« Je vois la vie en rétréci », témoignait, il y a peu, une jeune mère de famille espagnole. Autrefois, elle aimait l’art, les musées. Aujourd’hui, elle a perdu son emploi. Elle se contente d’un café, tous les matins, avec sa mère qui tente de lui venir en aide. Depuis la crise, des centaines de milliers d’Espagnols ont vu leur vie rétrécir de la sorte, souvent réduite à la seule survie. Le chômage frappe plus d’un actif sur quatre dans la péninsule. Et depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008, plus de 350.000 propriétaires ont été expulsés de leur logement dont ils ne parvenaient plus à payer les traites. La maison ou l’appartement, en Espagne, sont le socle de la famille. On ne s’y marie souvent qu’après avoir trouvé un toit. Ce qui explique que 83% des Espagnols sont propriétaires de leur habitation. Et ce qui a poussé deux personnes à se donner la mort peu avant l’arrivée des huissiers. Le 25 octobre, José Luis Domingo a été retrouvé pendu dans le sud du pays. Le 9 novembre, Amaya Egana, une ancienne élue socialiste s’est suicidée au Pays basque. Pour eux, il n’était pas possible de rétrécir la vie davantage. D’autres, comme cette mère de famille menacée d’expulsion qui a mis ses organes en vente sur internet, tentent de repousser les limites de la survie au-delà du supportable. Il a fallu ces drames et une vague d’indignation pour que les banques ibériques suspendent les expulsions. Tardif et court répit. Un bref répit, c’est ce qu’ont connu, chez nous aussi, 18 demandeurs d’asile déboutés. Faute de budget, les avions qui devaient les rapatrier en Albanie et en Grande-Bretagne sont restés cloués au sol. La crise peut aussi avoir du bon, serait-on tenté de sourire... Mais je ne sais pourquoi, cette fois, le sourire ne vient pas.

Le Gavroche

« Après moi les mouches... »

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