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International

Depuis l’élection de Reagan en 1982, les États-Unis constituaient un repoussoir pour la gauche démocratique européenne. Malgré quelques moments d’espoir trop vite déçus — la victoire de Bill Clinton en 1992 —, la société américaine offrait en effet le spectacle d’un pays aux prises avec une démocratie aux institutions confisquées par le pouvoir de l’argent, une révolution conservatrice obscurantiste, une liste de régressions sociales sans fin.

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Le 4 novembre, les électeurs américains ne choisiront pas seulement un président. En déposant leurs bulletins dans l’urne, ils définiront l’Amérique. Le scrutin de 2008 constitue, en effet, en raison de l’héritage légué par l’administration Bush, des défis internationaux qui attendent le prochain président et des changements démographiques et sociologiques à l’intérieur des États-Unis, un rendez-vous décisif de l’Amérique avec son destin. L’identité métisse du candidat démocrate est un élément crucial de la campagne et elle influencera le vote d’une partie importante de l’électorat, mais cette dimension masque des enjeux plus profonds encore, des glissements de plaques tectoniques, qui touchent au modèle économique et à la place des États-Unis dans le monde.

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À la demande de la campagne « 60 ans de dépossession, 40 ans d’occupation », une délégation belge a effectué en mars 2008 une mission dans les territoires palestiniens et en Israël. Nous en faisions partie, aux côtés de représentants syndicaux, d’associations et mouvements sociaux, culturels, et de coopération 1. Nous nous sommes rendus dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem pour des rencontres avec des organisations israéliennes, palestiniennes et des Nations Unies.

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Sous la conduite de Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie de mars 2000 à mars 2008, désormais premier ministre de son successeur Dimitri Medvedev et leader du parti dominant « Russie Unie », la Russie accomplit une troisième étape dans sa transformation post-soviétique 1. La première, sous Mikhaïl Gorbatchev, de 1985 à 1991, la Perestroïka (reconstruction) mène à la déconstruction du système et à l’auto-dissolution du bloc soviétique (pacte de Varsovie) et de l’URSS. La deuxième, sous Boris Elstine, de 1991 à 1999, engage la Russie sur la voie d’un capitalisme de choc et de l’intégration au « Nouvel ordre mondial ». La troisième, sous Vladimir Poutine, de 1999 à 2008, « rectifie le tir » des changements, dans un sens centraliste et autoritaire, de « restauration de la puissance ». À nouveau, la Russie fait peur.

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Les 1er et 2e tours des élections présidentielles congolaises se sont déroulés dans de bonnes conditions. Les résultats définitifs, confirmés par la Cour suprême de justice le 29 novembre dernier, ont permis l’investiture de Joseph Kabila à la présidence. À l’heure d’écrire ces lignes (6 décembre), le processus électoral au Congo est en passe d’avoir réussi son pari. C’est désormais l’heure de reconstruire.

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Albert Carton, qui a été syndicaliste à la CSC puis à la CNE, est parti vivre en Égypte au moment de sa prépension. Il y suivait sa femme, qui avait trouvé un travail là-bas. Il écrit des mails périodiques pour dévoiler sa découverte du pays, ses étonnements, ses interrogations et ses réflexions quant à ce qu’apporte un autre point de vue sur le monde, quand on le regarde d’ailleurs...

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Depuis une dizaine d’années, l’Amérique latine est le témoin d’une montée en puissance de nouveaux acteurs sociopolitiques de gauche. L’émergence de ces acteurs revêt des formes multiples, mais elle renvoie à des tendances de fond qui traversent l’ensemble du continent. L’irruption de mouvements populaires massifs, les tentatives d’articulation continentale ou mondiale, l’apparition ou le renforcement de partis ou de coalitions progressistes, les succès électoraux remportés par des candidats de gauche et les expériences gouvernementales locales ou nationales posent en effet de multiples questions.

