En décembre dernier, les dirigeants européens ont décidé d’entrouvrir la porte de l’Union européenne (UE) à la Turquie. En principe, les négociations d’adhésion débuteront en octobre prochain. Elles dureront sans doute dix à quinze ans. Mais avant même que ces négociations soient lancées, et alors que le principe en a été décidé, de très houleux débats ont lieu en Allemagne, en France et dans d’autres pays européens. En cause : des questions de religion, de droits de l’homme, de pauvreté, mais aussi de nombreuses questions géopolitiques. Analyse, avec Nicolas Bárdos-Féltoronyi (UCL).


Ainsi, pour l’Union européenne, la Turquie serait trop grande, trop pauvre, trop islamique. Avec des frontières trop dangereuses, elle serait en outre trop américaine, trop contrôlée par les militaires ! Face à ces affirmations entendues dans différents débats politiques au cours des dernières semaines, il n’existe pas de répliques définitives. Il y a, en revanche, des défis précis. Et des réponses à ces défis. La politique reste, en effet, un appel à faire des choix qui ne sont jamais sans risque, mais préparent et construisent l’avenir. Exemples de choix politiques : le « pouvoir dur » de Washington détruit l’Irak et l’équilibre au Proche-Orient, tandis que l’exercice du « pouvoir doux » européen transforme la Turquie et l’ouvre, à terme, à l’Union.
Il n’en demeure pas moins que tant sur les plans géographique qu’historique et culturel, ce pays connaît des spécificités qui lui donnent une certaine fragilité interne. Géographiquement, la Turquie se trouve en effet, depuis des siècles, en contact direct et en interpénétration réciproque avec les pays du Moyen-Orient, le Caucase méridional et l’Iran, ainsi qu’indirectement avec l’Asie centrale. Cette spécificité n’est pas sans risque sur le plan géopolitique. Autres spécificités : les inégalités sociales, ethniques et régionales constituent un frein au développement économique et créent des tensions entre les classes sociales et certains blocages dans le système politique.
D’un point de vue religieux, la grande diversité qui caractérise l’islam turc ne se prête guère à un islamisme militant de masse, alors que la question kurde donne l’occasion aux pays avoisinants d’intervenir en Turquie et vice-versa. Enfin, sur le plan démographique, il est utile de noter que la population a triplé en un demi-siècle et continue de s’accroître à un rythme d’environ 2,5 % par an. La population turque est donc marquée par une forte présence des jeunes.
En résumé, la Turquie est un pays jeune, un pays carrefour, de grande diversité religieuse, marqué par de profondes inégalités sociales, ethniques et régionales.

Capitalisme sauvage
Quant à l’industrialisation du pays, elle reste modeste, mais se développe régulièrement depuis un demi-siècle dans le cadre d’un capitalisme assez « sauvage » sous le regard bienveillant de l’armée, qui y participe, et du capital américain. Outre l’armée qui fonctionne comme une grande multinationale, quelques familles oligarchiques y tiennent le haut du pavé. Dans ce contexte, deux questions se posent. Tout d’abord, comment s’articule ce capitalisme entre les différents acteurs de la société turque (État et armée, fondations/holdings islamiques, groupes oligarchiques et multinationales) ? Ensuite, comment cette articulation trouve-t-elle son expression dans le politique et dans le positionnement géopolitique du pays ? La réponse est simple : difficilement ! Les institutions politiques n’ont pas toujours pu s’adapter à l’évolution de la société civile, à l’essor du secteur privé ou capitaliste, parallèlement à l’économie étatisée, à l’éclosion de mouvements sociaux et au pluralisme idéologique. La dépendance financière et politique dans laquelle se trouvait, jusqu’il y a peu, la Turquie vis-à-vis des États-Unis ne lui permettait pas de mener une politique autocentrée. Mais si l’indépendance énergétique de la Turquie s’est nettement accrue, l’endettement extérieur du pays s’avère lui écrasant et surtout dû aux efforts d’armement poursuivis depuis des décennies.
Cet ensemble de facteurs donne à la Turquie une configuration structurellement, fonctionnellement et idéologiquement éclatée et différenciée. Soulignons que le contraste régional majeur dans le développement du pays entre les provinces de l’Ouest, beaucoup plus évoluées, et celles de l’Est (à l’est d’une ligne tracée du fond du golfe de Cilicie à la mer Noire) est de l’ordre de 1 à 20 en termes de produit intérieur brut. Cette opposition, qui domine toute la structure humaine du pays, se retrouve plus ou moins dans tous les domaines de la vie économique et sociale (alphabétisation, niveau sanitaire, etc.). Ce « problème de l’Est », qu’on a pu comparer à celui du Sud en Italie, constitue un lourd handicap pour un développement harmonieux, et ce déséquilibre ne fait jusqu’ici que s’accentuer.

