plus souvent exprimées dans les milieux des personnes âgées. Le maintien à domicile, le plus longtemps possible, est un souhait largement partagé, mais les aides et soins à domicile (ainsi que les gardes à domicile) sont trop peu développés. Les personnes âgées revendiquent aussi une meilleure qualité de vie en maison de repos, ainsi que dans les maisons de repos et de soins. Elles attendent un développement des soins palliatifs et s'inquiètent du sort qui leur sera réservé en fin de vie. Les questions sur l'euthanasie et le droit aux soins des personnes âgées font aussi partie de leurs préoccupations actuelles.

DROIT DES PATIENTS
Angoissé par la maladie, perdu devant une information médicale souvent difficile à saisir, inquiet devant les risques inhérents à toute intervention chirurgicale, le malade a besoin d'être protégé dans la relation inégale qui s'établit entre lui et son médecin. Beaucoup de patients, et plus encore de médecins, répugnent cependant à parler de leurs relations en termes de droits. Et pourtant, ces droits existent. Il y a bel et bien un droit à l'information, un droit au consentement du patient à l'acte médical, le droit au respect de la vie privée et de la dignité humaine, le droit de consultation et de copie du dossier médical et le droit de plainte. Mais ces droits restent tellement dispersés dans de nombreux textes que patients et personnel soignant ont bien du mal à s'y retrouver. Reconnaître au patient un véritable statut juridique, ce n'est pas ruiner la confiance qui est à la base de toute relation thérapeutique. C'est au contraire apporter au médecin la garantie d'une bonne collaboration entre lui et son malade..

RÉDUIRE LES INÉGALITÉS
Aux inégalités devant la maladie répond une très forte solidarité. Si l'on considère l'ensemble des dépenses en soins ambulatoires et hospitaliers, on peut dire que 10% de la population bénéficie de 70% des remboursements. Sans cette, solidarité très forte, la prise en charge de la maladie serait insupportable pour de nombreux malades, et notamment pour les malades chroniques. Mais cela suffit-il? Le débat sur l'égalité devant la santé peut-il se limiter à celui de l'accès aux soins? En effet, la réduction des disparités sociales d'accès aux soins n'a pas réduit les inégalités d'état de santé et d'espérance de vie. Les écarts d'espérance de vie se sont même creusés entre catégories sociales car l'état de santé ne dépend bien sûr pas uniquement de la qualité du système de soins mais aussi et surtout des conditions de vie.

Il faut donc se demander si “le noyau dur” des systèmes de santé (c'est-à-dire la prise en charge de la maladie dans sa phase aiguë), sous la pression d'une ambition sociale historique, qui est de mettre à la disposition du plus grand nombre les soins nécessaires, n'épuise pas la plus grande partie des ressources consacrées à la santé, réduisant du même coup les moyens disponibles pour toutes les actions positives en faveur de la santé (prévention, dépistage, promotion de la santé, etc.) ainsi que pour toutes les actions qui suivent la phase critique de la maladie (déficiences, pertes d'autonomie, aides et soins à domicile, etc.).
Une véritable politique de santé ne peut donc se limiter à une politique de soins de santé. Il s'agit d'intégrer dans toutes nos activités productives des impératifs de santé publique. Les exemples de manquement à cet égard, de la vache folle à l'amiante en passant par les pollutions urbaines, sont en effet nombreux ces dernières années. Réduire le chômage et la précarité serait également une politique de santé.

Les mutualités et les syndicats revendiquent d'inclure une partie des médicaments dans la franchise sociale.

Le Gavroche

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