Les contrats de sécurité sont nés en 1992 après les émeutes de Forest. Ils ont pour objectif d’assurer une prévention intégrée de la criminalité au niveau local. Dans un premier temps, 27 villes et communes ont été sélectionnées dans les trois régions du pays. Par la suite, deux communes bruxelloises ont rejoint le projet.


Le volet policier de ces contrats prévoit de renforcer la présence visible d’agents sur le terrain. Dans les communes dont les effectifs policiers ne sont pas complets, la première priorité est dès lors de recruter les policiers manquants. Ont également été engagés dans certaines communes des "patrouilleurs" civils : les assistants de prévention et de sécurité.

Le volet préventif est pour sa part, à tiroirs multiples. Il s’agit par exemple de lutter contre le décrochage scolaire, de porter assistance aux victimes ou encore d’accompagner des groupes à risques, comme les toxicomanes. Une autre facette de ce volet concerne l’occupation de terrain par les équipes de prévention. Plus question de laisser les quartiers difficiles "abandonnés".

L’emploi est une composante importante de ces contrats. Dans le cadre de 29 expériences en cours, plus de 3.000 personnes ont été engagées.

Le financement de ces contrats pour l’année 2000 est assuré par l’État fédéral à hauteur de 2,3 milliards. La Région wallonne y ajoute 227 millions et la Région bruxelloise 221 millions. Quant à la Région flamande, elle a toujours refusé de cofinancer l’initiative fédérale. Les principaux postes sont la police (40%), la prévention (40%) et la toxicomanie (13%).

Parmi les reproches adressés aux contrats de sécurité, on peut relever : le principe selon lequel les problèmes peuvent se résoudre à un niveau local, ils font ainsi fi de la problématique macro-sociale qui peut générer de la délinquance ; le placement sous l’aile du ministère de l’Intérieur entraînant par là une confusion entre la prévention et la répression ; le non-recours à une approche intégrée qui aurait associé les différents niveaux de pouvoir ainsi que le monde associatif riche de son expérience de terrain ; le saupoudrage, parfois efficace, parfois mal ciblé ou faisant double emploi avec les travailleurs de terrain comme s’il était question essentiellement de visibilité.

Une évaluation en cours. En compagnie de ses homologues des Régions wallonne et bruxelloise, le ministre de l’Intérieur Antoine Duquesne a annoncé en février dernier qu’il allait soumettre les contrats de sécurité à une évaluation en profondeur. Celle-ci sera soumise à une étude approfondie confiée au Secrétariat permanent à la politique de prévention. Ce parastatal du ministre de l’Intérieur devra remettre son évaluation d’ici au mois de juillet 2000. Celle-ci devrait servir de base à une redéfinition des missions des contrats de sécurité.

C.M.
Sources : Le Soir du 22/02/00 et La Libre Belgique du 22/02/00.

Les Belges et la sécurité

En 1998, le bureau d’enquête Di Marso réalisait pour la seconde fois, à la demande du Service général d’appui policier, une enquête baptisée "Moniteur de la Sécurité". Dans 29 villes à contrats de sécurité et dans 20 projets pilotes ZIP (zone interpolice), un échantillon de 350 personnes par unité et de 6.000 personnes au niveau fédéral a été interrogé à propos de cinq thèmes : les problèmes de quartier, les sentiments d’insécurité, la victimisation (réelle), le fonctionnement des forces de police et la prévention. Parmi les multiples conclusions de cette enquête de 120 pages, voici les problèmes mentionnés le plus souvent par la population :

Dans les quartiers : l’enquête Di Marso révèle que c’est la sauvagerie de la circulation routière qui inquiète le plus la population (43% des personnes interrogées), suivent les déjections canines dans la rue (32%), l’attitude agressive dans la circulation (29%), les cambriolages (23%) et les objets divers dans la rue (18%).

Sentiments d’insécurité : 10% de la population se sentent toujours (3%) ou souvent (7%) en insécurité. Des différences significatives apparaissent selon le sexe, l’âge, le niveau de formation et l’activité professionnelle. Ainsi, les femmes se sentent plus en insécurité que les hommes. L’enquête révèle que plus on est âgé, plus on se sent "toujours" en insécurité. Les personnes actives se sentent nettement moins en insécurité que les autres inactifs et les pensionnés, et les personnes qualifiées se sentent plus en sécurité que les personnes non qualifiées. Le Flamand se sent en moyenne plus en sécurité que le Belge, le Wallon ou le Bruxellois moyen. Des trois régions, ce sont les Bruxellois qui se sentent le plus en insécurité. Fait à relever, la ville d’Anvers, où, on le sait, le Vlaams Blok récolte plus de 24% des voix, n’enregistre pas de sentiment d’insécurité plus important que d’autres villes. L’indicateur y est même légèrement en deçà de l’indice belge moyen (2,83).

La victimation (c’est-à-dire la criminalité non enregistrée) concerne d’abord, pour les ménages, "l’endommagement du véhicule" (38%), puis les délits qualifiés de "destruction" (hors dégâts voitures) avec 19% et le vol de vélo avec 12%.
Au cours de l’année 1998, 5% des ménages ont été victimes de cambriolage ou de tentatives de cambriolage, 4% ont été menacés de violences physiques et 1% ont été réellement victimes de violences physiques.

Contacts avec la police : la moitié seulement des faits subis sont dénoncés (dont les 3/4 à la police communale et 1/5e à la gendarmerie). Parmi les plus signalés, on retrouve les vols de voitures, de mobylettes et les cambriolages (entre 85% et 90%), par contre, les menaces de violence physique, les vols en dehors de la maison/victime absente ne sont signalés que dans un quart des cas.

Prévention : un peu moins d’un ménage sur deux a placé des verrous et des serrures, des volets mécaniques ou des grilles supplémentaires pour protéger son habitation (47%). 44% des ménages laissent la lumière allumée le soir quand la maison est vide. Un éclairage supplémentaire automatique est placé dans 32% d’habitations. Un peu plus d’une habitation sur dix est équipée d’un système d’alarme. 60% des ménages disent conclure des accords de surveillance avec des personnes de confiance. 16% des ménages sont impliqués dans une surveillance de quartier en concertation ou collaboration avec la police. Un citoyen sur quatre dit disposer d’un moyen de défense qui, heureusement, n’est pas nécessairement une arme.

Catherine Morenville

Source : Service général d’appui policier, Le moniteur de sécurité 1998, description de l’enquête fédérale, Sylviane Bogaerts et Patricia Scharff, Kluwer Éditorial.

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