Aléas politiques

La société turque reste divisée et donc éclatée. Elle est fragilisée sur les problèmes de fond conflictuels, sans un quelconque contrat social acceptable par tous. Les coups d’État militaires successifs de 1960, 1971 et 1980 ainsi que les interventions musclées, notamment encore en 1997, témoignent, à mon sens, de cette instabilité politique constante due aux phénomènes fondamentaux mentionnés ci-dessus. L’insertion du pays au capitalisme international s’est opérée sous la dictature militaire et, depuis lors, entraîne des déséquilibres sociorégionaux accrus. Néanmoins, les résultats électoraux de novembre 2002 et de mars 2004, comme la politique poursuivie en conséquence, tendraient à changer assez profondément les tendances observées dans le passé. Faire partie de l’UE stabiliserait sans doute le pays. Il n’empêche que les partis dominants du pays pourraient subir des pressions, dans un sens ou un autre, de certains milieux militaires ou musulmans qui combattent le processus de démocratisation en cours.
Toujours est-il que ces élections récentes indiquent un changement radical de génération dans le système politique, même si elles n’ont pas permis d’assurer une représentation kurde au parlement. Le parti gagnant de tendance musulmane, l’AKP, dispose d’une majorité franche qui lui permet de modifier la constitution, de mettre en pratique des lois de réformes déjà votées et d’en voter des nouvelles en vue de la poursuite de la démocratisation. Soulignons aussi que les deux partis au parlement sont unanimes pour accorder la priorité à l’adhésion du pays à l’UE mais qu’ensemble, ils ne représentent que 60 % de l’électorat.

Les questions chypriote et kurde
Le conflit chypriote (lire article pp. 6 et 7) et le contentieux avec la Grèce au sujet de la mer Egée (le partage du plateau continental, qui sent le pétrole, et de l’espace aérien) sont, depuis les années 60, au centre des préoccupations de la diplomatie turque et donnent l’occasion aux États-Unis d’interférer dans les affaires européennes. Certes, les relations turco-grecques se sont sensiblement améliorées depuis 1999 et la Grèce constitue aujourd’hui un des partisans de l’adhésion de la Turquie à l’UE. Il faut cependant reconnaître que ni l’un ni l’autre de ces problèmes n’a été jusqu’aujourd’hui surmonté.
La question kurde constitue évidemment le défi par excellence. La guerre entre le Parti des travailleurs du Kurdistan dans le Sud-Est anatolien et l’armée turque a fait 40 000 morts ces dernières décennies. À l’instar de l’Irak, la Turquie a également eu recours à l’utilisation d’armes chimiques au Kurdistan le 11 mai 1999. Les droits de l’homme continuent de ne pas être respectés, notamment dans ces régions kurdes. La question kurde donne l’occasion aux pays avoisinants d’intervenir en Turquie et vice-versa. L’Iran et l’Irak (d’avant la guerre mais d’aujourd’hui aussi), tout comme la Syrie, disposent de minorités kurdes sur leurs territoires qui facilitent leur interventionnisme. Il faut néanmoins remarquer que l’armée turque est déjà fort présente au nord de l’Irak qui, parfois, est revendiqué par la Turquie, mais qui constituerait une sorte de garantie contre certains projets de partition fédéraliste de l’Irak.
Aucun État arabe, turc ou iranien n’accepterait de céder Kirkouk, Mossoul et des zones pétrolières irakiennes à un État kurde. Il existe néanmoins certains courants politiques turcs qui admettraient l’existence d’un Kurdistan mais, bien sûr, sous le contrôle de la Turquie. Les États-Unis n’hésitent d’ailleurs pas à se servir de la création de ce Kurdistan comme objet de chantage avec la Turquie. Il est aussi à craindre que si l’armée turque accentuait sa présence en Irak, cette présence pourrait provoquer une réaction iranienne. Cette présence militaire reste cependant discrète depuis l’occupation américaine de l’Irak.
La question kurde correspond sans doute aussi à un problème de sous-développement : les écarts entre le revenu par habitant dans le Sud-Est et les parties les plus riches de l’Ouest en sont la preuve. Certes, la Turquie met en œuvre dans cette région un projet gigantesque consistant à construire vingt et un barrages sur l’Euphrate et le Tigre, dont certains sont déjà opérationnels. Lorsque les travaux seront achevés, vers 2010, une superficie équivalente à la Belgique sera irriguée et la production d’électricité du pays aura plus que doublé. Les écarts de développement entre l’est et l’ouest de l’Anatolie se réduiront peut-être. Mais, la future prospérité de cette région ne fera pas taire pour autant les revendications kurdes.

