Sous la conduite de Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie de mars 2000 à mars 2008, désormais premier ministre de son successeur Dimitri Medvedev et leader du parti dominant « Russie Unie », la Russie accomplit une troisième étape dans sa transformation post-soviétique 1. La première, sous Mikhaïl Gorbatchev, de 1985 à 1991, la Perestroïka (reconstruction) mène à la déconstruction du système et à l’auto-dissolution du bloc soviétique (pacte de Varsovie) et de l’URSS. La deuxième, sous Boris Elstine, de 1991 à 1999, engage la Russie sur la voie d’un capitalisme de choc et de l’intégration au « Nouvel ordre mondial ». La troisième, sous Vladimir Poutine, de 1999 à 2008, « rectifie le tir » des changements, dans un sens centraliste et autoritaire, de « restauration de la puissance ». À nouveau, la Russie fait peur.

Pour comprendre la nouvelle donne, il faut d’abord mesurer l’énormité et la violence du changement accompli depuis 1984. Dans la première phase de la Perestroïka (1985-1988), Mikhaïl Gorbatchev tente de concilier les « désirs de marché » (des chefs d’entreprise, de la population) avec les promesses d’un socialisme démocratique qui garantirait à la fois plus de libertés et le maintien des acquis sociaux. Il amorce ensuite un projet — tardif — de remodelage de l’Union soviétique comme fédération de pays souverains dotée d’un marché commun articulé à l’Europe. La nouvelle « maison commune », selon l’expression consacrée. Cette période de Glasnost 2 voit éclore les « cent fleurs » — revendications de plus de démocratie, d’écologie, de vérité sur l’Histoire et le présent, de renouements avec les traditions religieuses et culturelles bannies par le dogme officiel, de libertés intellectuelles et artistiques.
Une floraison bien vite dominée par les végétations marchandes. C’est au nom d’options analogues (le marché, la démocratie et la justice sociale) que Boris Eltsine bat campagne dès 1989 contre Gorbatchev et se fait élire président, en 1991, d’une Russie « souverainisée ». Il n’est plus question, dans le projet eltsinien, de sauvegarder l’Union, mais au contraire d’encourager les séparatismes. En adoptant les solutions préconisées par des conseillers occidentaux néolibéraux et le Fonds monétaire international, la nouvelle Russie rompt définitivement avec le « socialisme ». Du même coup, et de concert avec les divers indépendantismes, Moscou se débarrasse du poids des républiques subventionnées (et bien sûr de l’aide à Cuba) de telle sorte que les élites réformatrices russes puissent disposer du potentiel économique hérité de l’URSS et des biens naturels situés en territoire russe. Des hydrocarbures surtout, exportables, qu’elles feront payer, progressivement, aux tarifs du marché mondial et en devises fortes au lieu de les brader aux anciennes républiques « sœurs ».
Les résultats de cette transformation sont impressionnants. La thérapie de choc imposée par le Premier ministre Egor Gaïdar en libérant les prix en 1992, a vidé les épargnes populaires « stériles » et permis un enrichissement fabuleux des milieux (nomenklatura et nouveaux hommes d’affaires) qui, achetant les matières premières aux prix intérieurs, les revendent nettement plus cher sur le marché mondial. Le capital financier ainsi formé et les privatisations génèrent une oligarchie maîtresse de l’économie, des médias qui « rééduquent » les gens à la détestation de l’« égalitarisme », et à l’adoration des valeurs du marché. Ce processus est très chaotique. Plutôt qu’un marché organisé, on assiste à un partage brutal et souvent meurtrier des biens publics, à la formation de groupes corporatifs puissants dotés de milices privées, à la « féodalisation » du pays, à l’extension sans précédent de la corruption, des échanges non monétaires, de troc, alors que l’État s’est pratiquement désengagé de la sphère socio-économique et ne dispose même pas d’une administration fiscale. En quelques années, quelque mille milliards de dollars seraient partis vers les paradis off shore où pullulent de nouvelles sociétés russes : Londres, îles de Man, Gibraltar, Chypre, etc.
Bien que chaotique, la « désétatisation » n’est pas hors de tout contrôle. Les opérations de privatisation sont dirigées depuis le Kremlin de main de maître par le patron du Patrimoine d’état (et aujourd’hui encore du monopole d’État de l’électricité), Anatoli Tchoubaïs. Un groupe de sept banquiers, dont Boris Berezovski (financier du Kremlin et patron de la télévision publique) et Vladimir Goussinski (géant de la banque et patron de la télévision privée NTV), se voient offrir en 1995, en échange de leur soutien financier et médiatique au président Eltsine, en chute libre dans les sondages, les fleurons de l’industrie pétrolière. Des entreprises bradées pour quelques centaines de millions de dollars seront cotées des dizaines de milliards quelques années plus tard. Cette « transition démocratique », comme on l’appelle et l’applaudit en Occident, s’accompagne d’une explosion des libertés individuelles et marchandes, d’une libération des mœurs, d’un enrichissement spectaculaire de millions de « nouveaux Russes » qui se font construire des immeubles de prestige et des cités résidentielles fortifiées dans les forêts environnantes de Moscou. Les retombées sont favorables pour de petits négociants et les intermédiaires du commerce avec l’étranger — les importations de biens occidentaux ayant massivement supplanté les productions locales. Ainsi, des ouvriers de secteurs prospères (hydrocarbures), des employés recyclés dans le business, des employés de banques et de firmes étrangères forment une petite « classe moyenne » — peut-être 10 % de la population, mais jusqu’à 40 % (soit cinq millions de personnes) dans la capitale, Moscou, ce qui donne au centre-ville un air d’aisance inouï. La nouvelle opulence éblouit des ministres et des reporters occidentaux, qui clament leur enthousiasme tout en reconnaissant parfois le côté mafieux (« c’est le Far West, d’autres ont connu ça ») et l’existence de « perdants » (« inévitable, vu l’héritage soviétique d’assistanat et de passivité »). Non sans justifier, du reste, le bombardement en octobre 1993 du parlement passé à la rébellion.

