Souvenez-vous: la retentissante faillite de la banque « Lehman-Brothers », c’était en septembre 2008. Voici tout juste quatre ans. Depuis, on a l’impression que la crise n’en finit pas d’empirer, de frapper, à grands coups d’austérité, les jeunes, les travailleurs, les populations des pays aux économies les plus fragiles d’Europe. Quels ont été les impacts de ces années de crise sur l’emploi, sur les revenus ? Tour d’horizon de quelques pays d’Europe et retour sur les origines de cette crise aussi injuste que nuisible pour la planète et l’urgence environnementale.


 Partons d’un constat, fondamental pour comprendre où nous sommes aujourd’hui : de manière générale, la société est de plus en plus inégalitaire. Depuis le début des années 1980, les écarts de revenus se sont creusés dans la plupart des pays. Dans les pays anglo-saxons, et plus particulièrement la première économie mondiale, aux États-Unis, les écarts de revenus ont même explosé. Si l’on observe le rapport entre le revenu des 10 % les plus aisés et celui des 10 % les plus défavorisés, il est passé de 10, ce qui est déjà énorme, à 15 en 25 ans. Le Royaume-Uni est sur la même voie. En 25 ans, ce rapport est passé de 8 à 10 1. Dans ces deux pays, la principale explication de l’explosion des inégalités est la forte baisse des taux d’imposition durant cette période. La fonction redistributive de la fiscalité y a été fortement écornée.
À partir des années 2000, la hausse des inégalités a touché d’autres pays, jusque-là épargnés. C’est le cas par exemple des pays scandinaves, même s’ils restent les plus égalitaires à l’échelle internationale. En Suède par exemple le ratio entre les plus riches et les plus pauvres est passé de 4 à 6 entre le milieu des années 1990 et la fin des années 2000. Là encore, des explications se trouvent dans l’affaiblissement de la dimension redistributive de la fiscalité. Notre voisin allemand n’est lui non plus pas épargné. Le rapport entre plus riches et plus pauvres est passé de 6 à 8 en 15 ans. La cause principale de cette augmentation des inégalités en Allemagne ? La forte progression du travail à temps partiel et la croissance des petits boulots à petits salaires. Les années Sarkozy en France ont aussi vu les inégalités augmenter. Derrière le slogan de « récompenser la France qui se lève tôt », c’est avant tout les plus riches qui ont été choyés via des baisses d’impôts de natures diverses.
Et la Belgique ? Elle est un des très rares pays où les inégalités sont restées stables depuis 25 ans. Parmi d’autres facteurs, les combats syndicaux pour revaloriser les allocations sociales, via leur liaison au bien-être, ou pour défendre l’indexation automatique des salaires et des allocations sociales n’y sont sans doute pas étrangers.

Impact sur l’emploi

Un des principaux effets de la crise est son impact en matière d’emploi. Les pays européens souffrent. Et la situation dans certaines régions du continent est tout simplement dramatique. De 2008 à 2011, un pays comme l’Irlande 2 a vu disparaître près de 15 % des postes de travail sur son territoire, soit un emploi sur sept. C’est le cas aussi pour d’autres membres de l’Union européenne comme la Lettonie ou la Bulgarie. La situation n’est pas moins grave dans des pays tels que la Grèce, l’Espagne ou le Portugal. L’hémorragie en terme de destruction d’emplois dans ces trois pays est d’environ 10 % sur la période 2008-2011. Parmi les nations qui ont réussi à maintenir globalement le nombre de postes de travail figurent l’Allemagne, la Suède ou encore la Pologne. Et la Belgique est dans la même situation.
Les statistiques du chômage sont également très parlantes. En Espagne, le taux de chômage est passé de 8 % en 2008 à plus de 20 % aujourd’hui. Parmi les groupes qui souffrent le plus figurent les jeunes. Le taux de chômage des moins de 25 ans est en augmentation dans la plupart des pays. En Belgique, il se situe un peu au-dessus de 20 %. La situation est proche en France (près de 23 %). Les chiffres du chômage des moins de 25 ans ne peuvent qu’interpeller en Espagne (48,7 %), en Grèce (47,2 %) ou en Italie (31 %). Le chômage des jeunes est beaucoup moins répandu en Allemagne (7,8 %), mais dans un tissu socio-économique où les petits boulots mal payés sont légion.
Parmi les pays les plus en difficulté en Europe, la Grèce est la plus médiatisée. L’image qui est donnée d’elle est le plus souvent tronquée. Elle est parfois même injurieuse. Certains chefs d’États, particulièrement d’Europe du Nord, envoient régulièrement vers leurs électeurs un message réducteur, selon lequel la Grèce est aidée; qu’elle a bien de la chance de bénéficier d’une telle générosité, et qu’immanquablement, celle-ci a des limites. Que finalement, la Grèce est une sorte de boulet, pour la zone euro et pour l’économie européenne. Le sauvetage de la Grèce est devenu un mauvais feuilleton qui rythme régulièrement les débats lors des sommets européens.

