La description des récents soulèvements populaires dans le monde arabe se centre surtout sur les causes politiques de la protestation : l’aspiration à la liberté et à la démocratie. Le désir de justice sociale est moins pris en compte. Or, ces insurrections trouvent aussi leurs origines dans la détérioration du bien-être social et économique, le taux de chômage élevé des jeunes, la pauvreté, l’insécurité alimentaire et l’indignation populaire par rapport aux inégalités criantes.

 

Les économies des pays du Maghreb 1 et du Mashreq 2 partagent bon nombre de points communs. Jusque dans les années ‘90, ces pays étaient caractérisés par des économies nationalistes régies par l’État. Après leur indépendance, généralement à la fin des années ’50 et au début des années ’60, l’État a dirigé l’économie en tant que régulateur, mais aussi comme opérateur à travers de grandes entreprises publiques actives dans les domaines de l’énergie, du transport, des travaux publics et même dans la distribution, la vente et l’horeca. Naturellement, les pouvoirs publics et les entreprises publiques se sont accaparé la part du lion du PNB, faisant de l’État le plus gros employeur national.
Ces économies ont également en commun qu’elles dépendent fortement de la vente de leurs matières premières et de leurs richesses naturelles, à savoir le pétrole et le gaz en premier lieu, mais également l’eau (le Nil est la mère nourricière de la région), le phosphate (au Maroc), le fer, ou encore le coton.
Mais, alors que les recettes des matières premières et des richesses naturelles ont servi à alimenter un secteur public sursaturé, les initiatives ont fait largement défaut dans le privé. Le secteur des services et les industries à haute valeur technologique sont restés sous-développés, alors que le monde arabe représente aujourd’hui un immense marché de 500 millions de consommateurs – surtout des jeunes – de services et de produits de haute technologie comme les GSM, les ordinateurs, etc., mais où les producteurs font défaut. L’agriculture et la production alimentaire sont également sous-développées dans les économies des pays arabes qui importent plus de la moitié de la nourriture consommée.
Dans les années ’80 et ’90, ce modèle économique nationaliste a vécu ses premières difficultés. De nombreux pays se sont enlisés dans les dettes, victimes de dysfonctionnements internes, d’une administration corrompue, de pouvoirs publics et d’entreprises étatiques autoritaires et déficients. Ils furent en outre affectés par une série d’éléments extérieurs comme des taux de change de plus en plus défavorables pour les matières premières et les produits finis sur le marché mondial et, par conséquent, une baisse des recettes provenant des exportations de ces matières premières. De nombreux pays ont dû s’adresser au FMI et à la Banque mondiale pour obtenir des prêts assortis de programmes d’ajustement structurel. Si bien que la libéralisation et la privatisation sont devenues les nouveaux mots d’ordre des économies des pays arabes. Celles-ci se sont trouvées brutalement intégrées à l’économie mondiale. Ce qui a notamment entraîné le démantèlement de la protection des marchés nationaux et des industries émergentes. Les entreprises publiques ont été privatisées et le secteur public s’est trouvé dégraissé après des vagues de licenciements collectifs. En Algérie, l’importance du secteur public dans l’économie a été ramenée de 56 % à 28 %. Les subsides alimentaires qui, jusque-là, facilitaient l’accès de la population des villes aux produits alimentaires de base ont été drastiquement rabotés quand ils ne furent pas purement et simplement supprimés.
Dans des régimes autoritaires comme l’Égypte ou la Tunisie, la privatisation des entreprises publiques est allée de pair avec un transfert opaque de titres de propriété vers un réseau limité de membres de la famille et d’amis des responsables au pouvoir. Contrairement à ce qu’avaient espéré les institutions financières internationales, la privatisation n’a donc en rien amélioré l’efficacité et les performances économiques. Pire, la privatisation des entreprises et la libéralisation des marchés ont engendré une importante érosion des droits sociaux, des licenciements collectifs massifs et un taux de chômage élevé. Les travailleurs occupés dans des entreprises privées ont vu baisser leur salaire et s’installer une insécurité d’emploi.
Le ressentiment causé par cette érosion des droits sociaux et le coût élevé des denrées alimentaires depuis 2008 sont à l’origine des révoltes populaires du printemps dernier. Depuis la crise financière et économique, le démantèlement social s’est accentué, s’accompagnant de nombreux licenciements dans les secteurs axés sur l’exportation, comme le textile en Tunisie et en Égypte. Le chômage n’est en outre pas pris en charge par un filet de sécurité sociale suffisant. Si près de 20% de la population disposent d’une sécurité sociale, cette couverture est tout à fait insuffisante. L’assurance-maladie ne couvre que la moitié des dépenses de santé. Les caisses de pensions sont mises sous pression en raison de la réduction de la population active et du chômage des jeunes. De plus, ces allocations ne sont pas liées au bien-être. Sans compter que les adultes, voire les personnes âgées, sont obligés d’entretenir toute une génération de jeunes chômeurs disposant de trop maigres revenus.