Désastre social

L’autre face de la médaille est moins visible de prime abord : chute de plus de 50 % du PIB (entre 1992 et 1998), baisse dramatique du niveau de vie de la majorité et de la plupart des régions industrielles et rurales, effondrement de la santé publique et hausse brutale de la mortalité, baisse de l’espérance de vie de près de 70 ans en 1989 à 65 ans en 1998 (59 ans pour les hommes). La population de la Fédération de Russie est passée de 148 millions d’habitants en 1991 à 141 en 2007. Entre 40 % (officiel) et 80 % (sources syndicales) de la population tombent en dessous du minimum vital dans les années 1992-98. Les groupes les plus touchés sont les petits employés et les ouvriers des secteurs sinistrés, les agriculteurs, les enseignants, les chercheurs, les travailleurs de la santé. Et a fortiori les femmes et les enfants. Malnutrition, maladies infectieuses (diphtérie, tuberculose, parasitoses diverses), vagabondage d’orphelins et d’enfants abandonnés rappellent les temps de guerre. Cette catastrophe sociale, d’abord niée ou minimisée chez nous, puis brusquement « découverte » lors du krach financier de 1998, fut largement décrite par des experts occidentaux en rupture de ban académique tels que le Français Jacques Sapir 3 ou le vice-président de la Banque mondiale, Joseph Stiglitz 4. Dans cette supposée « nouvelle démocratie russe », les ouvriers ont été littéralement dépossédés de la propriété et des droits qui leur avaient été reconnus quelques années auparavant. Ils ont été massivement déclassés, précarisés, mais aussi stigmatisés dans les médias libéraux, sans pitié pour les perdants et les « paresseux » 5.
La désorientation sociale fut accablante, source de désespoirs, de pandémie alcoolique, de nombreux suicides. Elle décupla cependant les facultés de débrouille. D’où l’expansion sans précédent du secteur d’échanges informels : économie souterraine, crime organisé, mais aussi solidarités claniques, locales, entraide entre voisins, etc.
La faillite des réformes Eltsine-Gaïdar a eu pour conséquence d’ébranler des idées qui avaient le vent en poupe au début des années 1990 : le rêve libéral se muait en cauchemar, l’image de l’URSS de « passé maudit » se muait en « paradis perdu », y compris pour une partie de la jeune génération née après 1985, l’anti-étatisme faisait place à une nouvelle demande d’état protecteur. L’Occident et les États-Unis perdaient leur réputation de généreux philanthropes au profit de celle de prédateurs intéressés à la colonisation, voire à la destruction de la Russie. Les sondages d’opinion montraient une exigence d’annulation des « privatisations criminelles », de retour de l’État dans les secteurs-clé de l’économie tout en préservant les libertés d’entreprise et de commerce. Toutes réactions que nos médias ont souvent caricaturées comme « nostalgie soviétique » évidemment ringarde et sur laquelle surfait — c’est vrai — le très habile Poutine. Or, les enquêtes révélaient aussi une réévaluation du passé soviétique contradictoire et sélective 6.