Washington, oléoducs, etc.

Parallèlement au développement d’une alliance avec Israël, un principe de bon voisinage avec les pays arabes a été établi ces dernières années. Par contre, d’importantes manifestations anti-guerre ont eu lieu, en particulier contre l’invasion américaine en Irak. De plus, la crainte de la constitution d’un État kurde et de l’occupation par ce dernier des champs pétroliers irakiens hante depuis toujours Ankara. L’ensemble de ces éléments l’emporterait sur toute autre considération avec les États-Unis et a d’ailleurs provoqué une tension certaine avec Washington depuis 2003. Il en résulte que la Turquie, dans sa vision de puissance régionale, se trouve sans appui extérieur. C’est ce qui l’incite d’ailleurs à être fort prudente avec ses voisins et à se rapprocher davantage de l’UE.
Les bombardements américano-britanniques constants de l’Irak depuis 1996 et l’invasion américaine de ce pays en 2003 font craindre à la Turquie trois conséquences : le coût fort élevé pour son économie, la mise en question des liens économiques avec Bagdad et l’inquiétude de voir se constituer une certaine autonomie kurde en Irak. Il pourrait en résulter que les relations triangulaires États-Unis – Israël – Turquie s’affaiblissent structurellement. Enfin, l’opinion publique turque est profondément opposée à l’intervention militaire américaine au Moyen-Orient, alors que l’usage des bases militaires américaines dans le pays reste indispensable pour de telles opérations.
Il est assez remarquable d’observer l’achèvement en 2002 de la construction du gazoduc Russie-Turquie de 1 393 km de long et passant sous la mer Noire. Cette construction diminue sensiblement la dépendance énergétique du pays des ressources arabes, caucasiennes ou centre-asiatiques. En juillet 2004, on a annoncé que le groupe turc Okan Tapan et la compagnie étatique russe Transneft ont conclu un accord pour étudier l’opportunité de construire un oléoduc entre la mer Noire et la mer Méditerranée, c’est-à-dire entre les ports turcs de Klyköy et Ibrikbaba, afin de désengorger le passage maritime du Bosphore.
Fin février 2003, BP britannique, TotalFinaElf français, Statoil norvégien et la compagnie étatique d’Azerbaïdjan ont signé l’accord définitif pour la construction d’un gazoduc du champ de Shaz Deniz, passant par Bakou et Tbilissi dans le Caucase méridional, jusqu’à Erzurum en Turquie. Ce projet s’ajoute à deux autres réalisations : l’achèvement prochain de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, à travers la Géorgie et l’Azerbaïdjan vers la Turquie, et la construction achevée du gazoduc Russie-Turquie dont il est question ci-dessus.
Fin avril 2004 a été signé un accord entre la Chine, le Japon et la Corée du Sud. L’accord vise à construire une « autoroute asiatique n°1 » qui relierait l’Asie à l’Europe et, par exemple, Tokyo à Istanbul, Bhutan à la Bulgarie ou la Finlande au Sri Lanka. La route en question existerait déjà en grande partie, mais il faut la compléter pour qu’elle devienne continue et opérationnelle.

