En Belgique, 17 % de la population exercent régulièrement une activité volontaire. Autrement dit : un million et demi de personnes sont engagées ! À l’échelle du continent, cela représente cinquante millions d’Européens qui, chaque semaine, donnent de leur temps à des projets collectifs. Malgré son importance, le volontariat est souvent méconnu, peu pris en considération dans les programmes politiques, les médias ou les analyses scientifiques. Dans les lignes qui suivent, Mathieu Brogniet se penche sur cet engagement gratuit que vivent quotidiennement des millions de citoyens et, plus particulièrement, les jeunes.

 Qui s’engage aujourd’hui et pourquoi ? Quel rôle l’action bénévole occupe-t-elle dans notre société et quelle image véhicule-t-elle ? Quelle place la société donne-t-elle aux initiatives de sa jeunesse ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles nous tenterons d’apporter des réponses… Le volontariat est une pratique riche qui reflète la diversité de la société : diversité des centres d’intérêt, des personnalités, des sensibilités idéologiques, philosophiques, sociales, des modes d’organisation et même des particularités sous-régionales… Il y a autant de manières de s’engager qu’il y a de volontaires. Le volontariat est le moteur principal de l’activité associative. La grande majorité des associations a vu le jour grâce à l’investissement des bénévoles. Au fur et à mesure qu’il a pu démontrer toute la légitimité de ses activités, le secteur associatif s’est professionnalisé et des emplois salariés sont venus soutenir l’action des premiers volontaires. Le milieu associatif constitue un axe important de notre société et de son économie. Il se situe entre le secteur privé marchand et le secteur public. S’il existe, c’est qu’il répond à des besoins : sociaux, culturels, éducatifs... Les causes portées par l’associatif sont nombreuses et si elles sont portées par ce secteur, c’est souvent parce que ni le secteur privé ni l’État et ses services publics n’ont encore détecté la nécessité de répondre à un besoin présent ou parce qu’ils n’ont pas la capacité d’y répondre adéquatement. Depuis 1921, une loi consacrée aux associations sans but lucratif (ASBL) permet aux citoyens d’employer leur droit à se regrouper autour d’intérêts communs et de construire des actions ou d’offrir un service de manière non lucrative. Ceci a fortement contribué dans notre pays à la construction d’un tissu associatif dense et diversifié. La Belgique est aujourd’hui l’un des pays européens où le milieu associatif est le plus développé.
Le secteur associatif est donc important, car il propose des solutions nouvelles ou des alternatives aux possibilités existantes. Et pour ceux qui auraient tendance à le déconsidérer à cause de son ancrage en dehors du « marché », des études réalisées en économie sociale ont permis de mesurer son impact sur notre économie. Ainsi, mises bout à bout, toutes les activités bénévoles équivaudraient à 150 000 emplois à temps plein ! Le secteur associatif est également un grand vecteur d’emplois. Les emplois rémunérés dans les associations constituent en effet 10 % de l’emploi salarié total en Belgique.

Volontaire ou bénévole ?

