Le 23 juin dernier, était signé à Cotonou, au Bénin, un accord qui lie l’Union européenne à 77 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP, 650 millions de personnes) pour une période de vingt ans. Cet accord remplace désormais les Conventions de Lomé qui servaient depuis 1975 d’instrument de la politique européenne de coopération avec les ACP.

En Afrique sub-saharienne, et dans la plupart des îles des Caraïbes et du Pacifique membres du groupe ACP, près d'une personne sur deux vit dans la pauvreté absolue, soit avec moins de 1 $ par jour. Pour des raisons historiques et économiques évidentes, les pays de l’Union européenne ont voulu, dès les années 60, entretenir des relations privilégiées avec les pays ACP qui constituaient, pour la plupart, d’anciennes colonies européennes. C’est ainsi que furent signés, aux origines de la CEE, des accords de Yaoundé, puis de Lomé, et aujourd’hui, de Cotonou. Ce dernier tourne une page de la coopération européenne au développement. Il tente de tirer les leçons des conventions de Lomé, lesquelles n’apparaissaient plus adaptées à l’environnement économique international (fin de la guerre froide, expansion du commerce mondial...). L’Accord de Cotonou se fixe trois objectifs principaux :
- la réduction et, à terme, l’éradication de la pauvreté dans les pays ACP;
- le développement durable;
- l’intégration progressive des ACPdans l’économie mondiale.
Il met l’accent sur le dialogue politique entre les pays européens et ACP (y compris sur des questions telles que la corruption, les droits de l’homme, etc.); la participation des acteurs sociaux de la société civile; l’égalité des partenaires et la souveraineté des ACP à déterminer leurs stratégies de développement. Par ailleurs, il introduit pour la première fois une différenciation entre les pays les moins avancés et les autres pays ACP. Sur le plan financier, l’Accord prévoit un Fond européen de développement de 13,5 milliards d'euros pour les cinq premières années (environ 544 milliards de FB).
Que pense le mouvement syndical international de ce nouvel accord ? Selon Gérard Fonteneau, qui a piloté un groupe de travail intersyndical CES-CISL-CMT (1) sur ce thème, un certain nombre de décisions qui caractérisent Cotonou seraient positives. L’explicitation des droits civils, politiques et sociaux, la transparence des programmes, la reconnaissance des acteurs non étatiques font partie de ces éléments, ainsi que la promotion de la coopération entre acteurs économiques et sociaux. M. Fonteneau souligne également l’accent mis sur les objectifs de développement durable (éducation, santé, eau, habitat, dialogue social et droits sociaux fondamentaux).


De sérieux doutes
Cependant, précise-t-il, "certains problèmes nous semblent avoir été traités légèrement". Et de citer le cas de la dette extérieure de certains ACP, les ambiguïtés du texte concernant les ajustements structurels, le caractère vague des dispositions concernant l’emploi. De façon plus générale, M. Fonteneau regrette le fait que cet accord "paraît plus inspiré par le libre échange que par le co-développement", exprimant des doutes quant aux effets bénéfiques de l’intégration des ACP dans le commerce mondial, étant donné le fossé de niveau de développement qui sépare les pays européens de la majorité des pays ACP. Autant de raisons de rester vigilants quant à la mise en œuvre de Cotonou qui, pour les vingt années à venir, est censé concrétiser la solidarité des Européens à l’égard des peuples les plus pauvres de la planète.

1. "Accord de Cotonou. Dossier syndical", réalisé par la Confédération européenne des syndicats (CES), la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et la Confédération mondiale du travail (CMT). Pour tous renseignements et pour se le procurer : CES, Bd. du Roi Albert II, 5 - 1210 Bruxelles.

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