Le bilan social de deux décennies de libéralisation politique et économique de l’Amérique latine touche au désastre, dans des proportions et selon des modalités certes différentes d’un pays à l’autre. Que l’avènement de la « démocratie » ait précédé de quelques années l’adoption de politiques économiques d’inspiration néolibérale, comme par exemple au Brésil et en Argentine, ou que les recettes du « consensus de Washington » – libéralisation, privatisation, dérégulation – aient été appliquées bien avant la sortie des régimes dictatoriaux, comme au Chili, le double processus concomitant, qui a longtemps concouru à maintenir à distance la gauche en tant qu’alternative de pouvoir, est aujourd’hui sévèrement critiqué pour ses résultats et questionné dans sa logique. Les limites substantielles des jeunes démocraties latino-américaines viennent ainsi d’être épinglées, une nouvelle fois, par un important travail du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Selon ce rapport, bien que l’essentiel du sous-continent réponde désormais aux requis minimaux en matière de système électoral, la « consolidation de la démocratie y est gravement menacée par les faibles niveaux de participation aux élections, par la marginalisation systématique des voix alternatives du fait de l’establishment politique et par la perte manifeste de confiance de la population dans les partis politiques traditionnels ». Si le propos reste forcément empreint d’un style onusien davantage focalisé sur le « développement de la citoyenneté » que sur un questionnement fondamental du système, les données rassemblées mettent aussi en lumière « les tensions à l’œuvre entre la consolidation des droits politiques et sociaux et les niveaux de pauvreté et d’inégalité sans précédent atteints dans la région. En limitant la participation politique, en empêchant l’intégration sociale et en érodant la cohésion sociale, la pauvreté et l’inégalité constituent les plus graves défis auxquels doit faire face la construction de la démocratie en Amérique latine ». En cause donc, à la fois la légitimité des systèmes démocratiques dans l’opinion publique latino-américaine et l’extrême polarisation sociale : selon le PNUD, plus de la moitié des Latino-Américains seraient ainsi disposés à renoncer à la démocratie, à accepter un gouvernement autoritaire, s’il s’avérait capable de résoudre leurs problèmes socioéconomiques. Les travaux du PNUD se concluent dès lors sur une pressante invitation à grossir les racines de la démocratie en élargissant le concept de citoyenneté politique à ses dimensions économique, sociale et civile... sans véritable mise en cause du modèle économique dominant. Or, le ras-le-bol populaire latino-américain vise aussi le néolibéralisme et ses effets les plus visibles. En 20 ans de démocratie libérale, un seul pays, le Mexique, a tant soit peu amélioré la répartition du revenu, dans un sous-continent où la concentration des richesses et du pouvoir au sein d’une minorité est la plus haute de toute la planète.

Décennie piégée

Si l’appellation « décennie perdue » attribuée aux années 1980 ne prête plus à débat, le titre de « décennie piégée » ou « gâchée » pourrait être décerné aux années 1990. Les réformes fortement encouragées par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement ont certes permis de juguler les hyperinflations et d’assurer, dans un premier temps, un modeste retour à la croissance et une certaine stabilité macroéconomique, mais elles ont surtout abouti à un énorme gâchis. Dépendances financière et technologique accrues, volatilité de la croissance, augmentation des inégalités et de la vulnérabilité d’importants secteurs sociaux, stagnation ou nouvelles hausses de la pauvreté… Les élèves zélés des institutions financières internationales paient les frais de leur orthodoxie. La dette extérieure atteint des sommets inégalés et la logique financière dominante, induite par le développement d’ « économies casinos » largement ouvertes sur l’extérieur, ajoute la fragilité à l’instabilité du continent.
En quête d’équilibres budgétaires et de crédibilité auprès des bailleurs de fonds, les États ont désinvesti leurs missions fondamentales, et en particulier l’éducation et la santé, alors que 75 % des habitants du sous-continent obtiendraient des revenus insuffisants pour échapper durablement à la précarité. Dans des petits pays comme le Nicaragua ou Haïti, sans consistance politico-économique réelle face aux investisseurs transnationaux qui y ont les mains libres, les situations dépassent l’entendement : incurie, népotisme, corruption des élites, largage social et sanitaire d’importants secteurs de la population urbaine et rurale, insécurité croissante, expansion et aggravation de la malnutrition, saccage de l’environnement…