Capitalisme administré ?

Tel est le contexte dans lequel se déploie le « phénomène Poutine ». Sa première fonction n’est pas, comme le craignent certains, d’assurer le « retour des rouges ». Au contraire, Boris Eltsine et les oligarques ont choisi le chef du FSB 7 pour sauver le régime de la faillite. La reconquête de la Tchétchénie 8, relancée par Eltsine et confiée à Poutine, est un signal de retour du bâton. L’attaque mystérieuse des Bassaev-Khattab contre le Daguestan en août 1999 sert de déclencheur à cette guerre de répression impitoyable 9. Meurtrière et moralement corrosive.
Dans un premier temps, la gestion Poutine s’avère être la mise en place d’un pouvoir recentralisé (la « verticale de pouvoir »), par la désignation au lieu de l’élection des gouverneurs, leur supervision par des super-préfets contrôlés par le Kremlin, la mise à l’écart d’oligarques insoumis ou trop influents, la mise au pas de leurs ex-empires médiatiques… et des journalistes trop dérangeants pour le pouvoir.
Mais la libéralisation économique continue. À la privatisation de l’industrie succèdent, dans les années 2000, celles de la terre et des terrains urbains, de la santé publique, de l’éducation et des services communaux. On est donc très loin d’un « néosoviétisme » ou d’un « régime à la Chavez ». Mais alors, en quoi consiste le tournant de l’ère Poutine ? C’est d’abord, dès 1998 10 une dévaluation du rouble, puis une réforme fiscale, un retour de l’état « régulateur » (et percepteur d’impôts), des mesures qui ont pour effet immédiat de relancer la croissance après une décennie de dépression. Avec une moyenne de 6 % par an pendant huit ans, il y aura de quoi former une nouvelle classe moyenne. Pour le régime, c’est un socle social plus large (20-30 % de la population ?). La manne pétrolière contribue à la relance dès la hausse des cours en 2003. La politique de Poutine consiste à promouvoir des investissements de modernisation. Il y oblige les oligarques privés. Mais plus sûrement, l’État (le Kremlin) reprend le contrôle de secteurs stratégiques : gaz, pétrole, métallurgie, aéronautique, nucléaire. Il procède non par renationalisations, mais par prises de participations, soit une procédure capitaliste normale, quoique peu respectueuse d’un « état de droit »… qui n’a jamais existé en Russie. Poutine mène envers les oligarques — dont certains sont contraints à l’exil ou lourdement condamnés — une répression sélective. On lui prête ce mot, adressé aux nouveaux riches : « Vous gardez tout ce que vous avez volé, mais maintenant, vous allez travailler pour l’État ». On va vers un capitalisme administré.
Le redressement accompli sous Poutine n’annule pas encore les tendances lourdes à la dégradation des infrastructures, des équipements, des transports et du logement. Ni la régression sociale. Comme l’observe la sociologue spécialiste de la Russie, Myriam Désert, analysant l’évolution de 1992 à nos jours, « les “collectifs”, selon le terme fétiche de l’époque soviétique, se sont défaits. Au fur et à mesure que l’environnement institutionnel se délitait, les Russes ont perdu successivement leur identité de membre d’une entreprise, et même d’un groupe professionnel, puisque le marché du travail a été bouleversé. Ces identités sociales perdues, ils se sont repliés sur les “groupes de proches” constitués en fonction des liens familiaux ou affinitaires. [Ce fonctionnement en réseaux] accroît les inégalités sociales plus souvent qu’il ne les compense (…). À cet égard, on peut parler d’une paupérisation de la société russe actuelle. [L’absence de solidarité catégorielle] constitue l’une des explications à la passivité qui a suivi la mobilisation des années de perestroïka (…) D’autres facteurs sont invoqués : la lassitude qui découle des espoirs déçus, la fatigue occasionnée par le double emploi, ou bien la patience et la capacité d’endurance du peuple russe (…). Si l’on doit déplorer une poussée, parfois meurtrière, de la xénophobie, il faut également noter que la société résiste au populisme » 11.

