Aux quatre coins de la Terre, des êtres humains élaborent des objets destinés à exprimer leurs émotions et participent ainsi à l'enrichissement permanent d'une « collection » universelle de machines à sons et à vibrations. C'est sans doute l'aspect le plus impressionnant qui ressort d'une petite visite au MIM, le Musée des instruments de musique, qui fête actuellement le cinquième anniversaire de ses locaux rénovés (1).

 

 

Un musée pour de la musique, cela peut paraître curieux au premier abord. Pourtant, ça marche. Il faut dire que le MIM ne se contente pas d'exposer environ 1250 instruments de musique (il en détient au total 7000). Il permet également au visiteur d'entrer dans l'univers musical de ces instruments au moyen de plusieurs centaines d'extraits musicaux accessibles via un casque audio à infrarouge : lorsque le visiteur s'arrête devant une vitrine exposant, par exemple, la corne d'écorce finlandaise du XIXe siècle, ou le hautbois turc, ou l'accordéon italien du début du siècle passé, les écouteurs retransmettent au même moment un extrait musical de l'instrument présenté. La collection ne se limite pas aux instruments européens, mais passe en revue l'ensemble des continents, africain, américain, asiatique... C'est donc un assez surprenant tour du monde en musique que propose le musée. Un tour non seulement géographique, mais aussi historique, puisque les extraits musicaux vont de l'Antiquité grecque à la musique de Varèse du milieu du XXe siècle. En outre, les premiers mercredis du mois, c'est un « vrai » musicien qui joue dans les salles d'exposition.

Expositions temporaires

Le MIM réserve également quelques surprises, via les expositions temporaires. Ainsi, il y a quelques semaines, il était possible d'assister à une représentation « life » de Jon Rose et Hollis Taylor, deux musiciens australiens, dans le cadre d'un projet hors des sentiers battus. C'est le cas de le dire, puisque ces deux musiciens ont vu, dans les vastes clôtures australiennes, qui s'étirent à travers tout le continent, un gigantesque instrument de musique, les fils de fer constituant des cordes sur lesquelles ils jouent au moyen d'un archet de violoncelle. Plus le fil est long, plus les harmoniques se révèlent. « La clôture symbolise à la fois les efforts et les désastres humains, expliquent les promoteurs du projet. Elle peut être vue comme une analogie de la bataille perpétuelle entre l'espèce humaine et la nature, du désir d'exploration, de contrôle et d'exploitation des ressources; elle marque par une frontière l'histoire des souffrances extrêmes »... On le voit, c'est plus que de musique dont il est question ici (2). Autre exposition temporaire prévue pour septembre prochain : le « piano à pouces africain ». Appelé sanza ou M'bira selon les régions, il s'agit d'un instrument pas beaucoup plus grand qu'une boîte de cigarillo, il se compose d'un clavier de lames en bois ou en métal accordées sur un résonateur. Originaire du Zimbabwe, il est l'instrument des griots, des conteurs et a donné à la musique africaine les morceaux les plus raffinés.

Pour tous

L'un des aspects auxquels on ne restera pas insensible est le souci permanent du MIM d'offrir un accès aux personnes handicapées. « Le musée a pour vocation de s'adresser à tous, explique Damien Filippi, l'un de ses porte-parole. Il accueille les personnes handicapées quel que soit leur handicap : moteur ou mental. » Ainsi, au sein de son service éducatif, une équipe spécifique s'occupe de l'accueil des personnes handicapées. L'aménagement des locaux depuis cinq ans intègre parfaitement les problématiques d'accès pour les personnes à mobilité réduite : toutes les salles d'exposition et les infrastructures sont accessibles en chaise roulante. Mais en outre, des visites spécifiques sont prévues pour les personnes aveugles, avec animation et touchers, et même pour les sourds, via la possibilité par exemple de ressentir les vibrations de certains instruments de musique. « Certes, les sourds ont parfois plus de craintes : visiter un musée d'instruments de musique, ce serait comme demander à un aveugle de regarder la TV ». Mais au final, explique M. Filippi, cette volonté d'aller au-devant des personnes handicapées donne d'excellents résultats.

Par ailleurs, le MIM accueille de nombreux groupes scolaires. Des animations sont prévues spécifiquement pour les enfants à partir de 5 ans, et les jeunes (Jardin d'Orphée, ateliers, stages d'été, animation par thèmes, par exemple Pierre et le Loup...). Signalons enfin que le MIM collabore ponctuellement avec les Jeunesses musicales, avec le Conservatoire de musique de Bruxelles, et organise une centaine de concerts ou animations musicales chaque année. Chose méconnue, il dispose en effet d'une très belle salle de concert de 200 places (qui a par exemple accueilli un Master Class lors du dernier concours Reine Élisabeth). « Le but de ces concerts n'est pas d'atteindre une rentabilité financière impossible, estime M. Filippi, mais de fournir une approche en live de divers genres et courants musicaux et de l'attirer dans le musée. On préfère 100 événements musicaux à un grand concert d'une grosse vedette qui viderait le budget annuel d'un coup. Le but, c'est aussi l'intérêt scientifique, pas le succès commercial ».

Christophe Degryse

MIM, Musée des instruments de musique

Montagne de la Cour, 2.

Réservations : 02 545 01 53.

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Premier mercredi du mois :après-midi gratuit ;

possibilité d'animation sur réservation.

 

(1) En réalité, la création du Musée instrumental remonte à 1877. Après avoir passé plus d'un siècle dans des bâtiments assez poussiéreux du quartier du Sablon, il s'est installé voici 5 ans dans les anciens bâtiments Old England, l'un des plus beaux immeubles de style Art nouveau de Bruxelles, entièrement réaménagés.

(2) Great fences of Australia. Explication du projet, photos, images et extraits sonores sur http://www.jonroseweb.com/f_projects_great_fences.html


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