Trop de jeunes?

Depuis l’indépendance, la population arabe a vu sa population quintupler. Elle compte actuellement 300 millions d’individus. Plus de la moitié d’entre eux ont moins de 30 ans.
Jusqu’au début des années ’80, les jeunes qui arrivaient sur le marché du travail étaient encore absorbés par le secteur public. Ce secteur s’étant réduit comme peau de chagrin, ce n’est plus possible aujourd’hui. De plus, le nombre de jeunes, parmi lesquels de plus en plus de personnes qualifiées ou diplômées, a augmenté de manière exponentielle ces dernières années. Pour les seuls pays du Maghreb, on estime qu’il faudrait créer 1 million de postes de travail par an pour donner suffisamment d’emplois aux jeunes. Or, le nombre de nouveaux emplois atteint à peine les 250 000 unités. Le secteur privé n’est pas suffisamment attractif et ne crée pas assez d’emplois pour les jeunes hautement qualifiés dans les secteurs à forte valeur technologique ajoutée. Le professeur Bichara Khader3 parle de « capitalisme qui tourne le dos aux jeunes, de croissance économique dans de nombreux pays arabes depuis les années 2000, mais sans emplois et sans bien-être ».
Dans un tel contexte, les jeunes ont évidemment fort peu de perspectives d’avenir. C’est également le cas pour l’important groupe de jeunes hautement qualifiés. Le chemin de l’émigration vers l’Europe qui offrait encore une issue pendant la décennie qui a suivi l’indépendance est aujourd’hui sans issue. Faute de mieux, de nombreux jeunes trouvent une place dans l’économie informelle, secteur en expansion. On estime qu’elle représente aujourd’hui 50 % de l’activité économique dans de nombreux pays. En Algérie, on qualifie ces jeunes de « hittites », de l’arabe « hit », « mur », c’est-à-dire « ceux qui passent leur journée appuyés contre un mur… » Les jeunes se heurtent littéralement à un mur de désespoir, de frustrations et d’amertume. Cette aigreur, cette pauvreté et cette indignation face aux inégalités et aux injustices criantes sont évidemment les ingrédients d’un cocktail explosif.

Zone noire pour les migrants

Bien que le monde arabe constitue aujourd’hui encore une zone d’émigration essentiellement clandestine vers l’Europe, le marché du travail au Moyen-Orient et dans les Etats du Golfe se caractérise par le nombre élevé d’immigrants, pour la plupart issus d’Asie, mais également des pays du Maghreb et du Mashreq. Au Bahreïn, 80% de la population active est issue de l’immigration. Dans certains états du Golfe, cette proportion atteint même les 90 % de la population active. Pour les migrants, le Moyen-Orient et les Etats du Golfe sont une zone noire. Les droits du travail des migrants y sont largement bafoués. Dans la plupart des pays s’applique le système « Kafala », un système de patronage du migrant qui limite voire interdit son accès au marché du travail local. Le migrant étant fortement dépendant de son employeur, ce système donne fréquemment lieu à des abus voire, dans des cas extrêmes, à des formes de travail proche du travail forcé. Ce phénomène touche essentiellement le personnel de maison féminin, très nombreux dans ces pays. En outre, les migrants sont généralement victimes de discriminations importantes. Pour un salaire moindre, ils doivent prester plus d’heures dans des conditions précaires. Au Bahreïn, par exemple, le salaire moyen du migrant s’élève à 554 dollars alors que celui des Bahreïnis est de 1 873 dollars en moyenne.

Droits des femmes

D’après une très vieille pensée chinoise et d’après le Petit Livre rouge de Mao, « les femmes portent la moitié du monde ». Or, selon le rapport 2003 du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) sur le développement humain dans les pays arabes - d’ailleurs entièrement rédigé par des experts arabes - c’est précisément l’absence de participation des femmes à la vie sociale et politique qui constitue le coeur du problème du sous-développement dans cette partie du globe. 4
C’est dans ces régions que le taux d’activité des femmes sur le marché de l’emploi est le plus faible au monde. Il y oscille entre 25 et 30 %. La ségrégation fondée sur le sexe y est importante sur le marché du travail où les femmes sont principalement occupées dans l’enseignement et les secteurs de la santé. Les femmes sont victimes de très importantes discriminations sur leur lieu de travail et voient leurs droits régulièrement bafoués. La protection de la maternité est un élément crucial quand on parle de la participation des femmes sur le marché du travail. Mais dans la plupart des pays arabes, la législation sociale ne prévoit ni congé de maternité ni allocations pendant le repos de maternité.