Nouvelle confrontation

En même temps qu’il « fait le ménage » en Russie, le président Poutine se sert de la puissance énergétique russe pour faire pression sur les pays voisins et le monde occidental. Au défi des oligarques prédateurs et de la dislocation de l’État s’ajoute en effet, pour le Kremlin, celui de l’expansion des influences américaine et euro-atlantique dans l’espace post-soviétique. À la différence du Pacte de Varsovie, l’OTAN est maintenue après 1990, en quête de nouveaux objectifs. Les guerres du Golfe, d’ex-Yougoslavie, d’Irak et d’Afghanistan signalent l’affirmation d’un « nouvel ordre » (ou désordre) mondial sous hégémonie américaine, où la puissance russe est réduite à la portion congrue.
Le célèbre stratégiste Zbigniew Brzezinski, théoricien de l’hégémonisme américain, a clairement explicité les objectifs de « refoulement », voire d’éventuelle dislocation de la Fédération de Russie 12. En Transcaucasie (Caucase du Sud), Washington met en chantier, avec les grandes transnationales du pétrole, des oléoducs alternatifs aux réseaux russes, de façon à amener vers l’Occident les hydrocarbures de la Caspienne par des voies hors contrôle de la Russie et de l’Iran. Deux états stratégiques pour ces projets sont l’Azerbaïdjan et la Géorgie. Le premier est doté d’un régime autoritaire allié de Washington. Le deuxième est « réformé » par la « révolution des roses » en 2003, que financent la fondation Soros et d’autres sources américaines 13. Ainsi, la Russie a pratiquement perdu pied au Sud Caucase, sauf en Arménie, alors qu’elle s’accroche au Nord, en Tchétchénie.
Plus important : l’immense Ukraine, 48 millions d’habitants, majeure voie de transit des hydrocarbures vers l’Europe et pièce maîtresse pour la maîtrise du continent eurasien est le lieu, en 2004, d’une « révolution orange », également soutenue de l’extérieur et pour laquelle sont mobilisés, dans une formidable unanimité, les médias occidentaux. Elle oppose, grosso modo, une moitié occidentale et ukrainophone du pays, ralliée au leader pro-occidental Viktor Iouchtchenko, à une autre moitié, orientale et méridionale, majoritairement russophone (mais non russe !) qui suit le leader de ces régions, Viktor Ianoukovitch. Une alliance antirusse s’est par ailleurs nouée au sein du GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) qui, couplée à la Pologne et aux trois états baltes, est censée former un « encerclement démocratique » de la Russie. Cette ébauche de nouvelle « guerre froide » est ponctuée par le projet américain de bouclier antimissile, prévu en Pologne et en République tchèque, un dispositif officiellement dirigé contre les menaces nucléaires des États « voyous » (Iran, Corée du Nord), mais que la Russie perçoit comme orienté contre elle. L’objectif des États-Unis est d’obtenir au plus vite l’adhésion à l’OTAN de la Géorgie et de l’Ukraine — une perspective applaudie en Géorgie, qui s’est engagée militairement en Irak et en Afghanistan, mais refusée par 60 % des Ukrainiens.
La réplique russe se déploie sur plusieurs fronts. Sur le front pétrolier : chantiers de nouveaux oléoducs et gazoducs en coopération, notamment, avec l’Allemagne et la Chine. Sur le front caucasien : soutien des républiques autoproclamées (après la chute de l’URSS) d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, de facto soustraites à la souveraineté de la Géorgie et demandant leur adhésion à la Fédération de Russie. Moscou pourrait y reproduire « le coup du Kosovo », mais l’OTAN gronde le Kremlin, qui renforce ses forces d’interposition dans ces deux républiques et offre à leurs citoyens des passeports russes. Mais les États-Unis pourraient également encourager l’unification entre l’Azerbaïdjan (leur allié) et les régions peuplées d’Azerbaidjanais en Iran, ce qui aurait pour effet de faire éclater l’Iran. L’Azerbaïdjan pourrait tenter de récupérer militairement le Haut-Karabagh, région arménienne intégrée de fait à l’Arménie… alliée des Russes.
Si l’on ajoute à cela que dans le Nord-Caucase russe, les républiques musulmanes sont déstabilisées par l’islamisme importé d’Arabie saoudite, on imagine la poudrière qui pourrait s’ajouter à la région déjà balkanisée et embrasée de l’Irak à l’Afghanistan. Sur le front ukrainien : une adhésion à l’OTAN conduirait, selon Moscou, à la prise de contrôle atlantiste sur une population de dix à douze millions de Russes d’Ukraine (sans compter les Ukrainiens russophones) et sur la Crimée, position-clé pour le contrôle de la Mer Noire (et donc du « grand Moyen-Orient »). En réaction, la Russie pourrait accepter le retour de la Crimée (offerte à l’Ukraine en 1954 et peuplée majoritairement de Russes) et resserrer les liens avec toute l’Ukraine russophone, soit à l’Est et au Sud. La surenchère OTAN-Russie risque, au pire, de provoquer l’éclatement de l’Ukraine. Or, jusqu’à nouvel ordre, la dislocation de l’ex-URSS, malgré des conflits localisés, n’a pas entraîné de changements de frontières. Le « précédent du Kosovo » a modifié la donne.
Nouvelle guerre froide ? Le terme est inapproprié. Il n’y a plus de confrontation d’idéologies et de systèmes. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une lutte pour les ressources dans un contexte eurasien et mondial inédit : émergence de la Chine (futur ennemi ?), raréfaction de l’énergie fossile, changements climatiques. Et déconstruction du système de relations internationales formé après 1945 autour des Nations-Unies. Indocile, crispée et rébarbative dans sa volonté de maintenir souveraineté nationale et zones d’influences, la Russie de Poutine n’en est pas moins engagée dans la civilisation qui est nôtre. Pour le meilleur et pour le pire. Ses industries appellent d’énormes investissements de modernisation, qui ne peuvent provenir que d’Occident. Le prochain grand défi sera celui de l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce. La Russie réussira-t-elle le redéploiement socio-économique, donc la diversification qu’annoncent les projets nationaux de Vladimir Poutine, ou sera-t-elle maintenue et définitivement marginalisée comme réserve de matières premières du monde industrialisé ? Pour l’heure, la question reste sans réponse évidente.