La Grèce, un laboratoire ?

Loin des caricatures, la manière dont les difficultés, réelles, de la Grèce sont gérées ne peuvent laisser indifférents les progressistes. Les défauts de l’économie grecque sont bien connus, dont principalement les trois suivants :
- inefficacité importante des mécanismes de redistribution, due à une fraude fiscale de grande ampleur, particulièrement de la part des contribuables privilégiés ;
- position concurrentielle défavorable et handicaps de compétitivité, difficiles à corriger en vertu de l’utilisation de la monnaie unique ;
- personnel politique majoritairement médiocre qui a longtemps contribué à l’existence d’un « non-État ».
Avec la crise financière sur laquelle nous reviendrons, les problèmes structurels de la Grèce, longtemps cachés sous le tapis, sont apparus au grand jour. Les tergiversations des autres pays de l’Union européenne ont été nombreuses et pourraient au final coûter très cher à la zone euro et plus largement à la construction européenne. Mais finalement, des plans d’aide ont été élaborés au bénéfice d’Athènes. C’est sans doute ce que retiennent Madame et Monsieur tout le monde dans l’espace européen.
S’agit-il à proprement parler d’une aide réelle, d’un sauvetage proposé à la Grèce ? La question mérite d’être posée au vu des conditions qui ont été imposées à Athènes. Un trio est à la manœuvre pour cornaquer l’économie grecque. Ce trio est composé de la Commission européenne, du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque centrale européenne (BCE). À certains égards, on se croirait revenu aux heures les plus sombres des plans d’ajustement structurel imposés dans les années 1980 aux pays en développement. Acculée par les institutions internationales, la Grèce a dû accepter des conditions qui interpellent. Dans un premier temps, c’est la fonction publique qui a été la cible de la rigueur. En un peu moins de trois ans, les fonctionnaires grecs ont subi une réduction des salaires de près d’un tiers. Et un emploi sur quatre a été supprimé. En matière fiscale, l’administration n’a pas été renforcée et il n’y a toujours pas de véritable plan pour s’attaquer à la fraude et remettre en cause les cadeaux pour les catégories aisées. En revanche, la TVA a été augmentée, comme les taxes sur les carburants. Il s’agit des hausses d’impôt les plus faciles à rendre opérationnelles. Mais ces impôts ne sont pas progressifs dans la mesure où ils reposent plus que proportionnellement sur les catégories de revenus moins élevés. En d’autres mots, une question de justice fiscale se pose aux mesures imposées aux autorités politiques grecques.
Sur le marché du travail, l’inspiration néo-libérale des plans imposés à Athènes est aussi manifeste. En trois ans, le salaire minimum a été réduit de 750 euros au départ à moins de 600 euros aujourd’hui. Le coût des licenciements a lui aussi été diminué considérablement. Le temps maximal du préavis est passé de 24 à 6 mois. Et le droit du travail a été quasi balayé par l’introduction d’un nouveau genre de convention collective de travail, dite spéciale. Le principe est que le contenu de ce type de convention peut être défavorable aux travailleurs par rapport à celui déterminé à l’échelon du secteur.
Certains observateurs utilisent l’image de la technique moyenâgeuse de la saignée pour désigner les remèdes proposés à la Grèce. Et les résultats ne leur donnent pas tort. Athènes n’est pas sortie de ses difficultés. Au contraire. Depuis qu’elle est aidée par le FMI et l’Union européenne, la Grèce est frappée d’une récession économique sévère. L’endettement public s’est emballé et se situe à plus de 150 % du produit intérieur brut (PIB). La population souffre et perd l’espoir dans des lendemains positifs. L’émigration a repris. Entre début 2008 et début 2011, 10 % des 20-29 ans ont quitté le pays. Faute d’espoirs et de perspectives, les investissements, tant privés que publics, sont en chute libre. Les équipements (écoles, structures de santé…) se dégradent. Et en 2 ans, le nombre de sans-abri s’est accru de 25 % 3.
Alors, la Grèce, un laboratoire pour les autres pays d’Europe ? Avec comme principaux éléments de programme la dérégulation et la flexibilité ? Davantage d’intégration des politiques européennes est certainement incontournable pour sortir le continent du marasme. Mais tant en Grèce que dans les autres pays de l’Union, c’est d’un autre modèle dont nous avons besoin. Les mesures néo-libérales imposées par les grandes institutions économiques internationales n’amènent qu’à accentuer encore les problèmes. Et la Grèce en est le parfait exemple.