Droits syndicaux et dialogue social

D’après le rapport annuel de la Confédération syndicale internationale sur les droits syndicaux dans le monde, c’est au Moyen-Orient et dans la région arabe que les droits syndicaux sont le plus largement bafoués. Le dialogue social est également un point faible dans ces deux parties du monde. À quelques exceptions près, il n’y existe ni organes de concertation tripartites ni organes de concertation bipartites.
Le taux de syndicalisation est d’environ 10 % dans les pays arabes, et les travailleurs syndiqués sont essentiellement issus du secteur public. Dans le secteur privé, surtout constitué de petites et moyennes entreprises, les travailleurs ont encore moins de possibilités de s’affilier à un syndicat qui défend leurs droits. Dans les zones de libre-échange créées ici et là dans le monde arabe, comme à Tanger par exemple où le groupe textile espagnol « Inditex » fabrique des vêtements pour la grande distribution à travers le monde, les travailleurs ne peuvent pas revendiquer de droits syndicaux.
Les syndicats sont interdits dans plusieurs les états du Golfe, sauf au Bahreïn et à Oman, en Arabie Saoudite, au Qatar et aux Émirats Arabes Unis. Dans beaucoup de pays du Moyen-Orient, y compris en Irak huit ans après la chute de Saddam Hussein, les travailleurs du secteur public, donc la majorité des travailleurs, ne peuvent pas revendiquer leurs droits syndicaux.
Dans les pays où des syndicats existent, il s’agit en général de syndicats unitaires totalement aux mains de régimes dictatoriaux. C’est le cas en Lybie, en Syrie, en Égypte et au Soudan. Ou alors, ces syndicats sont partiellement contrôlés par le gouvernement, comme en Jordanie et au Yémen. La Confédération Internationale des Syndicats Arabes (CISA) dont le siège est situé à Damas5, est le porte-voix et l’outil de propagande d’un syndicalisme assujetti aux intérêts de l’État et du parti unique. La CISA a notamment soutenu jusqu’au bout le régime d’Hosni Moubarak en Égypte et elle exprime aujourd’hui encore ses marques de soutien à l’égard du régime de Mouammar Kadhafi. Il n’y a donc pas grand-chose à attendre de la CISA et de ce genre de syndicalisme, qui est heureusement très affaibli et même agonisant, au vu des évolutions dans la région.

Jusqu’il y a peu, il n’existait en Égypte qu’un seul syndicat, fortement contrôlé par l’État. Pendant plus de 50 ans, l’Egyptian Trade Union Federation (ETUF) a contrôlé toutes les activités syndicales dans le pays. L’adhésion était obligatoire pour tous les travailleurs du secteur public et la cotisation syndicale était automatiquement déduite du salaire. Nombre de militants syndicaux accusaient Moubarak d’avoir savamment orchestré les élections des dirigeants syndicaux pendant trente ans. Ce dernier aurait ainsi fait en sorte que l’organisation reste toujours loyale à son régime. L’ETUF aurait organisé des manifestations progouvernementales et assuré le transport en bus des électeurs vers les bureaux de vote, à condition qu’ils votent pour le parti gouvernemental. L’ETUF a fait en sorte qu’il n’y ait jamais de grèves ; de sorte que l’État a toujours pu compter sur une grande quantité de travailleurs à bon marché. Il y a de fortes présomptions que les contre-manifestants déployés dans les rues du Caire et sur la place Tahrir pour terroriser la population avant la chute d’Hosni Moubarak ont été directement payés par l’ETUF.