En Belgique, les termes « volontariat » et « bénévolat » sont utilisés l’un pour l’autre. L’évolution du langage tend à utiliser le terme volontariat, défini comme « un engagement, libre et gratuit de personnes qui agissent, pour d’autres ou pour l’intérêt collectif, dans une structure débordant celle de la simple entraide familiale ou amicale ». Cette évolution du langage n’est sans doute pas étrangère à l’adoption en 2005 de la Loi relative aux droits des volontaires.
Certains pays européens font toutefois encore la différence entre bénévolat et volontariat. À l’échelle européenne, le volontariat est considéré comme une activité spécifique exercée gratuitement et déterminée dans le temps et la durée à raison d’un engagement à temps plein. Le meilleur exemple — et le seul commun à tous les pays de l’Union — est le Service volontaire européen (SVE). Il s’agit d’un stage volontaire à raison de 4 ou 5 jours par semaine pendant une période de X mois ou années. Le bénévolat recouvre, quant à lui, des acceptions beaucoup plus larges. Il concerne toutes les activités exercées gratuitement quelles que soient leur fréquence ou leur durée. Par exemple, participer à une œuvre de bienfaisance ou s’investir dans une association à raison de quelques heures annuellement ou, de manière plus régulière, une fois par semaine. Finalement, ce qu’on appelle « volontariat » en Belgique correspond davantage au « bénévolat » européen. Le fait que toutes les associations en Belgique parlent de « volontariat » n’implique pas pour autant que ce terme ait pour elles une signification commune. Il y a plusieurs manières d’approcher l’engagement volontaire. Il concerne tous les âges et tous les milieux sociaux : des adolescents dans les mouvements de jeunesse aux personnes du troisième âge attachées à une action sociale en passant par les personnes handicapées. Le spectre est large. Dans les lignes qui suivent, nous nous intéressons aux jeunes volontaires. Cet engagement constitue souvent une expérience de vie importante et, pour beaucoup d’entre eux, forge une base utile dans leur vie d’adulte.

Critiques et solidaires

Monter un projet avec les jeunes du quartier, animer des enfants, tenir un magazine on-line, organiser une manifestation ou un groupe de réflexion sur une thématique citoyenne, s’engager comme délégué de classe, organiser un séjour avec des personnes handicapées… Quelques exemples seulement des nombreuses activités menées par les jeunes au sein des organisations de jeunesse, des centres et maisons de jeunes, des clubs de sport, des centres culturels…
Les mouvements et organisations de jeunesse, comme la JOC, les Jeunes CSC, Jeunesse & Santé, ou encore le Patro pour ne citer que quelques exemples, fonctionnent tous sur quelques principes essentiels : la démocratie participative, la confiance a priori dans le jeune, l’éducation par l’action et l’ouverture aux autres et au monde. Les associations de jeunesse structurées sur ces principes fondateurs incitent leurs membres à être des intervenants réfléchis et actifs dans la société, à la bâtir et à s’y épanouir, en collaboration avec d’autres milieux sociaux et éducatifs. Au sein de leur organisation, les volontaires peuvent s’investir principalement à deux niveaux : l’action de terrain et l’encadrement ou l’action de soutien. L’action de terrain est l’action qui sert directement la mission de l’organisation : animer ou organiser des activités, coordonner une équipe... D’autres volontaires choisissent de soutenir et d’encadrer cette action de terrain par la représentation de leur groupe ou de leur organisation, par le partage de leur expérience via la formation, ou encore par la participation aux instances de pilotage de l’organisation telles qu’une assemblée générale, un conseil d’administration…