Et en Belgique ?

À différents égards, notre pays résiste jusqu’à présent relativement bien. Notre modèle social basé sur des mécanismes de redistribution étendus permet de faire jouer des amortisseurs. Qu’en sera-t-il à l’avenir ? Il y a des raisons de s’inquiéter au vu des mesures d’austérité du gouvernement papillon, notamment en matière de dégressivité des allocations de chômage.
Sur la période 2008-2011, le taux d’emploi s’est caractérisé par une importante stabilité. Mais sur la même période, on constate une très forte contraction du volume d’heures travaillées. Les entreprises ont massivement recours aux systèmes permettant une réduction du temps de travail, comme le chômage temporaire. C’est amusant dans un contexte où la droite et une partie de la gauche considèrent que la réduction collective du temps de travail n’est pas d’actualité et n’offre aucune perspective !
En matière de revenu, l’indexation automatique permet de protéger à la fois les salaires et les allocations sociales. Maintenir ce mécanisme est une priorité absolue pour les syndicats. D’après les estimations opérées par Philippe Defeyt 4 en 2012, le pouvoir d’achat par tête sera de 3 % inférieur à ce qu’il était en 2009, malgré l’indexation automatique.
L’évolution des allocations sociales sera au menu des négociations de l’automne des interlocuteurs sociaux. Pour ce qui concerne le pouvoir d’achat des allocations minimales, il ne progresse pas, mais stagne depuis 10 ans. Les raisons, comme le montre Philippe Defeyt dans ses travaux sont les augmentations fortes de différents postes qui représentent une part importante du budget des ménages à petits revenus. Il s’agit des loyers, des prix de l’alimentation et de l’énergie. La situation est cependant contrastée selon la situation sociale. Le coût de la vie augmente ainsi plus rapidement pour les ménages à petits revenus qui sont locataires. L’augmentation estimée est de 45 % sur la période 2000-2012 contre 31 % pour le consommateur moyen. À la lecture de ces chiffres, on comprend à quel point la préservation du mécanisme d’indexation automatique sera à nouveau un enjeu majeur des prochaines négociations interprofessionnelles entre syndicats et patronat.

Cap sur l’austérité, toute !

Les prochaines semaines nous amèneront à voir dans quelle mesure l’élection de François Hollande permettra d’induire un changement de cap au plan européen. La période 2008-2011 aura été clairement marquée par l’empreinte du couple « Merkozy » (Angela Merkel et Nicolas Sarkozy). Sans nuance, c’est la voie de l’austérité généralisée qui a été imposée aux pays de la zone euro. Et une austérité très déséquilibrée. La plupart des mesures d’assainissement des finances publiques ont consisté à couper dans les dépenses. L’accroissement des recettes pour combler les déficits, via des mesures permettant d’accroître la justice fiscale, est restée confinée à la portion congrue. Avec quels résultats ? L’Europe s’est enfoncée dans la crise. Malgré un nombre important de sommets « extraordinaires », la zone euro n’est toujours pas sauvée. Elle est menacée d’éclatement. Et dans ce cas, les risques seraient importants pour la construction européenne dans son ensemble. Il existe des alternatives à l’austérité telle qu’elle est mise en œuvre actuellement dans la plupart des pays européens 5. À l’opposé des exigences de la Commission européenne, le collectif Roosevelt, né en France, propose par exemple quinze solutions contre la crise économique à appliquer d’urgence 6.

