À la demande de la campagne « 60 ans de dépossession, 40 ans d’occupation », une délégation belge a effectué en mars 2008 une mission dans les territoires palestiniens et en Israël. Nous en faisions partie, aux côtés de représentants syndicaux, d’associations et mouvements sociaux, culturels, et de coopération 1. Nous nous sommes rendus dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem pour des rencontres avec des organisations israéliennes, palestiniennes et des Nations Unies.

Sans n’être jamais allés en Palestine, nous étions assez bien informés de la situation sur place. D’emblée, ce que nous pouvons dire, c’est que nous n’avons découvert aucun indice d’une amélioration, d’une réelle avancée vers une solution équilibrée. Israël semble poursuivre, de longue date, une logique implacable, jamais remise en cause malgré des concessions superficielles destinées à faire croire à sa bonne volonté à la face du monde.
En Cisjordanie, nous avons été frappés par la poursuite de la construction du mur. Celui-ci ne sépare pas seulement les territoires israéliens et palestiniens, mais également les territoires palestiniens eux-mêmes. Très observable également, la construction à un rythme rapide de nouvelles colonies, notamment à Jérusalem-Est. Il en résulte une détérioration dramatique de la vie quotidienne dans les territoires palestiniens et une terrible hypothèque sur l’existence d’un État palestinien viable.
Nous reconnaissons évidemment à Israël le droit et le devoir d’assurer la sécurité de ses citoyens. Mais le gouvernement israélien semble développer une politique du fait accompli, au détriment du droit international et des droits des citoyens palestiniens. De ce fait, la Cisjordanie se réduit en une série d’enclaves entre lesquelles les Palestiniens sont de moins en moins libres de circuler. Quand ils le sont, c’est sous le contrôle de plus en plus strict de l’armée israélienne. Difficile, comme on le fait de plus en plus, de ne pas évoquer les bantoustans et l’apartheid ! Il est remarquable, dans ce contexte, que beaucoup d’interlocuteurs palestiniens aient exprimé leur espoir d’une solution négociée avec Israël et d’une amélioration de leur situation qui, à première vue, semble pourtant sans issue.

« Les récoltes pourrissent »

À Gaza, la situation est encore plus grave. Le blocus israélien y a étranglé l’économie. La production industrielle est en grande partie paralysée. Les récoltes pourrissent parce que l’exportation est bloquée. 80 % des habitants de Gaza sont sans emploi. La situation sanitaire est en régression, particulièrement en ce qui concerne les enfants. Des infrastructures construites notamment avec l’argent de la coopération belge au développement ont été détruites par des raids israéliens. La grande majorité du million et demi d’habitants de Gaza n’a plus reçu d’autorisation de quitter leur bande de 50 sur 5 à 10 km2 depuis des années. La tension est difficilement soutenable.
Malgré les nombreux efforts de la société civile palestinienne pour maintenir un sentiment de dignité, nous avons observé des signes de désintégration de la Palestine : les structures politiques ne fonctionnent pas ou à peine — ceci vaut également pour le travail syndical dans les territoires palestiniens — ; les habitants de Gaza et de Cisjordanie semblent toujours plus s’éloigner les uns des autres ; même à l’intérieur de chacun de ces territoires effilochés, le sentiment d’appartenance à une seule et même entité est en train de s’effondrer. Sans perspective politique crédible, nous craignons que la Palestine, Israël et toute la région ne s’enfoncent davantage dans une situation toujours plus dangereuse avec des risques d’explosions de violence. Quelle peut être notre action ?

Reconstruire

Il faut encourager et faciliter les efforts des Palestiniens pour reconstruire leur unité. Dans ce but, il faut questionner l’attitude occidentale face au Hamas. Si les États-Unis continuent à laisser entendre que la collaboration entre le Fatah et le Hamas pourrait avoir des conséquences sur leur attitude à l’égard du Fatah, le signal restera négatif. Refuser de donner un rôle au parti vainqueur d’élections démocratiques exigées par les Occidentaux déforce nos efforts pour la paix et nous décrédibilise aux yeux des Palestiniens, même ceux qui n’ont pas voté pour ce parti.
La communauté internationale doit cesser de sous-évaluer les risques et les tensions que l’impasse actuelle avive aujourd’hui. Ceci est d’autant plus vrai dans le cas de l’Union européenne. En effet, celle-ci a traditionnellement joué un rôle moteur dans le traitement du conflit israélo-palestinien sur la scène internationale, notamment en faisant évoluer jadis la question palestinienne d’un « simple » problème de réfugiés vers une question éminemment politique. Aujourd’hui, l’Union semble en être revenue à une approche essentiellement humanitaire, voire « palliative ». Elle paie, mais ne prend plus suffisamment d’initiatives politiques : en dépolitisant la question israélo-palestinienne et en limitant principalement ses efforts à une aide financière, l’Union européenne aide seulement la population palestinienne à survivre, mais non à vivre en dignité.

Quatre revendications
Très concrètement, les membres de la délégation se sont engagés à porter quatre revendications qui paraissent accessibles dans le court terme :
1. Représentant un large éventail d’organisations tant néerlandophones que francophones, ils ont décidé d’établir un plan d’action commun pour la Palestine qui sera leur contribution à une campagne de solidarité internationale destinée à attirer à l’attention sur la question israélo-palestinienne. Il s’agit de tout mettre en œuvre pour informer l’opinion publique ainsi que les autorités politiques de la situation réelle dans les territoires palestiniens. Ils constatent en effet combien l’opinion publique est mal informée de cette réalité.
2. Ils souhaitent que le gouvernement belge prenne l’initiative de mettre à l’agenda des différentes instances internationales où il siège (Conseil européen, Conseil de sécurité des Nations Unies) la situation dramatique des Territoires palestiniens et, en particulier, exigent la suppression du blocus économique de la bande de Gaza, plus particulièrement la levée de tous les obstacles concernant la santé et l’alimentation de base de ses habitants. La Belgique doit plaider pour l’accès libre et sans entraves à Gaza de tous les produits en rapport avec les soins de santé, ainsi que pour la sortie libre et sans entraves de tous les habitants de Gaza qui nécessitent des soins en dehors de Gaza.
3. Par ailleurs, il leur semble équitable d’exiger que les projets financés avec l’argent des contribuables ou de donateurs et qui sont détruits lors d’attaques israéliennes soient remboursés par Israël. Concrètement, ils demandent au gouvernement belge d’appuyer activement ce principe en ce qui concerne des projets belges et européens dans les Territoires palestiniens.
4. Enfin, ils demandent que le Parlement belge lance le débat sur l’importation préférentielle des produits en provenance des colonies sur le marché européen. L’Accord d’association passé entre l’Union européenne et Israël ne s’applique qu’aux produits israéliens. Or, Israël continue à exporter des produits en provenance des colonies de Cisjordanie en leur donnant un label d’origine israélienne. La Belgique devrait pousser au développement de mécanismes de contrôle pour empêcher Israël d’intégrer ses colonies dans les relations commerciales avec l’Europe. De ce fait, Israël ne tire pas seulement des avantages illégaux des accords bilatéraux, mais entraîne également l’Union européenne dans une politique que la Cour internationale de justice qualifie de contraire au droit international.




(1) Sous l’égide de l’ABP, en plus du MOC et de Solidarité mondiale que nous représentions : FGTB, CSC, OXFAM, Solidarité socialiste, CNCD, Broederlijk Delen, Vlaams Vredesinstituut…


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