Nouveaux acteurs

Trois décennies de récession, de répression institutionnelle, puis d’offensive idéologique néolibérale ont profondément altéré les mouvements sociaux classiques d’Amérique latine. Avant les dictatures, ces mouvements – paysans, ouvriers et étudiants – se positionnaient en regard du projet « national populaire » et « développementaliste », attelé à la constitution d’un État social à l’intérieur d’une forme de capitalisme indépendant à l’égard des pays du Nord. Ces quinze dernières années, au sortir des régimes militaires, de nouvelles forces sociales contestataires ont émergé – mouvements d’habitants de quartiers pauvres, mouvements de femmes, mouvements des sans-terre, des sans-emploi, mouvements indigènes… – qui imposent de nouveaux thèmes à l’agenda des luttes sociales, articulés à une critique renouvelée du capitalisme. À la faveur paradoxale des nouvelles formes d’exclusion mais aussi de l’ouverture relative d’espaces politiques générées par la libéralisation du sous-continent et l’évolution des structures socioéconomiques, ces nouveaux acteurs se sont affirmés socialement et culturellement en marge des représentations et médiations traditionnelles. Parmi eux, les mouvements indigènes (Bolivie, Équateur, Guatemala, Mexique…) jouent un rôle emblématique. Alors que l’actuelle globalisation se révèle sous bien des aspects désastreuse pour ces peuples marginalisés, elle crée aussi les conditions de leur émergence en tant qu’acteurs sociaux identitaires. L’accélération de la mondialisation porte en elle-même les germes de réaffirmations culturelles, locales ou régionales. On le sait, la force désagrégatrice de la logique économique libérale entame les solidarités nationales et induit une fragmentation des principaux acteurs sociaux et des identités collectives. En Amérique latine comme ailleurs, la tendance s’est accompagnée d’une prolifération de mouvements identitaires à caractère religieux, national ou ethnique.
Certes fragiles et pas à l’abri de dérives ou de dissidences intégristes, racistes ou réactionnaires rencontrées ailleurs, la plupart des mouvements indigènes apparus dans la région sont parvenus à articuler une double dimension culturelle et sociale dans leur lutte éminemment politique. Ils y combinent appartenance ethnique, protestation éthique et actions sociales et politiques. Suffisamment identitaires pour ne pas se diluer, suffisamment ouverts pour ne pas se replier, ces rébellions et soulèvements populaires multiplient les ancrages – local, national et international – sans les opposer. Ils manifestent, de la part des populations indigènes qui les animent, une volonté d’émancipation, d’appropriation et de maîtrise de la modernité.
Aujourd’hui, si la justice sociale reste l’étoile à atteindre, sa quête repose désormais sur la responsabilisation du pouvoir, la reconnaissance des diversités et la revalorisation de la démocratie. Le défi posé par ces luttes indigènes est la réconciliation des principes de diversité (et d’interdépendance des espaces politiques et culturels) et d’égalité (renouveau de la perspective égalitaire). Ces mouvements revendiquent une autonomie sans séparation, une intégration sans assimilation. À la déferlante uniformisatrice de la mondialisation et à l’indigénisme intégrationniste des autorités nationales, les organisations indiennes répondent par un indianisme respectueux des identités. « Être reconnus égaux et différents », « égaux parce que différents » selon les propres termes de la leader zapatiste Ana Maria.
Plus globalement, au-delà des luttes indigènes, les « nouveaux mouvements sociaux » – les « nouvelles radicalités politiques latino-américaines » pour reprendre l’expression du sociologue argentin Hernan Ouviña – posent d’importants défis aux acteurs traditionnels de la gauche politique de par leur composition sociale (plus hétérogène qu’auparavant et plus populaire que celle de leurs alter ego européens), leurs formes d’organisation (démocratie directe), leurs discours (autonomie, dignité, environnement, diversité…), leurs répertoires d’action (expressifs, symboliques, médiatiques…), et leurs pratiques alternatives (expérimentation, espaces autogérés de production collective…). Sans s’y réduire, ils assument toutefois leurs filiations passées. Leur originalité n’est dès lors ni à essentialiser ni à idéaliser, elle est à relativiser ou plutôt, peut-être, à situer dans l’articulation de nouvelles formes à d’anciennes, tant les conduites verticalistes et hiérarchiques, les modes d’expression classiques, les aspirations égalitaires à la redistribution des richesses, les revendications strictement socioéconomiques, l’attrait pour le pouvoir de l’État et les identités de classe demeurent prégnants dans ces mouvements.