La crise d’un modèle

Nous avons évoqué plus haut les espoirs suscités par le remplacement de Nicolas Sarkozy par François Hollande à la tête de l’État français. Il est pourtant une dimension que le nouveau président français a jusqu’ici très peu exprimée. Sa rhétorique principale s’ancre autour de la croissance et c’est une préoccupation qu’il veut s’efforcer de voir remise à l’agenda européen. La croissance serait le Graal qui permettrait de résoudre tant de problèmes : les déficits publics, le manque d’emplois et le chômage de masse…
Dans la recherche de solutions pour sortir de la crise actuelle, il y a de grands oubliés. C’est le cas de la lutte contre le changement climatique et plus globalement, l’avenir de la planète. C’est comme si ces problèmes n’existaient plus. Jusqu’en 2008, il y avait une forte attention, certainement en Europe, à l’égard du réchauffement climatique et à ses conséquences, déjà extrêmement concrètes. Les catastrophes naturelles, les vagues de sécheresse dans certaines régions du monde conduisent une nouvelle fois en cette année 2012 à la baisse de la production de certaines céréales importantes. Les prix alimentaires vont vraisemblablement augmenter et l’accès à la nourriture sera plus difficile pour certaines populations. Or aujourd’hui, c’est pratiquement comme si le réchauffement climatique n’existait plus. Il a disparu de la plupart des agendas politiques. Pour désigner cette situation, une journaliste de la RTBF, Anne Blanpain, utilisait, il y a quelques mois dans une de ses excellentes chroniques, une image amusante: l’Europe serait comme un homme. À la différence de la femme, il est réputé ne savoir faire qu’une chose à la fois. Aujourd’hui, l’Union européenne, après avoir sauvé les banques, doit s’occuper de sauver l’Euro. Le climat et la planète, on verra après, semblent considérer les décideurs européens. Et tant pis pour les générations futures, et plus proche encore, celles et ceux qui auront faim dès les prochaines semaines. On estime qu’il faudrait deux planètes pour supporter le niveau de consommation des Européens. Alors la solution est-elle vraiment la relance de la croissance économique ? Ou est-ce d’un autre modèle de développement dont nous avons besoin 7, un modèle dont un des piliers principaux serait une plus grande égalité ?
En d’autres mots, n’est-il pas urgent de mettre en œuvre une approche systémique qui, au contraire de cloisonner les dimensions économiques, sociales et environnementales veille à les articuler, en considérant que rencontrer les défis environnementaux, c’est assurer plus de justice sociale tout en garantissant un modèle économique viable ?


Comment en est-on arrivé là ?

La situation tant au plan social qu’économique reste extrêmement délicate aujourd’hui en Europe. À tout moment, elle pourrait empirer. Pour poser le bon diagnostic, il est incontournable d’analyser comment il se fait que nous soyons arrivés dans cette situation socio-économique à ce point délicate. Une crise ayant entraîné l’autre...