De nombreux jeunes s’engagent à la recherche de partage, de rencontres et d’échanges. Les aspects relationnels sont le terreau de leur ancrage aux projets dans lesquels ils s’investissent. Une bonne intégration dans le groupe et un épanouissement personnel au sein de celui-ci assureront la participation du jeune aux projets mis sur pied. Par conséquent, la reconnaissance de leur investissement relève d’une importance capitale. Le besoin de reconnaissance nécessite que l’action réalisée par les bénévoles soit valorisée par ceux qui l’entourent, que ce soit l’organisation, la famille, les amis, mais aussi la société. Le manque ou l’absence de reconnaissance peut amener le volontaire à cesser de s’engager.
D’autres motivations constituent également des leviers à l’investissement en tant que volontaire. Certains jeunes souhaitent prendre des responsabilités, d’autres espèrent disposer d’une liberté qui leur permettra de prendre des initiatives. D’autres encore sont motivés par l’apprentissage, la découverte et le développement personnel que permet l’exercice d’une activité volontaire.
Au moment de leur engagement, les jeunes volontaires n’ont pas nécessairement une vue à long terme de leur parcours dans l’organisation. Ils semblent disposés à s’investir davantage dans les actions qui ont un rapport direct avec l’objet social de l’organisation, a fortiori lorsque celles-ci sont ponctuelles (actions à caractère unique ou extraordinaire : ciné-débat, campagnes d’action, ateliers, manifestations…). Les actions ou les projets one shot apparaissent donc dans un premier temps plus mobilisateurs. Ils permettent aux jeunes, d’une part, de centrer leur engagement sur une durée limitée. D’autre part, les jeunes prennent peut-être plus facilement leur place dans un groupe constitué pour une action spécifique que dans un groupe qui leur préexiste et dans lequel ils vont devoir s’intégrer.
Toutefois, si les jeunes volontaires accrochent bien avec l’investissement dans des projets ponctuels, cela ne veut pas dire pour autant que leur engagement ne s’inscrit que dans le court terme. Ils peuvent en effet s’investir dans plusieurs projets les uns à la suite des autres au sein de la même organisation, sans forcément dégager une perspective de long terme ou percevoir la continuité liée à ces engagements successifs. Cela les amène à s’investir de manière plus régulière dans des activités récurrentes comme l’animation, la formation, le soutien logistique... Au fur et à mesure de l’engagement, les volontaires apprennent alors à connaître leur organisation. Avec l’expérience, ils prennent du recul sur les choses et deviennent capables de replacer leur action dans un cadre plus global de changement du monde qui les entoure. Les volontaires développent alors de nouvelles motivations et découvrent souvent de nouvelles manières de s’investir. La recherche et le développement de compétences prennent le pas sur les intérêts purement relationnels. L’acquisition de connaissances diverses y est perçue comme un bagage intéressant pour l’avenir, dans le cadre professionnel ou pour son épanouissement personnel. Au-delà, certains volontaires considèrent véritablement leur engagement comme un tremplin pour l’avenir.
Parallèlement à cette volonté d’acquérir des compétences, un transfert dans les fonctions exercées par les volontaires peut avoir lieu. Les actions de terrain sont alors plus rares, ce qui permet de s’investir dans des tâches de formation, de représentation et de gestion. Ces trois domaines sont propices à l’apprentissage et à l’utilisation de compétences utiles et variées et sont également souvent recherchés par les employeurs. Grâce à cette évolution, le volontariat dépasse alors l’action pour intégrer une dimension culturelle de démocratie participative. Dans leur engagement, les volontaires voient également un moyen de déterminer leurs valeurs, de créer un sens partagé par un groupe, mais aussi de donner du sens aux actions qu’ils réalisent et donc à leur vie. Ils peuvent ainsi se construire au sein d’un groupe grâce aux démarches collectives que celui-ci entreprend.