Rapport au politique

Sans s’appesantir ici sur les réponses et les stratégies mises en œuvre face à ces mouvements par les États ou les pouvoirs en cause – qui classiquement vont de la répression à la cooptation, en passant par des manœuvres plus ou moins larvées de pourrissement des situations, de fragmentation des acteurs, d’institutionnalisation des revendications… –, deux problématiques d’importance méritent encore d’être évoquées : le rapport au politique de ces mouvements, et leur potentiel transformateur. Un écho aux lourds débats que ces thématiques suscitent en Amérique latine aide à relativiser ou à mieux situer la portée de ces forces sociales. Des débats qui mettent en tension deux traditions déjà anciennes de l’action politique et des voies du changement social.
La première, d’inspiration anarchosyndicale et libertaire, qui, dans ses formes les plus extrêmes, rejette toute idée de délégation du pouvoir et de représentation institutionnelle, privilégie le développement et la généralisation de pratiques autogestionnaires, de contre-pouvoirs civils, « par le bas », au nom d’une certaine fétichisation idéaliste de la « pureté du social ». La seconde tradition, d’inspiration sociale-démocrate, jacobine ou marxiste-léniniste, plus centralisatrice et qui tend à reproduire un rapport hiérarchique entre partis politiques (haut) et mouvements sociaux (bas), est nettement moins frileuse à l’idée d’expressions partisanes des luttes, de traduction politique des revendications du mouvement. Elle en fait même la condition de l’efficacité politique des mobilisations sociales. À noter que, des deux côtés, le propos peut être plus ou moins radical (antisystémique), plus ou moins conciliant (réformateur). Dans la réalité, les forces contestataires actuelles tendent à combiner les accents les plus complémentaires de ces deux traditions (primat du social vs primat du politique), avec des fortunes diverses et selon des modalités particulières très dépendantes des configurations sociopolitiques nationales. Elles doivent composer avec des contextes sociaux variés dans lesquels les « secteurs populaires organisés », quelle que soit leur vigueur, restent souvent minoritaires au sein de leur propre secteur social et où les mobilisations populaires les plus fortes ne sont pas forcément « de gauche » ou contestataires. Sur la scène politique, lorsqu’elles n’y portent pas leurs propres candidats ou partis, plus ou moins rompus au jeu des coalitions pré- ou postélectorales, les luttes et organisations contestataires peuvent aussi opter pour un parti ou un candidat extérieur à elles-mêmes, ou encore tenter d’imposer aux autorités leur propre agenda, tout en refusant de se compromettre dans le jeu politique.
Dans tous les cas de figure, quelle que soit la stratégie choisie ou obligée par les circonstances, la question éminemment politique du meilleur moyen de produire du changement social est au centre des considérations. Les résultats obtenus – aboutissement des revendications, récupération, neutralisation… – et les effets sur la dynamique des mouvements – perte ou renforcement de l’autonomie, rivalités et différenciation sociale internes, épuisement… – sont eux aussi pluriels.


(*) Sociologue, directeur du Centre tricontinental (Cetri, Louvain-la-Neuve), rédacteur en chef d’Alternatives Sud, auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l’Amérique latine.
Les victoires électorales de la gauche politique et l’avènement de gouvernements progressistes à la tête de municipalités, de régions et surtout d’États nationaux comme au Venezuela, au Brésil, en Uruguay, en Bolivie sont-ils synonymes de réelles possibilités de changement ? Les premiers bilans sont plutôt mitigés.

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Le train des élections est lancé sur sa dernière ligne droite, le Congo va probablement voter en juin ou juillet prochain. Tous les espoirs semblent désormais permis depuis que le président Joseph Kabila a promulgué, le 9 mars dernier, la loi électorale, dernière pièce de l’appareil juridique organisant les élections générales. Après le vote du référendum constitutionnel et les opérations d’enregistrement des électeurs, cette loi constitue une avancée importante dans le processus électoral par lequel la population va pouvoir enfin choisir ses dirigeants.

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