Renouveau syndical

Le mouvement syndical a dans les pays du Maghreb et dans une moindre mesure dans les pays du Mashreq une histoire commune, marquée par la lutte pour les droits du travail (d’abord et avant tout l’égalité de droits pour les travailleurs arabes et européens), mais assez rapidement aussi pour les droits civils et politiques durant la période coloniale. L’UMT (Maroc), l’UGTA (Algérie) et l’UGTT (Tunisie) se sont transformés dans le cadre des mouvements d’indépendance dans leur pays respectif et ont pris une part active à la lutte anticoloniale. Après l’indépendance et l’émergence d’États nationalistes, les syndicats ont été intégrés au régime et ils ont perdu leur voix indépendante comme représentants des travailleurs. En compensation, ces États ont offert aux travailleurs une politique sociale généreuse ; des emplois et du bien-être à la place de la participation. Ce « contrat social » s’est largement maintenu jusque dans les années’80 ; au moment où l’État ne fut plus capable de tenir ses engagements en faveur d’une politique sociale à l’ère de la mondialisation et lorsque la situation sociale des travailleurs n’a cessé de se détériorer.
Le Maroc fut le premier pays où ce paradigme fut remis en cause. Jusqu’il y a peu, le Maroc était le seul pays du monde arabe où le pluralisme syndical était une réalité et où existaient des organisations libres et démocratiques. L’UGTM6 s’était séparée de l’UMT7 voici un demi-siècle à cause de sa dépendance excessive à l’égard du Makhzen, l’appareil étatique marocain. La scission entre le syndicat socialiste CDT et l’UMT date de 1978. Avec l’UGTM ces syndicats ont mené sous le règne d’Hassan II une lutte acharnée et durement réprimée pour les droits syndicaux, le dialogue social et le respect des droits de l’homme. Aujourd’hui, ce sont surtout la CDT et l’UMT qui sont les locomotives des mouvements populaires au Maroc pour des réformes devant conduire à une vraie monarchie constitutionnelle, un régime parlementaire et des droits sociaux. L’UMT a connu un renouveau syndical de l’intérieur, sous la pression de sa base et avec une rénovation de sa direction.

C’est apparemment l’Algérie qui est la plus éloignée d’une révolte populaire, certainement en raison des traumatismes qu’a provoqués dans la population la guerre civile qui, dans les années ‘90, a opposé les islamistes à l’armée et au gouvernement. Il existe pourtant au sein de la population algérienne un potentiel de changement et une aspiration à la démocratisation qui sont actuellement canalisés par la CNCD, la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie. Cette coordination dispose d’un programme d’action et d’une charte pour le changement qui privilégie un cahier revendicatif social. La direction de l’UGTA 8, très proche du gouvernement depuis la guerre civile, n’est pas engagée dans le mouvement, mais les centrales indépendantes, notamment de l’enseignement et de la santé, sont très impliquées. Il y a un renouveau syndical au sein de l’UGTA, surtout dans les régions ; avec un élargissement de la base et une bonne représentation des femmes et des jeunes.
En Tunisie, l’UGTT 9 a joué un rôle majeur dans la révolte populaire. L’Union jouit d’une grande crédibilité historique, acquise dans sa lutte lors du mouvement d’indépendance et dans les années’70-’80 lorsqu’elle a organisé des grèves contre Habib Bourguiba. Sous le régime de Ben Ali, les dirigeants de l’UGTT ont tenté d’adopter une autre tactique face au régime, parce qu’une dictature ne laisse guère de place pour travailler autrement, mais en même temps sa base militante et engagée l’a contrainte à rester combattive. Les années ‘2000 ont vu la renaissance d’un syndicalisme revendicatif. Les grèves et les actions sociales des syndicats de la région minière de Gafsa en 2008 ont marqué le coup d’envoi de la révolution.
En Égypte, le syndicat unique ETUF n’a pas connu de renouveau politique, mais les organisations indépendantes ont joué un rôle important dans la révolte populaire. Cette révolte a été précédée par des mouvements de protestation sociale de grande ampleur. Entre 2004 et 2008, 1,7 million de travailleurs égyptiens ont participé à environ 2 000 actions de grève. Les syndicats indépendants de l’administration fiscale, des enseignants, des experts de la santé, qui ont pris une part active à la révolte populaire, ont désormais annoncé la création d’un nouveau syndicat égyptien : l’Egyptian Federation of Independent Trade Unions (EFITU). Le nouveau ministre du Travail, le Dr A.H. Ahmed El Bora’ey, a déjà reconnu la nouvelle confédération syndicale ; il a en outre gelé toutes subventions publiques à l’ ETUF et mis fin au système de prélèvement automatique de la cotisation syndicale sur le salaire.

