Arnaud ZacharieDès qu’il a fallu procéder à des restrictions budgétaires, le secteur de la Coopération au développement a souvent été, sous les gouvernements précédents, victime d’« ajustements » conséquents. Qu’en est-il aujourd’hui ? Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11, décode les réformes en cours et la vision qui les sous-tend. Entretien.



Quelles sont les mesures phares de ce gouvernement dans la Coopération au développement ?

Le ministre compétent, Alexander De Croo (Open VLD), a entamé une réforme de l’ensemble de la coopération belge 1. Celle-ci s’effectue dans un contexte de coupes financières importantes au sein du secteur. Pour rappel, en début de législature, le gouvernement s’était accordé sur une baisse de 21 % de son budget total, alors que les budgets avaient déjà été drastiquement diminués en 2010, sous la législature précédente.

Quels sont les buts poursuivis par ces réformes ?

Faire mieux avec moins. Ce gouvernement part du postulat que ce qui avait été fait auparavant n’était pas suffisamment efficace. En fait, tout son discours tourne autour de l’efficacité « coûts-bénéfices ». Mais il est évidemment plus facile de détruire tout ce qui existe que de construire une alternative qui soit véritablement efficace. Rappelons que c’est près du tiers du budget total de la Coopération au développement qui va disparaître si on le compare à celui de 2010 ! On a l’impression que le discours de l’efficacité est construit en fonction des circonstances et des contraintes budgétaires auxquelles fait face le ministre de la Coopération au développement.

La société civile est-elle consultée dans cette réforme ?

Elle l’est, mais uniquement en ce qui concerne la coopération non gouvernementale (ONG, organisations de la société civile, universités...). On a le sentiment de disposer de quelques marges de manœuvre, mais dans un cadre fixé par le gouvernement.

En matière de politique étrangère, que retenez-vous de ce gouvernement à ce stade ?

C’est un gouvernement qui s’inscrit, sans doute plus que les précédents, dans l’axe transatlantique. Dans les conflits au Moyen-Orient, on voit que la Belgique s’aligne tout à fait sur la politique des autres pays occidentaux. Ce n’était pas le cas avant. Idem dans le dossier de la « crise grecque » où le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA), s’est parfois retrouvé sur la même ligne que son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, qui avait une position très dure en faveur d’un « Grexit » temporaire. L’agenda de ce gouvernement est plus naturellement en phase avec des vues néolibérales.
En Afrique centrale, toutefois, la Belgique reste en pointe dans les discussions autour de la question du renouvellement des mandats présidentiels 2. Dans tous les autres domaines, ce gouvernement peut être qualifié de « suiveur » : il s’aligne sur les positions de la « communauté internationale » ou, à tout le moins, sur celles de la majorité des pays de l’Union européenne.

Est-ce qu’on sent un changement de cap sous ce gouvernement ?

Sur la scène internationale, on voit plus la griffe N-VA en termes d’ultralibéralisme que de nationalisme. Le parti de Bart De Wever a un agenda très clair sur les questions de Coopération au développement (défédéralisation du secteur) et d’Affaires étrangères. Mais pour le moment, il se focalise surtout sur l’agenda néolibéral. Et, là, on sent un durcissement : des garde-fous ont clairement sauté. Sur un sujet comme la taxe Tobin 3, notre pays jouait un rôle moteur au niveau européen, alors que maintenant, la Belgique est un des principaux freins à sa mise en œuvre.

Est-ce que vous retenez du positif de ce gouvernement ?

Oui. Il y a une volonté de réformer ce qui ne fonctionne pas. Le tout est d’arriver à quelque chose de plus efficace. Mais cela reste à prouver... Et, à ce stade, on est sceptique sur les résultats concrets de cette réforme.
On peut aussi applaudir la position de la Belgique sur le Burundi qui a soutenu la société civile locale et qui a appelé au respect de la Constitution et des accords d’Arusha 4. Espérons qu’il en sera de même dans les autres pays de la région où le phénomène (non-respect de la limitation constitutionnelle du nombre de mandats présidentiels) risque de se répéter. #


Propos recueillis par Nicolas VANDENHEMEL



1. Cette réforme est de grande ampleur: réforme de la coopération gouvernementale avec la transformation de la Coopération technique belge (CTB) actuelle en une Agence belge de développement, intégration de la DGD (administration de la Coopération au développement) dans l’administration des Affaires étrangères et réforme des modes de financement de tous les acteurs de la coopération non gouvernementale (ONG, organisations de la société civile, universités...).
2. Dans plusieurs pays africains (République démocratique du Congo, Rwanda, Burundi...), la Constitution fixe un nombre maximum de mandats présidentiels. Aujourd’hui, de nombreux présidents en exercice arrivent au terme de cette limite constitutionnelle et multiplie les coups de force pour se maintenir au pouvoir [NDLR].
3. Il s’agit d’une taxe sur les transactions financières [NDLR].
4. Les accords d’Arusha (2000) ont permis de mettre fin à la guerre civile qui sévissait au Burundi depuis 1993 et qui opposait la majorité hutue à la minorité tutsie [NDLR].


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