* Jean-Marie Chauvier est collaborateur du « Monde diplomatique ». Sur l’évolution récente en Russie et en Ukraine, cf. les numéros de février et août 2007, et mars 2008.

1 Sur les changements en cours, cf. Aude Merlin (dir.) « Où va la Russie ? », Éd. ULB, 2007, et Jean-Pierre Pagé (dir.) et Jacques Sapir « Tableau de bord des pays d’Europe centrale et orientale 2007. La situation économique de la Russie est entrée dans une nouvelle phase », Les études du CERI. CNRS, 2 vol. 110pp.
2 De « glas » (voix, en ancien russe) et « glacis » (le fait de rendre public), ce mot russe désigne à la fois l’accès à l’information et la prise de parole ; on l’a généralement traduit par « transparence ».
3 Jacques Sapir, « Le krach russe », Éd. La Découverte. 1998.
4 Lire Joseph E.Stiglitz, prix Nobel d’économie, « La grande désillusion », Éd. Fayard 2002.
5 Lire Karine Clément « Les ouvriers russes dans la tourmente du marché », Éd. Syllepse, Paris 2000.
6 Cf. J.-M. Chauvier, « En Russie, nostalgie soviétique et nouveau patriotisme d’État », Le Monde diplomatique, mars 2004.
7 Vladimir Poutine dirigeait le FSB, Service fédéral de la Sûreté, héritier du KGB.
8 Seule république de la fédération russe dont une équipe dirigeante a déclaré « l’indépendance » en 1991, la Tchétchénie est la cible d’une première guerre de reconquête, en 1994-1996, perdue par les armées de Boris Eltsine.
9 Chefs de guerre islamistes (wahhabites), Bassaev, un Tchétchène financièrement soutenu par l’oligarque Boris Berezovski, et Khattab, d’origine jordanienne, ont reçu leur entraînement dans les camps « talibans » en Afghanistan. Des doutes subsistent quant à ceux qui ont décidé le lancement de cette guerre, qui l’ont financée et lui ont assuré des appuis logistiques extérieurs. La politique de Poutine, après avoir écrasé la rébellion et les populations « suspectes », a consisté à « tchétchéniser » la guerre, autrement dit à confier au président Kadyrov (ancien rebelle et fils du mufti de tendance soufie) le soin de « pacifier », et depuis peu de reconstruire la Tchétchénie avec force subventions de Moscou. Le Nord-Caucase est pourtant loin d’être pacifié.
10 Sous l’éphémère gouvernement de centre-gauche d’Evgueny Primakov.
11 Questions internationales nº 27, septembre-octobre 2007. La Documentation française.
12 Zbigniew Brzezinski, « Le grand échiquier » Éd. Bayard, 1997, et « Le vrai choix », Éd. Odile Jacob, 2004.
13 Les National Endowment for Democracy (NED), Freedom House, USAID, les instituts des partis républicain et démocrate, les fondations Soros, etc. financent et encadrent, en ex-URSS, des milliers d’ONG censées « implanter la démocratie ».
DEMOcouvJANVIER

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