Quand on pense qu’il y a trente ans à peine, le mot « lobby » était tabou. Le lobbying était alors considéré comme une infâme activité — anglo-saxonne de surcroît — qui faisait injure à la démocratie et à la transparence de la décision politique. Aujourd’hui, on veut réguler le système financier, mais le lobby de la finance vide les projets de loi de leur substance. On veut fixer des objectifs ambitieux de lutte contre le changement climatique, mais le lobby industriel sabote le processus. On veut sortir du nucléaire, mais le lobby du nucléaire nous y enchaîne. On veut ne pas devoir bouffer de l’OGM, mais le lobby de l’agroalimentaire nous le sert à la louche. On en a marre des embouteillages, mais le lobby de l’industrie automobile parvient à convaincre qu’il faut ajouter des routes et des bagnoles partout. On veut sortir du pétrole, mais le lobby du pétrole nous mazoute. Aux États-Unis, une étude officielle a montré que l’introduction d’une taxe de 3 cents par canette de soda générerait des revenus de 24 milliards de dollars en cinq ans tout en réduisant l’obésité. Seule réaction à cette étude : l’association des industries des boissons sucrées (Coca, Pepsi, etc.) a multiplié par trente son budget de lobbying, et a lancé une vaste campagne dans les médias pour affirmer que « les Américains sont contre des taxes sur la nourriture »... C’est tellement con, et pourtant ça marche. Il n’y aura pas de taxe de 3 cents par canette de soda... En somme, en quelque trente années, nous sommes passés d’une démocratie représentative à une lobbycratie totalitaire. Sans même s’en apercevoir.

Le Gavroche

« Après moi les mouches... »

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