Vous l’aurez sûrement aussi remarqué : dans nos sociétés d’hyperabondance (hyper-mal-répartie, on est bien d’accord), il y a depuis peu une sorte de mode à organiser des « Journées sans ». Ainsi, si vous tapez dans Google « journée sans », vous obtiendrez une impressionnante liste de résultats avec, par exemple, la journée sans achat, la journée sans TV, la journée sans viande, la journée sans GSM, sans voiture, sans facebook. À New York, il y a même une journée sans pantalon (là, franchement, je ne vois pas bien le but...). C’est comme si, dans cette société de satiété où les moindres désirs sont immédiatement comblés au moins par les fantasmes et la pub, les gens éprouvaient tout à coup le besoin, justement, de se priver, de s’abstenir, de ressentir comme un manque. Un tout petit manque, juste pendant un jour... juste le temps de redécouvrir le désir (d’achat, de TV, de viande, de GSM, de facebook, de pantalon...). Eh bien, pour aller jusqu’au bout de cette logique, je proposerais bien la Mère de toutes les « journées sans », à savoir : une journée sans énergie. Imaginez un instant ! Pas de café au déjeuner, pas de radio, pas de douche (chaude en tout cas), pas de bus, pas de tram, pas de train, pas d’auto, pas de métro, pas de chauffage, pas d’airco, pas d’ordinateur, pas de téléphone, pas de lave-vaisselle, pas d’ascenseur, pas de légumes cuits, pas de viande rissolée, pas de lumière, pas de télévision, pas d’alarme antivol, pas de four à micro-onde, pas de cinéma... Woawww ! Ce serait in-croy-able ! On découvrirait toute l’aliénation énergétique de nos sociétés. On se sentirait un peu comme à Haïti après le séisme. Sauf qu’ici, personne ne viendrait nous sauver. Eh bien, croyez-le ou non, cela recréerait du lien social, de la convivialité et de l’égalité. Chiche ?

Le Gavroche

« Après moi les mouches... »

« Où placer Michel, Reynders, Chastel ? Le casse-tête du casting libéral pour les… Lire la suite
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