Et l’Europe…
Les relations diplomatiques, commerciales, politiques entre l’Union européenne et la Turquie ne sont pas neuves. Dès 1963 fut signé un accord d’association entre l’Europe et ce pays. En 1987, le pays déposa sa demande formelle d’adhésion à l’Union. En 1996 fut mise en place une union douanière. En 1999 fut reconnue la candidature turque à l’Union. En 2002 fut pris le « rendez-vous » pour une décision du Conseil européen. Et enfin, en décembre 2004, il fut décidé d’« ouvrir sans délai des négociations d’adhésion » Depuis quarante ans, la Turquie veut devenir membre de l’UE ; c’est pour elle la priorité des priorités.
On peut considérer comme plausible que la solution provisoire à la question chypriote, les réformes déjà effectuées et appliquées et la mise en place d’une armée européenne ouvrent à la Turquie la possibilité de mener à bien les négociations avec l’UE. La volonté « d’approfondir l’UE avant de l’élargir » a échoué ; alors il ne reste, comme l’estime le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer, « qu’à obliger l’Union à renforcer ses institutions, ses compétences et ses capacités de décisions par la nécessité stratégique ». Néanmoins, il importe dans cette perspective que toutes les conditions d’adhésion soient remplies par la Turquie. De prime abord, il convient avant tout que la Charte européenne des droits de l’homme soit pleinement appliquée dans le pays. Outre la démocratisation judiciaire et le respect des minorités ethniques et religieuses, s’imposent la liberté assurée de médias pluralistes, la non-discrimination entre femmes et hommes, et la séparation des pouvoirs (judiciaire, législatif et exécutif), ainsi que la séparation indiscutable de l’État et des mouvements religieux, et l’élimination complète de la torture.
Un test significatif en ces matières sera le respect total et effectif du principe de l’égalité des sexes dans tous les domaines de la vie quotidienne. Il ne s’agit évidemment pas d’interdire ou de contrôler le port du foulard en Turquie, mais de surveiller strictement et à l’aide, notamment, des organisations féminines locales, la question de l’égalité effective homme femme dans l’ensemble de la vie en société, y compris dans le couple, jusqu’à la fin du processus d’adhésion.
Il existe beaucoup d’autres objections à l’adhésion turque, qu’il ne faut certes pas minimiser et qui se nomment entre autres : le chaos au Moyen-Orient, la question des Kurdes et d’autres minorités, l’influence et la présence américaine, le niveau de développement, la question budgétaire (le coût de l’adhésion pour les politiques européennes), etc. Par ailleurs, certains milieux turcs seraient particulièrement favorables à faire coïncider l’UE avec l’OTAN et, de cette façon, d’américaniser davantage l’Europe. Toutefois, d’autres milieux, notamment militaires et dont les convictions sont partagées par beaucoup d’Américains, craignent de renforcer, par l’adhésion de la Turquie à l’UE, l’autonomie de cette dernière en termes géostratégiques face à Washington.
La majorité du peuple turc, dont 70% seraient favorables à l’adhésion, a plus à gagner qu’à perdre de l’adhésion, ne fût-ce qu’en diminuant la « sauvagerie » du capitalisme grâce à l’introduction de l’acquis communautaire et à l’élimination de l’arbitraire de l’ « occupation » américaine par la politique européenne de sécurité et de défense. D’aucuns soulignent même que l’adhésion de la Turquie serait une occasion de faire entrer, de facto, un pays où l’Islam s’avérerait modéré et démocratique et, de cette manière, de favoriser le pluralisme et la tolérance en Europe.
Le fait que l’adhésion puisse constituer une sorte de stabilisateur de la Turquie et de l’ensemble de la région si troublée par l’interventionnisme répété des États-Unis n’est pas à négliger. Pour l’UE, une Turquie à l’intérieur constitue, à mon sens, un moindre risque géopolitique qu’à l’extérieur. Ainsi, elle pourrait constituer une pièce maîtresse de la politique étrangère, de sécurité et de défense et du processus de Barcelone (1) de l’UE. Ce dernier se met en place avec une certaine lenteur en raison notamment de l’attitude réservée de la Turquie face à la problématique des Balkans et du Caucase méridional, voire de tout le Moyen-Orient et par rapport au projet américain du « Grand Moyen-Orient ».