Pour utiliser une métaphore, nous assistons depuis près de cinq ans à une sorte de cascade de dominos. Sauf que c’est moins ludique lorsque les différents dominos sont chacun un pan sociétal. Le premier domino, celui qui a entrainé les suivants dans sa chute, c’est la croissance des inégalités que nous évoquions en début de journal. Les écarts entre les riches et les pauvres se creusent, dans les pays industrialisés, comme dans les pays dits émergents.
Le deuxième domino, c’est le crédit, inhérent à l’augmentation des inégalités. Pour que les entreprises capitalistes puissent vendre, il faut qu’il y ait une demande. Et quand les écarts de revenus se creusent, et que le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes est insuffisant, le crédit vient à la rescousse. La crise financière a éclaté aux États-Unis, autour d’un mécanisme devenu célèbre : les « subprimes ». L’endettement des différents acteurs économiques américains est gigantesque. C’est le cas des entreprises, mais aussi des pouvoirs publics et des ménages. Au pays de la publicité, l’ « american way of life » fait rêver. Et pour atteindre les standards de consommation imposés, les ménages s’endettent. Pour acheter une voiture, du matériel informatique ou un logement. C’est dans ce dernier segment qu’a éclaté la crise des subprimes. Le mécanisme est assez simple à comprendre. Pour réaliser des profits plus élevés, les établissements financiers américains ont mis en place des formules de crédit immobilier à destination de ménages avec de faibles revenus. Pour les banques, il n’y avait pas de problème. Elles étaient bien conscientes qu’après un certain nombre d’années, la plupart de ces clients moins fortunés seraient dans l’incapacité de continuer à honorer leur crédit. Ces ménages étaient alors tout simplement expulsés de leur logement. Les immeubles étaient confisqués et les banques les revendaient ensuite. Et comme les prix de l’immobilier étaient orientés à la hausse, les banques réalisaient une plus-value et du profit. Et bien entendu, tant pis pour les pauvres qui se retrouvaient à la rue. Ils n’avaient qu’à pas se lancer dans une formule d’emprunt hasardeuse… Aux yeux des banques américaines, la mécanique fonctionnait bien. Jusqu’à ce que les prix de l’immobilier baissent. Fini à ce moment pour les établissements financiers la capacité de réaliser des profits grâce aux subprimes. Au contraire, les pertes sont apparues et ont gonflé progressivement.
Troisième domino, la crise des subprimes a débouché sur une crise bancaire, aux États-Unis dans un premier temps. Durant ces mois du début de l’année 2008, les établissements financiers européens ont juré les uns après les autres qu’ils n’étaient aucunement concernés. Ce sont bien entendu des banquiers sérieux qui n’avaient rien à voir avec ces pratiques. Et pourtant…
La crise des établissements financiers américains a entraîné avec elle, quatrième domino, les banques européennes dans la tourmente. Car celles-ci se sont avérées également infectées par les crédits toxiques. À travers des produits financiers complexes, dont on se demande si elles maîtrisaient le contenu, les établissements du vieux continent avaient racheté pour partie des crédits douteux accordés par des banques américaines. Et ce qui devait arriver, prédit par certains économistes alternatifs, arriva. De manière brutale, le système financier s’est retrouvé paralysé en 2008, victime d’une sorte d’infarctus monétaire. En septembre 2008, la banque d’affaires Lehman Brothers tombe en faillite. La quasi-totalité des établissements financiers est au bord du gouffre. Les États n’ont pas le choix. Les uns après les autres, ils interviennent pour sauver les banques. Ces sauvetages ont bien sûr un coût.
C’est le domino suivant. En quelques mois, la dette publique de nombreux pays s’accroît fortement. En 2011, les dettes publiques des pays avancés atteignent en moyenne 100 % du PIB, 30 points de plus que quatre ans auparavant. Le sauvetage des banques coûte cher : 12,4 % du PIB en Allemagne, 38 % en Irlande. Et en Belgique ? Il est impossible de répondre aujourd’hui à cette question au vu des garanties apportées par l’État belge, principalement au bénéfice du groupe Dexia. Si ces garanties devaient être exercées, la facture serait salée. Une véritable épée de Damoclès, très aiguë, pèse sur l’ensemble de la population belge.
Très vite, les projecteurs sont braqués par les institutions internationales sur les finances des États. Et c’est un terrible paradoxe, la source de la crise, elle est dans les politiques néo-libérales mises en œuvre à partir des années 1980, marquées du sceau de la dérégulation et la croissance des écarts de revenus. Ce sont ces politiques qui ont mené à la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Et avec aplomb, une série d’institutions comme le Fonds monétaire international, la Commission européenne et la Banque centrale européenne, ont réussi à totalement changer les perspectives. D’après cette troïka, la crise actuelle n’est nullement due au néo-libéralisme. Elle est celle de l’État providence, qui amène à ce que les chômeurs ne se bougent pas suffisamment pour vraiment trouver un boulot. C’est donc l’État providence qu’il faut réformer, on pourrait même dire voir disparaître lorsque l’on observe les remèdes imposés à la Grèce. Une perspective qui fait froid dans le dos...




1. Voir OCDE.
2. Surnommé il y a quelques années «tigre celtique» par les économistes libéraux...
3.Paradoxalement, la Grèce se caractérise au sein de l’Union européenne par une part très élevée de dépenses militaires. Nombreux sont les achats de matériel adressés à des entreprises de l’armement allemandes et françaises. Est-ce un hasard si dans les conditions de l’aide européenne, il n’y a pas d’exigence relative à la baisse des dépenses militaires ?
4. Defeyt, Philippe, «A l’orée d’une année difficile», Institut pour le développement durable, février 2012.
5. Dock, Thierry, Ruol, Muriel, « Assainissement des finances publiques : des pistes pour sortir de l’impasse néo-libérale », dans la revue Démocratie, 15/04/2012.
6. Larrouturou, Pierre, « C’est plus grave que ce qu’on vous dit… Mais on peut s’en sortir », éditions Nova, 2012.
7. Voir Jackson, Tim, «Prospérité sans croissance, la transition vers une économie durable», De Boeck éditions, 2010.


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