Une image en évolution

Non contents d’agir, les volontaires communiquent énormément, et ce, sous toutes les formes et par de nombreux canaux : reportages, films, flyers, sites web, revues... Cette communication porte autant sur l’action elle-même que sur les motivations qui poussent celle-ci et les résultats qui en découlent. Le message s’adresse à tous les publics, aussi bien internes qu’externes à l’organisation : le groupe des pairs, la structure, les amis et les parents, le grand public… Cette large communication met en évidence une logique identitaire : il est important de communiquer ce qu’on fait, comment et pourquoi on le fait. Cela permet de s’identifier au projet, de le valoriser et de renforcer son investissement dans celui-ci. Le développement, depuis quelques années, de véritables stratégies de communication voit les efforts des volontaires récompensés. En effet, on peut constater que l’image du volontariat a fortement évolué. D’une activité « vieillotte » et de type amateur, nous sommes passés à une vision plus positive de l’activité volontaire. Elle est aujourd’hui davantage considérée et appréciée par le grand public. La professionnalisation du secteur associatif et la qualification des personnes qui s’y investissent sont également des facteurs qui ont pesé dans la balance. La gratuité de l’action volontaire est aujourd’hui une valeur appréciée, d’autant plus qu’elle va à contre-courant d’une société moderne basée sur l’économie de marché. L’existence, en parallèle de notre monde libéralisé, d’un réseau qui permet de travailler sur les intérêts collectifs et le sens commun redonne à beaucoup le sens du « vivre ensemble ».
« Bénéfices »
Quand on s’implique comme volontaire dans une association, on rencontre des personnes qu’on n’aurait sans doute pas rencontrées ailleurs, à l’école ou dans son milieu familial. On fait des choses ensemble, avec et pour ces personnes, et on apprend à se connaître et à se respecter. Par la participation et l’organisation de ces activités, les volontaires ont l’opportunité de prendre une place dans un groupe. Ils réalisent des choses utiles auxquelles on accorde de la valeur. À travers cet engagement, les volontaires assument des responsabilités et prennent des initiatives, s’ouvrent aux réalités du monde et travaillent avec les autres. Grâce à cela, ils développent un esprit d’ouverture et de respect des différences et défendent leurs valeurs et leurs idéaux.
Le volontariat est donc un lieu d’apprentissage et de responsabilisation des individus dans une logique collective. Il a des effets positifs sur l’implication des volontaires dans la société et sur la société elle-même. Les acteurs de la vie associative sont socialement plus actifs, mieux intégrés et ont un plus grand sens de la démocratie. Cette vie associative contribue à forger la société, favorise l’intégration et l’implication des citoyens. En ce sens, le volontariat est utile à plusieurs niveaux. Dans une logique collective, l’engagement est utile à la société, car il porte des valeurs, des idéaux de changement, d’évolution de la société et du monde. Dans une logique de service, il est utile aux autres, car il est un soutien et une aide dans le développement d’autrui. Enfin, dans une logique individuelle, il permet au volontaire lui-même de se connaître davantage et de s’épanouir. Le volontariat est traversé par une logique de don contre don. Il est un lieu où chacun donne et reçoit, où chacun apprend par l’acquisition de nouvelles compétences, par la rencontre de l’autre et la vie en groupe ainsi que par la prise de responsabilités.
Finalement, l’engagement comme volontaire constitue une expérience extraordinaire « d’apprendre en faisant ». Les jeunes ont l’occasion de se confronter directement aux réalités du monde et d’appréhender le sens de l’intérêt collectif, comme nulle part ailleurs. Le volontariat constitue une véritable « école de vie ». Cet engagement évolue au même rythme que la société. Nous constatons au quotidien qu’il épanouit celui qui le vit et que la quête d’autonomie et de réalisation va de pair avec la solidarité. L’engagement prend d’autres formes avec les générations qui se succèdent, mais reste une valeur sûre. Même si la prise de conscience de la complexité des enjeux de société peut entraîner chez certains un sentiment de dépossession de leur capacité d’agir. Se rendre proche des autres dans un engagement associatif permet de dépasser ce sentiment d’impuissance et de devenir acteur social là où on vit. L’engagement de proximité est un levier pour une action globale et collective qui change la société en profondeur. En proposant au citoyen de prendre une part active dans un projet de société qui dépasse l’individu, l’engagement volontaire permet d’enraciner et de fonder durablement cette démocratie dans une société. L’existence du volontariat est un indice de bonne santé de notre société.

(*) Chargé de projets et de communication
Conseil de la Jeunesse catholique
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Références
– Maréchal, Paul, « Volontariat Mode d’emploi », Fondation Roi Baudouin
– Centre européen du volontariat, 1999, www.cev.be
– Brogniet, Mathieu & alii, « L’engagement volontaire des jeunes », Conseil de la Jeunesse catholique, 2007
– Van Cauter, Joël, « Pour le Volontariat », Fondation Roi Baudouin, 1999
– Anon, « Enquête nationale 2007 : les Belges et le bénévolat », La Loterie nationale, 2007
– Gengler, Vincent, « Jeunes, valeurs et engagements », Conseil de la Jeunesse catholique, 1997
– Dieu, Anne-Marie, « La gestion des bénévoles dans les associations d’influence sociale », in Non marchand n ° 1, 1998.

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