Quelques pistes d’aide

Les révolutions du printemps 2011 ont confirmé l’existence d’un espace public arabe autonome et d’une société civile arabe. Les révoltes populaires sont le résultat d’un long combat mené par des syndicats, des groupes de femmes, des défenseurs des droits de l’homme et des intellectuels pour le respect des droits de l’homme, de la femme et des droits sociaux.
Pour un ancrage durable des réformes politiques et sociales après ces révoltes populaires, il faut désormais que les mouvements sociaux et syndicaux du monde arabe bénéficient de soutiens internationaux. La Confédération Syndicale Internationale a la volonté politique d’être présente de manière plus active sur le terrain et de développer des structures syndicales dans le monde arabe pour soutenir un mouvement syndical libre, indépendant et démocratique. La CSI entend renforcer son bureau régional à Amman et souhaite créer un point d’appui au Caire. Le programme de la CSI insiste sur l’organisation des migrants, des jeunes et des femmes pour mieux défendre les intérêts de ces travailleurs. La CSI a également pris l’initiative d’élaborer un réseau de femmes syndicalistes du monde arabe pour mener une action transfrontalière en vue de renforcer leur participation dans les entreprises et dans le syndicat, jusqu’aux fonctions dirigeantes.
En tant que Mouvement Ouvrier Chrétien et comme CSC, nous avons une occasion d’apporter un témoignage concret de notre solidarité vis-à-vis des travailleurs arabes et de participer à des programmes d’aide aux mouvements sociaux et aux syndicats du monde arabe et en même temps d’être plus fortement et plus activement présents avec des partenariats sur le terrain.
À un moment-clé de l’histoire, le gouvernement belge et l’Union européenne ont la possibilité de soutenir les programmes de l’Organisation Internationale du Travail pour le renforcement des droits syndicaux et du dialogue social dans le monde arabe particulièrement en Tunisie et en Égypte. Cette aide peut être financière et matérielle, mais un soutien politique actif pour un travail décent et une politique de protection sociale au coeur de la politique de développement de ces pays est essentiel. Des échanges et des formations avec des experts belges dans les domaines de la politique de l’emploi, la protection sociale, la redistribution et le dialogue social peuvent être une plus-value.
L’économie des pays du Maghreb et du Mashreq est fortement tournée vers l’Europe. L’Europe représente 80 % des échanges commerciaux de la Tunisie et 60 % de ceux du Maroc. L’Union européenne et le monde arabe ont signé en 1995 à Barcelone les accords EUROMED, dont l’objectif était de créer un espace commun de paix et de stabilité, avec un engagement commun en faveur de l’État de droit et la démocratie, pour favoriser la compréhension et l’échange entre les cultures et la société civile des deux côtés de la Méditerranée et de créer une zone de progrès partagé, soit une zone de libre-échange à partir de 2012. Cette politique et ce cadre d’action EUROMED ont été poursuivis à partir de 2004 dans le cadre de la Politique européenne de « voisinage ». L’Europe dispose donc de leviers pour aborder la question des droits sociaux et humains chez ses voisins de la Rive-Sud de la Méditerranée et promouvoir ces droits… mais elle les utilise beaucoup trop peu. Les plans d’action élaborés dans le cadre de la Politique de Voisinage / EUROMED insistent davantage sur la maîtrise de la migration, plutôt que sur la promotion du travail décent et de la protection sociale chez ses voisins arabes.
Il nous revient d’exercer une pression politique sur le gouvernement belge et l’Union européenne pour qu’ils intègrent le travail décent et la protection sociale et les droits de l’homme en général dans les politiques de l’Union, y compris en matière de commerce extérieur et d’investissements. Nous devons continuer de réaffirmer notre position selon laquelle le commerce doit servir et favoriser le développement et le travail décent, et non l’inverse.

(*) Service international de la CSC




1. Le Maghreb : en arabe, Ouest ou lieu où se couche le soleil ; renvoie au nord-ouest de l’Afrique : Maroc (et le Sahara occidental tant contesté), Algérie, Tunisie, Mauritanie, Lybie et Égypte. Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Lybie et la Mauritanie constituent une entité politique, l’Union du Maghreb arabe ( UMA).
2. Le Mashreq : en arabe, l’Est ou le lieu où le soleil se lève ; renvoie au Nord-Est de l’Afrique et à l’Asie mineure : Palestine, Jordanie, Liban, Syrie.
3. B. Khader, « La Tunisie : est-ce l’hirondelle qui annonce le printemps arabe ? », La Collection CEPESS, février 2011.
4. Le Arab Human Development Report reconnaît les causes premières du sous-développement : 1) absence de liberté et de participation de la population au pouvoir politique, 2) faible participation des femmes à la vie sociale et politique, 3) rejet de l’esprit critique, faiblesse de l’enseignement et des connaissances.
5. International Confederation of Arab Trade Unions – Confédération Internationale des Syndicats Arabes.
6. Union Générale des Travailleurs du Maroc.
7. Union Marocaine du Travail.
8. Union Générale des Travailleurs Algériens.
9. Union Générale Tunisienne du travail.

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