Des craintes
L’opinion selon laquelle, en cas d’adhésion, les pays actuels de l’UE risquent d’être envahis par les travailleurs turcs me paraît douteuse, car ceux qui voulaient venir sont déjà là, à l’instar des travailleurs des pays d’Europe centrale et orientale. En outre, en raison de l’amélioration économique du pays et de la conjoncture moins favorable en Europe occidentale, ce sont plutôt des retours vers la Turquie qui s’observeraient depuis 2002.
L’argument de la délocalisation serait plus sérieux, car la perspective d’adhésion renforce la sécurité géopolitique et juridique dans le pays. Elle pourrait bien inciter progressivement les multinationales à s’intéresser davantage à l’économie turque, mais en même temps, et heureusement, la différence salariale se réduira par l’introduction de l’acquis communautaire et, peut-être, par le renforcement de l’action syndicale.
Il importe enfin que le processus de négociation soit bien maîtrisé de part et d’autre. Il faut qu’avant son début, soient respectés les principaux engagements pris quant aux critères de Copenhague (2). Il convient aussi d’informer : sensibiliser l’opinion publique tant au sein de l’UE actuelle qu’en Turquie aux enjeux de l’adhésion afin de réduire les craintes ou réticences réelles, notamment au Parlement européen, face à des problèmes fondés.
Toujours au rythme de la réalisation des engagements pris, il est nécessaire d’arrêter des clauses de sauvegarde et des périodes de transition en vigueur jusqu’à 2020/22, à l’instar de ce qui s’était pratiqué pour l’Espagne ou ce qui, maintenant, s’est imposé dans le cas des huit pays d’Europe centrale et orientale. On peut se donner comme objectif de terminer les négociations en 2010/12 et, après processus de ratification dans 25 pays, choisir la date d’adhésion formelle de 2015/16 sur la base de l’application à la fois de l’acquis communautaire et des engagements pris. Après la période de transition habituelle, l’adhésion de plein droit se situerait dès lors vers 2020/22.
Certes, ce processus doit s’inscrire, dans les années à venir, dans un débat à mener à propos des critères précis qui permettraient de délimiter, provisoirement ou définitivement, l’extension de l’UE, mais évidemment sans retarder l’adhésion à terme de la Turquie. Il convient de citer parmi ces critères : la cohérence structurelle nécessaire à l’intérieur et la défense de souveraineté suffisante vers l’extérieur, ainsi que le maintien de l’ordre vital et le fonctionnement optimal de l’Union. C’est à nous, démocrates, à mener ce débat de fond...

Nicolas Bárdos-Féltoronyi est professeur émérite de l’Université catholique de Louvain.


1 Le processus de Barcelone est un processus de partenariat et de coopération entre l’Union européenne et l’ensemble des pays tiers du pourtour méditerranéen.
2 Les critères de Copenhague sont les critères politiques (État de droit...) et économiques (économie de marché...) que doivent respecter tous candidats à l’entrée dans l’Union européenne.

Et le génocide arménien ?


Outre la question kurde et la question chypriote, « qui se souvient encore du génocide arménien », s’interroge Jean-Paul Marthoz dans la dernière livraison de la revue Enjeux internationaux. Génocide arménien ? Le samedi 24 avril 1915, à Istanbul, capitale de l’empire ottoman, 600 notables arméniens sont assassinés sur ordre du gouvernement. C’est le début d’un génocide, le premier du XXe siècle. Il va faire environ 1,2 million de victimes dans la population arménienne – chrétienne – de l’empire turc.
Au XIXe siècle, les Arméniens jouaient un grand rôle dans le commerce et l’administration, et leur influence s’étendait au Sérail, le palais du sultan. Mais, dans le contexte du déclin de l’empire ottoman, ils réclameront des réformes et une modernisation des institutions. À la fin du XIXe siècle, dans un contexte troublé, le sultan Abdul-Hamid II va tenter d’attiser la haine religieuse pour consolider son pouvoir. Puis survient la Première Guerre mondiale. On connaît la suite. « Qui se souvient encore de l’extermination des Arméniens ? » aurait lancé Hitler en 1939, à la veille d’exterminer les handicapés de son pays, l’extermination des Juifs intervenant deux ans plus tard.
Pour Ankara, aujourd’hui encore, il n’y a pas eu de « génocide » arménien, mais simplement de terribles massacres qui s’expliquent par le chaos du conflit mondial. Selon Jean-Paul Marthoz, la Turquie a fait de la négation du génocide arménien un élément-clé, quasi-obsessionnel, de sa politique internationale. Un siècle plus tard, l’Europe ouvrira-t-elle le dossier ?

Marthoz, J.-P., « Qui se souvient encore du génocide arménien », in Enjeux internationaux, n° 5 et 6, III et IV/2004.

 

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